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Les démocrates sont clairement favoris... mais ont peur de le dire trop fort
À quatre jours des midterms, Les commentaires politiques se suivent et se ressemblent à Washington. "Les démocrates vont gagner la Chambre des représentants et probablement le Sénat… si les sondages sont corrects", entend-on un peu partout. Comme si rappeler l’évidence - "si les sondages sont corrects" - permettait de se prémunir contre une projection erronée. Le vote républicain est-il sous-estimé, notamment dans les comtés ruraux où les habitants ne répondent plus aux coups de fil des sondeurs ? Le Washington Post a admis vendredi avoir été confronté à ce phénomène au Kansas en réalisant un sondage qui donne le candidat démocrate au Sénat en tête de 9 points. "Il y a de bonnes raisons de suspecter que ce sondage surestime le soutien aux candidats démocrates", indique le quotidien.
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Parmi les analystes les plus suivis, le sondeur Frank Luntz estime qu’il faut revoir la manière dont les sondages sont réalisés et prévient que les démocrates pourraient être très déçus après le scrutin. À l’inverse, le statisticien Nate Silver, l'un des plus optimistes cette année, s’attend à une vague démocrate aussi grosse que celle de 2006, quand le président George W. Bush a perdu sa majorité. "Si ces élections vont à peu près dans le sens des sondages, alors d’une certaine manière, cela marquera la fin de l'ère Trump", a-t-il déclaré dans un podcast mardi.
Est-il prudent de s’avancer de la sorte ? Beaucoup à gauche préfèrent retenir leur souffle. Nate Silver théorise ce phénomène en parlant de ces midterms comme des élections de la "dissonance cognitive" : "Je pense que les démocrates considèrent la possibilité de reprendre le Sénat comme 'de l'argent trouvé'. Ils sont plutôt optimistes, mais ne veulent pas trop s’emballer." Même Chuck Schumer, le patron de minorité démocrate au Sénat, se dit "nauseously optimistic", que l'on pourrait traduire par "optimiste, mais à en avoir la nausée".
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Quelles sont les dernières tendances ?
Reste que depuis deux mois, les études d’opinion pointent toutes dans la même direction, malgré un resserrement dans certains États-clés à l’approche du jour J.
Au niveau national, les démocrates ont 8,9 points d’avance sur les républicains. C’est ce que calcule le "generic ballot" : on demande aux électeurs pour quel parti ils voteront de manière générale. Cet indicateur est particulièrement important car plus l’écart est élevé, plus la vague à la Chambre des représentants promet d’être grande - si les sondages sont corrects, donc (faut-il le répéter ? ).
Dans le détail, les démocrates ont 82 % de chances de remporter la majorité à la Chambre des représentants, selon la dernière projection datée du 30 octobre du Decision Desk HQ, qui leur prédit 239 sièges (il en faut 218 pour obtenir la majorité). Le Cook Political Report, lui, prédit une prise de 12 à 25 sièges pour un total pouvant aller jusqu’à 240 pour les démocrates. FLIPR, le modèle de Nate Silver, leur donne carrément 95,1 % de chances de reprendre possession du marteau symbolisant l'autorité gouvernementale des États-Unis.
Au Sénat, le même Nate Silver estime les chances démocrates à 77,7 %. La probabilité estimée par le Decision Desk HQ est plus basse, à 62 %. La prudence est plus importante pour la chambre haute car une poignée de courses clés fera la différence. Or, les sondages sont très serrés : dans le Michigan, l'Ohio, le Maine, le Texas ou encore l’Alaska, l’avance des candidats démocrates reste dans la marge d’erreur. Dans les terres agricoles de l'Iowa et du Kansas, où Donald Trump a décidé de se rendre dimanche, le pari semble plus difficile, mais possible. Même dans le Nebraska et en Caroline du Sud, le scrutin se révèle plus serré que prévu. En Caroline du Nord, en revanche, le candidat démocrate bénéficie d’une avance suffisante pour que tout le monde s’accorde sur sa prochaine victoire. Tous ces États, sauf le Michigan, sont actuellement aux mains des républicains. Les démocrates doivent en ravir quatre et garder tous les leurs pour espérer obtenir la majorité de 51 sénateurs.
