En Mauritanie, premier exportateur de poulpe d’Afrique, il est interdit depuis le samedi 10 octobre de le pêcher. Le gouvernement a décrété un mois de repos biologique sur les conseils scientifiques de l'Imrop, l'Institut mauritanien de recherches océanographiques et des pêches, car l'espèce est en danger. Une bonne nouvelle pour l'écosystème, moins bien appréciée par les pêcheurs artisanaux.
De notre correspondant à Nouakchott,
Au cœur de la Cité Plage, l'un des plus grands marchés au poisson de Nouakchott, l'effervescence est palpable chez les acteurs de la filière. « Le repos biologique, c'est quand ils constatent que le céphalopode est en reproduction et qu’il y a des juvéniles, explique Ibrahima Sarr, président de la Fédération libre de la pêche artisanale. Parce qu’à moins de 500 grammes, on ne doit pas les pêcher, ce sont des juvéniles. Et malheureusement, l'espèce est très surexploitée aujourd'hui, c'est devenu très rare. L'objectif est de permettre la reproduction et aux juvéniles de grandir. »
Si la mesure est saluée par plusieurs acteurs car elle permet de préserver la reproduction des ressources halieutiques, elle tombe au moment où de nombreux pêcheurs sont déjà à l'arrêt depuis longtemps, confie Ibrahima Sarr. « Nous, on ne pêche pas seulement le poulpe. À chaque fois qu'une espèce est fermée, on se rabat sur d'autres espèces. On pêche le yaboye, le calamar ou encore les thiofs et d'autres espèces qui ne sont pas interdites. Ceux qui ne pêchent que le poulpe, parce qu'ils ne maîtrisent pas les techniques pour attraper les autres poissons, actuellement, ils sont vraiment affectés. Parce qu'à chaque fermeture, ils sont obligés de plier bagage », détaille-t-il.
À lire aussiLes céphalopodes font pieuvre d'intelligence
« Si la mer est fermée, elle doit l'être pour tous »
Les mareyeurs (les vendeurs en gros) sont directement touchés. Leur vice-président, Mohamed Lemine Ould Sidi Ali, dit subir cette mesure de plein fouet, tout en demandant qu'elle s'applique à tous les pêcheurs sans exception. « Fermer l’accès à la mer est une bonne chose, parce que cela permet aux poissons de se reproduire. Sauf que c'est nous qui en payons les conséquences, car on peut rester deux ou trois mois sans rien faire, fait-il remarquer. Les petites pirogues partent, parfois elles ramènent un peu de poissons, parfois rien. Ce que nous dépensons en essence est beaucoup plus important que ce que nous gagnons. » Et d’appeler à un respect général de cette règle : « Ce que nous déplorons, c’est que les grands bateaux, eux, continuent de pêcher. Si la mer est fermée, elle doit l'être pour tous. »
La Mauritanie compte deux usines de transformation seulement, et une vingtaine d'unités de congélation exportant 50 % du poulpe à l'état brut. Pour Abidine Sidati, secrétaire général des usiniers, le modèle est à bout de souffle et doit être revu pour apporter des solutions durables. « Le ministère peut prendre des mesures idoines pour résoudre ce problème. C’est l'accès à la ressource, favoriser toutes les usines, leur donner des quotas aussi bien en poulpe qu'en petits pélagiques pour pouvoir sauver la situation, interpelle-t-il. Donner exclusivement les céphalopodes aux Mauritaniens. Donner des quotas aux usines pour qu'elles puissent respirer un peu et travailler ».
Alors que l'accord entre l'Union européenne et la Mauritanie arrive à échéance début novembre, il estime également qu'il serait essentiel de revoir l'accord de pêche signé avec le Sénégal, qui autorise 250 pirogues à prélever 50 000 tonnes de poissons divers par an dans les eaux mauritaniennes.
À lire aussiMauritanie: l'impact de l’accord de pêche avec l’UE sur les petits pêcheurs
Source: RFI · Moussa Oumar Barry
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira