Vingt ans après son "Yes we can", il peut encore. À une semaine des élections de mi-mandat aux États-Unis, l’ancien président démocrate Barack Obama s’active et enchaîne les apparitions sur scène aux côtés de candidats démocrates.

Mercredi 28 octobre, il était près d’Atlanta en Géorgie pour apporter son soutien au sénateur démocrate sortant Jon Ossoff, qui compte bien conserver son siège dans cet État du Sud conservateur.

L’éternel retour en fin de campagne

Auparavant, Barack Obama avait lancé son offensive électorale dans l’Ohio. Il avait ensuite fait une apparition très remarquée à Détroit, dans le Michigan, aux côtés d’Abdul El-Sayed, le candidat démocrate qui deviendrait, en cas de victoire, le premier sénateur de confession musulmane aux États-Unis.

L’ancien président, en poste de 2009 à 2017, n’a pas révélé s’il allait faire d’autres apparitions sur scène d’ici le 3 novembre. Mais même s’il décidait d’en rester physiquement là, Barack Obama devrait être difficile à éviter à l’écran : il a, en effet, tourné une douzaine de spots publicitaires pour soutenir des candidats démocrates, spécialement conçus pour être diffusés dans les derniers jours avant le vote.

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Midterms : Barack Obama mobilisé pour la campagne
Image de couverture : Midterms : Barack Obama mobilisé pour la campagne © REUTERS - Edgar Su

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“Les démocrates le surnomment volontiers le ‘closer-in-chief’ [le boucleur en chef, NDLR] auquel on fait appel en fin de campagne pour donner un dernier coup d’accélérateur”, assure Andrew Gawthorpe, spécialiste de politique américaine à l’université de Leyde aux Pays-Bas.

Depuis que Barack Obama a quitté le pouvoir, il semble, en effet, être devenu une sorte d’atout à sortir en fin de partie. “Il a fait pareil lors des élections de mi-mandat en 2022, et il est aussi apparu aux côtés de Kamala Harris à la fin de la campagne en 2024”, détaille Scott Lucas, spécialiste de politique américaine à l'University College Dublin.

Cette fois, le premier président afro-américain de l’histoire des États-Unis semble avoir été recruté par les démocrates avec une mission précise : taper sur Donald Trump. Il n’a pas manqué une occasion de dénoncer un président trop occupé à s’enrichir pour trouver des solutions aux problèmes des Américains.

Mais il a enregistré son principal succès sur scène samedi dernier à Cleveland, dans l'Ohio, où il a moqué l’obsession de son successeur pour les travaux de rénovation à la Maison Blanche. “Il l’a transformée en un endroit qui ressemble à ce que Saddam Hussein aurait fait s’il avait ouvert un Cheesecake Factory [célèbre chaîne de restaurants aux États-Unis, NDLR]. De l’or partout”, a osé l’ex-président pour critiquer l’actuel locataire des lieux.

Le facteur Cheesecake Factory

Une sortie qui a réussi à mettre Donald Trump hors de lui. Dans un message posté dimanche, le milliardaire républicain a attaqué son prédécesseur, qu’il a qualifié de "grossièrement incompétent” et qui passerait son temps “à perdre des élections”. Une référence au soutien que Barack Obama a apporté à Hillary Clinton en 2016 et à Kamala Harris en 2024. Dans les deux cas, les candidates démocrates ont été battues par Donald Trump.

Le camp Maga a aussi sauté sur la comparaison faite entre la Maison Blanche revisitée par Donald Trump et un restaurant Cheesecake Factory. “Les Américains aiment les Cheesecake Factory”, a-t-on pu entendre à plusieurs reprises sur la très conservatrice chaîne Fox News. La défense de cette chaîne de restaurants a par ailleurs été assurée au plus haut niveau de l’État : “J’y ai très bien mangé”, a soutenu Scott Bessent, le ministre américain des Finances.

“Cette chaîne de restaurants est très populaire aux États-Unis et en la défendant, les républicains cherchent à présenter Barack Obama comme un intellectuel arrogant, déconnecté de l’Américain moyen”, décrypte Andrew Gawthorpe.

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Cette offensive prouve à quel point l’ancien président continue d’être la bête noire des républicains, même s’il n’a plus aucun rôle officiel depuis 10 ans. Elle illustre aussi la facilité avec laquelle l’ex-président met les soutiens de Trump en rogne.

Mais à quoi bon ce talent politique dans une élection de mi-mandat où Barack Obama ne se présente pas ? D’un côté, ce n’est pas ça qui pourrait faire basculer quelques votes Maga en faveur de candidats démocrates. “Ils ne voteront jamais pour un candidat qu’il soutient”, assure Scott Lucas.

De l’autre, les indécis sont plus susceptibles d’être convaincus par des arguments ayant trait à leurs soucis du quotidien, comme l’inflation et les prix des carburants, plutôt que par d’énièmes attaques contre Donald Trump, expliquent les experts interrogés par France 24.

Alors quoi ? “C’est un excellent communicant, capable de mobiliser la base pour aller voter”, assure Clodagh Harrington, politologue spécialiste des États-Unis à l’University College Cork en Irlande.

Barack Obama sait mobiliser

À quelques jours du vote, la priorité pour les deux camps est avant tout de s’assurer que leurs troupes se déplaceront le jour J. “La victoire dépend surtout de la mobilisation, et c’est sur ce point que Barack Obama peut faire la différence selon les stratèges démocrates”, souligne Andrew Gawthorpe.

Le choix des villes et États où Barack Obama a été invité à faire son numéro de grand séducteur politique est, à cet égard, loin d’être anodin. “Il est intervenu dans des campagnes où il était important de convaincre, notamment, les électeurs afro-américains d'aller voter”, assure Andrew Gawthorpe.

À Détroit, par exemple, Abdul El-Sayed “a du mal à séduire cet électorat”, soutient cet expert. Son positionnement très à gauche du Parti démocrate “n’est pas forcément rassurant pour une communauté pour partie socialement conservatrice et qui revendique souvent son attachement à la foi chrétienne. Une personnalité comme Barack Obama, qui apparaît plus modéré, peut créer un lien entre ces électeurs et des candidats démocrates plus à gauche”, estime pour sa part Clodagh Harrington.

Dix ans après sa “retraite” politique, Barack Obama pourrait donc encore être le petit plus permettant aux démocrates de créer la surprise dans des scrutins très serrés comme pour le poste de sénateur du Michigan ou celui de gouverneur en Géorgie.

Cette longévité est certes une chance pour les démocrates. Mais c'est aussi un avertissement pour Clodagh Harrington. Pour elle, “il y a une dépendance à Barack Obama qui dure depuis longtemps. Et le fait que le Parti démocrate n’ait pas réussi à trouver un nouveau leader aussi populaire va finir par devenir un problème”.

Source: France 24 · Sébastian SEIBT

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