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Que nous dit le vote anticipé ?
Plus de 47,5 millions d’Américains ont déjà voté, un chiffre en constante évolution qu'il est possible de suivre sur le site Election Lab de l'Université de Floride. Même le pape Léon XIV a demandé son bulletin de vote par correspondance ! Selon le politologue de l’Université de Floride Michael McDonald, la participation générale pourrait rivaliser avec celle de la vague bleue de 2018, quand le record de 1914 avait été battu.
Interrogé par Axios, il note dans certains États "des niveaux de participation élevés chez les Afro-Américains, supérieurs à ceux de 2018 et de 2022, et surtout, chez les Hispaniques, c'est du jamais-vu. Les chiffres pour les Hispaniques sont tout simplement stupéfiants." Par exemple, dans les comtés de Reeves et de Hidalgo au Texas, constitués respectivement à 85,7 % et 92 % d’hispaniques, la participation a déjà excédé le nombre total de bulletins de 2022. Le vote anticipé est aussi plus fort chez les démocrates et les indépendants que chez les républicains, ce qui pourrait traduire un "référendum sur Trump", suggère Michael McDonald.
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"On ne sait pas si le vote anticipé sera un indicateur fiable, car il se peut que tous les républicains attendent simplement le jour du scrutin pour voter", nuance sux X G. Elliott Morris, co-fondateur du site spécialisé FiftyPlusOne, avant d’ajouter : "pour l'emporter, le Parti républicain devra mener l’opération de mobilisation du jour J la plus réussie de l'histoire moderne".
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Vers un retour à la normale politique ?
Le fait que la plupart des duels clés se jouent dans des États rouges est révélateur. "2026, ce sont les midterms ‘Retour vers le futur’", écrit David Wasserman, analyste pour le Cook Political Report. "En 2018, sous Trump 1.0, les électeurs de ce que j’avais baptisé les 'banlieues Whole Foods' (chaîne de supermarchés chics, NDLR) (des circonscriptions aisées, à dominante cols blancs, qui élisaient des républicains depuis des décennies) ont permis aux démocrates de reconquérir la majorité à la Chambre. (…) Aujourd’hui, les démocrates sont à deux doigts d’une nouvelle vague anti-Trump, mais leur chemin vers la majorité relève davantage du retour à la normale que de percées inédites. Il ne reste tout simplement plus beaucoup de républicains à déloger dans les banlieues très diplômées, où la cote de Trump est faible depuis des années. Ce sont plutôt les territoires qui ont le plus viré en faveur de Donald Trump au cours de la dernière décennie (circonscriptions comptant beaucoup d’électeurs blancs de la classe ouvrière, non religieux, d’indépendants et d’Hispaniques) qui ont le plus de chances de repasser massivement dans le camp démocrate en 2026."
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L’actu de la semaine : les républicains suspectés de préparer la contestation des résultats
Reprenons. Comme le dirait le Washingtonien moyen, "si les sondages ont raison", les démocrates se dirigent vers la victoire partielle ou totale mardi prochain. La question suivante est toute trouvée : que fera alors Donald Trump ? Cette semaine, les efforts de son camp se sont poursuivis à l’encontre d’une éventuelle fraude électorale.
- Le président américain a déclaré qu’il était disposé à travailler avec les démocrates s’ils remportaient la Chambre ou le Sénat. Mais interrogé sur son acceptation des futurs résultats quel que soit le vainqueur, Donald Trump a répondu : "Je les accepterai, si les élections sont honnêtes". Il avait dit la même chose en 2020 avant de contester sa défaite face à Joe Biden. Donald Trump a par ailleurs offert 1 million de dollars à quiconque livrerait des informations susceptibles de mener à une arrestation et une inculpation pour fraude électorale.
- Le Washington Post a identifié cette année plus de 7 000 déclarations remettant en cause l’intégralité du scrutin de la part de quelque 600 comptes d’extrême droite s’exprimant sur les réseaux sociaux, des podcasts ou des médias en ligne.
