Climat Environnement

C'est l'un des enjeux présentés par l'Unesco lors de la COP 17 sur la biodiversité. Près de 200 pays sont réunis en Arménie pour tenter de relancer les efforts de protection de la nature.

Article rédigé par franceinfo - Sandy Dauphin (France Inter

Radio France

Publié le 22/10/2026 06:51

Temps de lecture : 3min

Un mérou photographié sous l'eau. (PATRICK LEFEVRE / MAXPPP)
Un mérou photographié sous l'eau. (PATRICK LEFEVRE / MAXPPP)

L'Unesco veut mesurer l'impact du changement climatique sur les déplacements des espèces marines grâce à l'analyse de leur ADN prélevé dans des échantillons d'eau. C'est l'un des enjeux du sommet international sur la biodiversité, la COP17, qui s'est ouverte le 19 octobre en Arménie. Un programme que France Inter a pu consulter et qui sera présenté jeudi 22 octobre repose sur une technique innovante, digne de la police scientifique, mais appliquée sous l'océan. Son objectif : cartographier la présence des espèces marines à partir de leurs traces génétiques, à moindre coût et sans les perturber.

En nageant, poissons et mammifères marins abandonnent en permanence des cellules de peau, des écailles ou encore des déjections. Il suffit donc de prélever un litre et demi d'eau de mer et de l'analyser pour dresser un inventaire des espèces présentes dans une zone donnée, explique Tales Carvalho Resende, copilote du programme ADN environnemental de l'Unesco. "Cet échantillonnage d'ADN environnemental permettra de savoir, par exemple, si une baleine est passée à cet endroit spécifique quelques jours avant. Et également de savoir s'il y a des espèces invasives qui peuvent déranger cet écosystème", précise-t-il.

Pendant trois ans, des scientifiques et des experts marins "ont prélevé 500 échantillons dans 21 sites protégés par l'Unesco". Résultat : ils ont mis "en lumière la présence de près de 4 500 espèces marines, un résultat qui aurait auparavant nécessité de nombreuses années d'études et coûté des millions de dollars", souligne l'organisation.

"Près de la moitié des espèces identifiées sont des poissons, elles comprennent 86 espèces de requins et de raies, 30 espèces de mammifères et trois espèces de tortues."

Carvalho Resende, copilote du programme ADN environnemental de l'Unesco

"Parmi ces espèces, 120 sont répertoriées comme vulnérables, en danger ou en danger critique d'extinction", poursuit l'Unesco.

Moins coûteuse et moins contraignante que la pose d'une balise sur le dos d'une baleine, cette technique permet notamment de déterminer si certaines espèces désertent les aires marines protégées sous l'effet du réchauffement climatique. "Les eaux se réchauffent, donc ça veut dire que certaines espèces peuvent ne plus être dans leur habitat naturel parce qu'elles se déplacent vers des eaux plus froides", explique Tales Carvalho Resende.

L'étude a ainsi "déterminé que nombre de ces espèces seront bientôt confrontées à des températures qui dépassent leurs limites de tolérance connues". Dans le scénario climatique le plus pessimiste, "jusqu'à 100% des espèces de poissons dans les sites tropicaux et subtropicaux étudiés risqueraient de dépasser leurs limites thermiques actuelles". Les conséquences pourraient être tout aussi importantes dans les zones tempérées, où "10 à 50% des espèces de poissons dans les océans tempérés dépasseraient leurs limites thermiques actuelles". Autant de menaces qui pèsent sur la survie de ces espèces et que ce dispositif pourrait aider à mieux anticiper.

La méthode a toutefois ses limites. Si l'ADN environnemental permet de détecter la présence d'une espèce de poisson, il ne permet pas d'en déterminer le nombre d'individus. Cet outil vient donc compléter les méthodes d'inventaire classiques, sans pouvoir les remplacer entièrement. Avec un seul échantillon de 1,5 litre d'eau, "cette technique peut révéler des traces génétiques d'environ 100 espèces marines en moyenne". Par rapport aux "autres technologies existantes, ce programme est à la fois peu coûteux, non invasif et beaucoup plus rapide, ramenant les délais de collecte de données de plusieurs années à quelques mois seulement".

Les données recueillies "peuvent soutenir des prises de décisions fondées sur la science, aidant les États à mieux planifier et gérer les aires marines protégées pour s'adapter aux évolutions climatiques". L'objectif est ainsi de mieux comprendre les déplacements des espèces face au réchauffement des océans et de fournir aux États des outils pour adapter la protection de la biodiversité marine.

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Source: Franceinfo · franceinfo

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