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La pub de la semaine : tout est-il permis en politique ?
Pour que la pub de la semaine soit aussi la course de la semaine et le thème d’ouverture de notre récap’ hebdomadaire des midterms, il fallait un spot costaud. La vidéo diffusée mercredi par Vivek Ramaswamy, candidat au poste de gouverneur de l’Ohio, ne sort pas du lot pour sa qualité esthétique ni pour son slogan percutant. Elle a pourtant déclenché une tempête politique qui a fait réagir jusqu’à Donald Trump.
Ce clip d’une minute donne la parole à Donna Arthur, la mère d’Amy Acton, la concurrente démocrate de Vivek Ramaswamy. Elle accuse sa fille d'être "une menteuse" et d'avoir "menti toute sa vie". "Ne la laissez pas devenir votre gouverneure", ajoute la retraitée.
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Faire parler la famille d’un candidat pour le dénigrer, c’est une technique violente mais déjà vue en politique. Seulement cette fois, le contexte a son importance. Amy Acton a raconté, il y a longtemps, comment elle avait été abusée sexuellement par son beau-père lorsqu’elle était une petite fille et comment sa propre mère avait fermé les yeux. Cette dernière a perdu la garde de ses deux enfants lorsqu’Amy Acton avait 12 ans, en 1978. Le beau-père, inculpé pour viol, a ensuite fui en Pennsylvanie pour échapper à la justice de l’Ohio avec Donna Arthur, qui est restée mariée avec lui jusqu’à sa mort en 2004.
Ni Vivek Ramaswamy ni son équipe de campagne n’ignoraient ce contexte. Ils ont pourtant décidé de donner la parole à Donna Arthur. Après la diffusion test du spot, le candidat a refusé de s’excuser et a même dépensé 4 millions de dollars pour le faire circuler jusqu’au 3 novembre. Milliardaire des biotechnologies, Vivek Ramaswamy s’est fait connaître pendant les primaires républicaines de 2024 comme un candidat encore plus trumpiste que Trump. Connu pour sa personnalité pugnace et encline à l’outrance, il a brièvement dirigé, avec Elon Musk, le DOGE, le programme visant à couper dans les dépenses fédérales. Il en a été écarté mais tente son retour en politique en Ohio.
Le spot a outré le camp démocrate et au-delà. Le célèbre sondier Frank Luntz, proche des républicains, estime que "cette pub sera étudiée dans les écoles pendant des décennies pour montrer à quel point notre politique est devenue toxique". "Je suis triste de ce que notre pays est devenu", a-t-il ajouté sur Twitter. Même le gouverneur républicain sortant de l'Ohio, Mike DeWine, a appelé Vivek Ramaswamy à retirer sa publicité des ondes. "Vivek Ramaswamy n’est pas apte à gouverner", a répondu Amy Acton dans un clip où son frère raconte les abus qu’ils ont subis enfants.
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Pourtant, au plus haut sommet de l’État, ni le vice-président J.D. Vance ni Donald Trump n’ont condamné le clip. Aucun ne semble s’inquiéter de relayer la parole de la compagne d’un pédophile. Même après l’affaire Epstein. Estimant que "tous les coups sont permis", le président a considéré que cette publicité était "très puissante". "Je suggère, au contraire, que Vivek le maintienne et que tout le monde puisse entendre la mère d'une candidate défaillante, malhonnête et incapable, expliquer à quel point sa fille est un DÉSASTRE", a-t-il écrit sur Truth Social jeudi. Interrogé vendredi par des journalistes, il a maintenu sa position.
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Ne jamais reculer, ne jamais s’excuser, toujours repousser les limites de la morale : Donald Trump en a fait sa marque de fabrique. Dans cette campagne pour les midterms, il sillonne le pays pour demander aux électeurs de voter comme s’il était sur le bulletin. Or sa cote de popularité est au plus bas et les sondages ne sont pas bons pour son camp. Et si ce clip était, à l’échelle de l’Ohio, une forme de test, de pari, non plus sur la personne de Donald Trump mais sur les méthodes du trumpisme ? La réponse ne devrait plus tarder. La course entre Amy Acton et Vivek Ramaswamy est extrêmement serrée : les sondages donnent la démocrate en tête avec 3,6 points d’avance en moyenne.
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Le point sur les sondages : encore une bonne semaine pour les démocrates
Certains sondages valent mieux que d’autres. Cette semaine, l’entreprise Wedgewood Polls a admis avoir trafiqué ses études afin de tester à quel point il était facile "pour un institut de sondage fabriqué de toutes pièces de gagner en visibilité" et "d'être pris au sérieux". Les grands agrégateurs qui avaient inclus les sondages de Wedgewood Polls dans leur panier les ont retirés, sans incidence notable sur les moyennes des candidats des courses clés. Mais l’affaire rappelle à quel point il faut être vigilant.
Parmi les sondages considérés comme les plus fiables du marché, il y a ceux du New York Times - Siena University, institut qui a fait sa dernière livraison cette semaine. Donald Trump dégringole à 36 % d’opinions favorables - seul Harry Truman a connu pire - et plus de deux tiers des électeurs indépendants désapprouvent son bilan. Pas étonnant, dès lors, que les républicains se montrent discrets dans leurs publicités au sujet de Trump. Sur 100 dollars dépensés entre le 9 septembre et le 17 octobre, seulement 1 a été consacré à des spots mentionnant le nom du président.
Le débatMidterms : Donald Trump peut-il encore convaincre ?
Revenons à notre sondage de la semaine. De leur côté, les démocrates devancent les républicains de 11 points, du jamais vu depuis 2008. Encore plus marquant : quels que soient les enjeux (économie, santé, immigration), les électeurs leur font davantage confiance qu’aux républicains.
Autre signal inédit : la corruption est désormais un thème qui résonne dans l’électorat. C’est même le sujet de préoccupation numéro 1, selon une étude de Fox News parue la semaine dernière. Les multiples affaires de conflit d’intérêts concernant l’administration Trump ces derniers mois pourraient peser dans la balance. La dernière en date est explosive et concerne le gendre du président, Jared Kushner.
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Ces indicateurs génériques donnent de l’espoir aux candidats démocrates locaux, qui espèrent les voir se refléter dans leurs résultats, malgré leur trésorerie limitée. Le milliardaire Michael Bloomberg est arrivé à la rescousse, cette semaine, en annonçant un coup de pouce de 80 millions de dollars. L’argent sera dirigé en priorité vers la Chambre des représentants, où les démocrates visent une large majorité. Selon le Cook Political Report, ils pourraient glaner entre 12 et 22 sièges en novembre, ce qui leur octroierait une majorité plus importante que lors des vagues bleues de 2006 et 2018.
Le coup de pouce financier de Michael Bloomberg n'est rien comparé aux plus de 400 millions de dollars de Donald Trump (dont 300 déjà dépensés) et aux 366 millions d’Elon Musk mis sur la table pour les républicains. De l’argent bien utile au Sénat, cette fois, où les duels les plus serrés dans les sondages restent dépendants de la marge d’erreur, comme en Iowa, en Ohio, au Texas ou dans le Michigan. Le suspense continue, donc.
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Donald Trump acceptera-t-il les résultats ?
À moins de deux semaines du scrutin, la question mérite d’être posée. En 2020, Donald Trump a refusé d’admettre la victoire de son concurrent Joe Biden à la présidentielle. Ce refus a mené à l’attaque du Capitole par ses partisans le 6 janvier 2021, pour tenter de forcer le Congrès à renverser le résultat. Alors que le Parti républicain pourrait perdre sa majorité au Congrès, le président acceptera-t-il le verdict des urnes cette fois ? Sept Américains sur dix en doutent, selon une étude du Washington Post - ABC News - Ipsos publiée mardi. Et le principal intéressé laisse planer le mystère : interrogé par NBC News en février, Donald Trump avait répondu qu’il accepterait une éventuelle défaite républicaine au Congrès seulement "si les élections sont honnêtes". La différence avec 2020, c’est que cette fois, Donald Trump a placé plusieurs de ses fidèles à des postes clés de l’administration.
Vendredi, le département de la Justice a ainsi lancé une procédure très inhabituelle pour demander le blocage par avance de la certification des résultats de la course sénatoriale clé en Alaska. La démocrate Mary Peltola tente de ravir le siège du républicain Dan S. Sullivan, mais un autre candidat républicain, Dan J. Sullivan Jr., est sur le bulletin. L’administration Trump estime qu’il s’agit d’une manœuvre pour induire en erreur les électeurs républicains. Le ministère réclame donc de bloquer la certification des résultats si le sénateur sortant est battu avec une marge inférieure au nombre de voix de son concurrent portant le même nom que lui.
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Il n’est pas sûr que le ministère de la Justice de Donald Trump parvienne à ses fins. Selon la Constitution américaine, chaque État a en effet la main sur l’organisation de ses scrutins. Mais étant donné le contexte, les autorités électorales locales craignent de plus en plus l’interférence de l’exécutif. Le Washington Post a rapporté cette semaine que des gouverneurs, des élus locaux ou encore des officiels chargés des élections ont pris conseil auprès d’un groupe de responsables et d’ex-responsables fédéraux pour se préparer à toutes les éventualités, en amont comme en aval du scrutin. Ils ont notamment discuté de la possibilité que le gouvernement déploie des troupes ou des agents de la police de l’immigration près des bureaux de vote le 3 novembre, ou qu’il cherche à faire annuler certains scrutins sur la base de suspicion de fraude électorale.
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En effet, l’administration Trump a fait de cette supposée fraude son cheval de bataille. Jeudi, le ministre de la Justice, Todd Blanche, a dit aux journalistes que ses équipes s’intéressaient aux systèmes électoraux d’un "certain nombre d’États", affirmant détenir "des preuves tangibles qu’il existe des personnes qui n’ont pas le droit de voter". Il a refusé de s’avancer sur de potentielles poursuites judiciaires avant le scrutin.
En Californie, c’est déjà le cas. La semaine dernière, le département de la Justice a poursuivi les autorités électorales de cet État démocrate, affirmant avoir identifié plus de 20 000 potentiels non-citoyens sur ses listes électorales. La plainte vise à empêcher que leurs bulletins de vote ne soient comptabilisés à moins que ces individus prouvent leur citoyenneté. L’État de Californie conteste ces chiffres. Et lundi, 28 Californiens détenteurs de permis de résidence permanente (Green Cards) ont été arrêtés pour s’être inscrits sur les listes électorales ou avoir voté illégalement. L’un d’entre eux, Omar Muñoz, 72 ans, menotté alors qu’il était encore en pyjama, affirme pourtant ne s’être jamais inscrit et raconte avoir été victime d’un vol d’identité par le passé.
Les efforts de l’administration rencontrent une forte opposition. Mercredi soir, un juge fédéral a ordonné au département de la Sécurité intérieure de restreindre ses opérations menées sur le terrain dans neuf États (Californie, Connecticut, Géorgie, Missouri, Nevada, New York, Pennsylvanie, Washington, Wisconsin) à la recherche de non-citoyens suspectés de voter ou de s’inscrire sur les listes électorales. Le magistrat craint que ces efforts, basés sur des listes de cibles approximatives et potentiellement erronées, mènent à l’intimidation et à l’arrestation de citoyens américains. CBS News avait rapporté cette semaine que depuis plusieurs mois, des agents fédéraux en uniforme toquent aux portes de foyers de certains États pour vérifier le statut migratoire des habitants et leur demander s’ils ont voté par le passé ou s’ils se sont inscrits sur les listes électorales.
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De leur côté, les démocrates ont eux aussi saisi les tribunaux, accusant, mardi, le président et le département de la Justice de tenter d’interférer dans les élections en faisant pression sur les États pour qu’ils purgent leurs listes électorales. La plainte note que Donald Trump lui-même a menacé d’emprisonner les autorités électorales de Californie si elles comptabilisaient les bulletins par correspondance d’individus considérés par l’administration Trump comme non-citoyens.
Donald Trump a juré de s’attaquer au vote illégal bien que son existence soit rare et son influence sur les élections jugée comme nulle. Cet été par exemple, le département de la Sécurité intérieure a estimé que jusqu’à 16 000 électeurs sur les listes du Nevada pourraient être des non-citoyens. Puis il a réduit ce montant à 185. Les autorités électorales du Nevada se sont emparées de la liste et ont déterminé que sur ces 185 personnes… toutes étaient finalement bien citoyennes.
Source: France 24 · Yona HELAOUA
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