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- Le Washington Post, encore lui, affirme que depuis le début du second mandat de Donald Trump, les autorités américaines ont inculpé plus de 180 personnes pour avoir voté illégalement ou s’être inscrites illégalement sur les listes électorales. Selon le journal, 70 % d’entre elles ont été inculpées ces deux derniers mois. "Aucune de ces affaires ne fait état d’une tentative organisée, de la part des démocrates ou de quiconque, de frauder en attirant des non-citoyens vers les bureaux de vote. Il s’agit plutôt d’incidents isolés, répartis dans tout le pays, où de nombreux prévenus ont déclaré aux autorités qu’ils s’étaient simplement mépris sur les règles du vote."
- Le ministère de la Justice persiste et signe dans son enquête sur la fraude électorale en Californie. Il a délivré jeudi des citations à comparaître devant un grand jury fédéral à des responsables électoraux locaux, rapporte le New York Times. Cette semaine, un juge avait rejeté la demande du ministère d’empêcher l’État de comptabiliser 20 000 bulletins de personnes considérées par l’administration fédérale comme probablement non citoyennes. Une décision confirmée en appel. Et dans l’État de Washington, l’administration fédérale a fait une demande similaire cette semaine, à propos de quelque 400 bulletins.
- On en sait un peu plus sur les 1 000 "observateurs" qui seront dépêchés par l’administration fédérale dans les bureaux de vote : des employés du Bureau des prisons, de l’ATF (l’agence fédérale chargée de faire respecter la législation sur les armes, les explosifs, l’alcool et le tabac) et de la DEA (l’agence antidrogue) seront déployés, mais pas d’agents du FBI ni de la police de l’immigration (ICE). Le département de la Justice précise que les observateurs n’agiront pas comme des forces de l’ordre et ne porteront pas d’arme.
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La course de la semaine : le scandale en Alaska est-il la surprise d’octobre des démocrates malgré eux ?
Nous en parlions déjà la semaine dernière. Dans le scrutin sénatorial en Alaska, la démocrate Mary Peltola fait face à deux rivaux qui portent le même nom : le sénateur républicain actuel Dan Sullivan et Dan Sullivan Jr., un ancien instituteur habitant un village de pêcheurs. Les républicains estiment que cela pourrait créer la confusion chez les électeurs au détriment de leur camp et ont porté l’affaire en justice.
Cette semaine, une enquête explosive du New York Times révèle que Dan Sullivan Jr. a en réalité été recruté comme candidat par les démocrates pour favoriser Mary Peltola, en privant son adversaire conservateur de certaines voix. Pire, cette dernière n’était pas directement impliquée mais était au courant. Ce type d’agissement n’est pas illégal, selon le journal, et a déjà été observé dans d’autres campagnes. Reste que cela fait tache. Donald Trump a immédiatement appelé à la disqualification de la candidate démocrate. Peu après, le gouverneur républicain de l’Alaska Mike Dunleavy a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer si la campagne de Mary Peltola a enfreint la loi. Il a laissé entendre qu’en fonction du résultat de cette enquête, l’État de l’Alaska pourrait bloquer la certification de la victoire de la démocrate. Le ministère de la Justice quant à lui a annoncé une nouvelle plainte.
Deux questions se posent désormais. Le léger avantage dont Mary Peltola dans les sondages pourrait-il s’évaporer en raison de cette histoire ? Personne n’a la réponse. Les électeurs interrogés sur le scandale par les journalistes d’Alaska Public Media ne semblent pas enclins à changer leur vote pour autant. Ancienne juge tribale amérindienne, Mary Peltola fait une campagne singulière par rapport aux autres candidats de son parti. Elle est par exemple clairement du côté des énergies fossiles, une industrie cruciale pour l’Alaska. Elle a déjà prouvé sa popularité auprès des électeurs puisqu’elle été élue représentante à la Chambre par le passé.
Autre question : si Mary Peltola l’emporte, le résultat - qui pourrait déterminer la majorité démocrate au Sénat - sera-t-il contesté à cause de ce scandale ? C'est une possibilité. Et le suspense pourrait être intense puisque l'Alaska sera le dernier État à livrer ses résultats, avec un dépouillement qui pourrait prendre plusieurs jours en raison de l’immensité de l’État et de l'isolement de certaines localités.
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La citation de la semaine : "La Maison Blanche ressemble à ce qu’aurait donné Saddam Hussein s'il avait ouvert un restaurant Cheesecake Factory : de l’or partout"
C’est ce qu’a déclaré l’ancien président Barack Obama au sujet de Donald Trump lors d’un meeting le weekend dernier dans l’Ohio. La moquerie a fait couler beaucoup d’encre, et les républicains ont accusé le démocrate de snobisme pour avoir dénigré Cheesecake Factory, une chaîne de restaurants à la décoration chargée très populaire auprès de la classe moyenne.
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Mais Barack Obama, qui a participé à plusieurs meeting démocrates cette semaine, en a remis une couche jeudi en Georgie : "Ils ont mobilisé l'ensemble de l’appareil gouvernemental pour répondre à cette blague. Pas à l’inflation, mais à cette blague. La Maison Blanche a même appelé le secrétaire au Trésor. C’est l'homme qui est chargé de l’économie. Celui qui est censé trouver comment rendre votre vie plus abordable. Celui qui est censé trouver comment faire baisser l’inflation. Et réduire les taux d’intérêt. Et on lui a dit de tenir une conférence de presse devant la Cheesecake Factory."
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La pub de la semaine : celle qu’Abdul El-Sayed aurait préféré ne pas voir
Candidat démocrate au poste de sénateur du Michigan, Abdul El-Sayed (nous vous en parlions ici), représentant de l’aile gauche de son parti, tente de jouer la modération avant le 3 novembre pour ne pas effrayer les électeurs indépendants. Il cherche particulièrement à se distancier de toute forme de déclaration pouvant être considérée comme antisémite, après avoir été critiqué pour ses positions pro-palestiniennes, un angle d’attaque favori de son rival Mike Rogers.
Et voilà que Rebellion PAC, un comité d’action politique (les groupes indépendants qui financent les campagnes électorales) d’extrême gauche, vient de diffuser une publicité polémique. Dans ce spot d'une minute et 10 secondes, un couple fait ses courses au supermarché et doit retirer certains produits du panier. "Chéri, il faut que tu remettes ces œufs en rayon", pointe la femme. "Il nous faut économiser ces 7 dollars pour tuer des Palestiniens". "Quoi ? Est-ce qu’on ne donne pas déjà 4 milliards par an à Israël ?", répond le mari. "Oui, et maintenant nous leur donnons 26 nouveaux milliards de dollars", rétorque son épouse. "C’est 161 dollars par personne. Apparemment ça nous coûte très cher de larguer des bombes sur Gaza." La publicité se termine sur des image du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu puis d'Abdul El-Sayed. La voix off dit : "Mike Rogers roule pour eux, Abdul El-Sayed roule pour vous."
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La publicité a suscité énormément de critiques, y compris chez démocrates modérés. Haley Stevens, qui avait perdu la primaire face à Abdul El-Sayed, a réagi ainsi : "Ce type de discours qui agite l’épouvantail d’Israël est une erreur. Ce n’est une stratégie gagnante pour aucun État, et cela n’aide en rien les démocrates du Michigan à l’emporter sur l’ensemble du bulletin de vote dans huit jours. Faut-il réduire les coûts en construisant davantage de logements, en garantissant l’accès aux soins de santé et en rendant la fiscalité fédérale plus équitable ? Oui, absolument ! Mais la manière d’y parvenir n’est pas de rejeter la hausse du prix de nos biens sur le seul foyer national juif au monde."
La campagne d’Abdul El-Sayed, elle, a pris soin de prendre ses distances avec le spot : "Personne ne parle au nom d’Abdul ni de sa campagne." Pas suffisant, pour Haley Stevens, qui appelle le candidat à présenter ses excuses pour des positions passées similaires. Le timing tombe mal pour Abdul El-Sayed, qui aurait préféré un front uni derrière lui. Dans quatre jours, il a une chance raisonnable d’être élu sénateur du Michigan… "si les sondages ont raison".
Source: France 24 · Yona HELAOUA
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