Six jours après l'attentat raciste dans les Yvelines qui a fait un mort et cinq blessés dont plusieurs d’origine africaine ou maghrébine, le sentiment d'insécurité des habitants des quartiers populaires s'est-il renforcé ? Sur le marché de la Reynerie au Mirail à Toulouse (Haute-Garonne), les commerçants et les habitués se disent à la fois inquiets et résignés.

Presque une semaine après les tirs mortels du vendredi 23 octobre 2026 à La Verrière et à Trappes (Yvelines), l'enquête du parquet national antiterroriste vient de confirmer le mobile raciste de l'assaillant. En garde à vue, l'homme a expliqué avoir spécifiquement ciblé des personnes de type "musulman, africain ou nord-africain". Les raisons de son passage à l'acte inquiètent toute une communauté.

Dans le quartier populaire de la Reynerie, en ce jeudi matin jour de marché, tout est comme d'habitude. L'attentat n'est pas dans toutes les têtes. Les allées du marché installé depuis 6 heures du matin entre les tours d'immeubles, sont remplies. Les clients sont nombreux devant les étals de fruits et légumes. Même chose un peu plus loin vers la place Abbal où les vendeurs de vêtements installent les manteaux et doudounes sur les cintres. "Trappes, c'est loin de Toulouse", signale Sofia, une habituée des lieux avant de continuer : "ça ne sert à rien de psychoter".

Wisline vend des perruques et des accessoires capillaires. Elle partage le même sentiment. Assise sur une chaise, son fils de sept ans à côté d'elle regarde son téléphone. "On en a parlé en famille. C'est horrible ce qui s'est passé. Mais il y aura toujours des actes racistes malheureusement. On continue à vivre. Je ne suis pas inquiète. Je me sens bien. Je ne pense que ça puisse arriver ici. On est comme frères et sœurs sur le marché."

Le choc et l'effroi des premiers jours ont laissé la place au fatalisme et à l'inquiétude. Car la peur qu'un tel geste se produise dans le quartier est malgré tout partagée par certains habitants. "Moi je ne suis pas tranquille" explique Samia, 18 ans. La jeune fille voilée vient régulièrement sur le marché de la Reynerie avec sa mère et sa petite sœur. "Je suis plus vigilante. Je suis devenue méfiante. Quand je sors, je n'ai pas la tête tranquille. Avec l’attentat et ce que l'on entend dans les médias, les propos racistes sont banalisés".

Un peu plus loin, Romeo 36 ans aide sa mère sur leur stand de tisanes et d'épices. "La France ne mérite pas ça. Il y a trop de division, ça fait peur. Être visé parce que je suis noir, c'est affreux. Quand je pense à la petite fille de 12 ans qui a été blessée, on se dit que ça pourrait arriver à nos enfants".

Sur le marché du quartier de la Reynerie à Toulouse (Haute-Garonne), les habitants sont fatalistes face à la montée des actes racistes. • © J.Valin/FTV

Ahmed lui ne regarde plus la télévision. Ce commerçant éprouve un ras-le-bol. " C'est toujours des mauvaises nouvelles. On le voit après, les gens sont tristes." Le marchand de vêtements développe :" Ici, on n'a pas besoin de ça. Moi ce qui me fait le plus peur c'est surtout de prendre une balle perdue liée au trafic de drogue. Les dealers sont partout. Il y a quelques jours, une fusillade a encore éclaté entre des jeunes alors que j'étais en train de déballer mes affaires à 6 heures du matin."

Un rassemblement est prévu à Toulouse ce vendredi 30 octobre à 18 h, square Charles-de-Gaulle contre le racisme. Mais les habitants rencontrés disent ne pas vouloir se mobiliser pour "faire reculer le racisme", la plupart par résignation. "Je ne vais pas participer à des marches citoyennes, ça ne sert à rien. Il faut vivre avec ça", déclare Mounia. Elle habite le quartier depuis son enfance et ressent un profond fatalisme.

Un hommage national sera par ailleurs rendu à Pengo Bossio Wangi, le jeune homme tué dans l'attentat. "C'est bien. C'est très positif. C’est un bon signal qu'envoie l'Etat et après ? ", conclut la jeune femme.

Source: Franceinfo · Julie Valin

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