Le ministre de l'Intérieur, entendu sous serment mardi après-midi, a reconnu un "manque d'anticipation" de sa part face à divers "phénomènes" survenus "simultanément", "de manière à faire éclater le dispositif policier".

France Télévisions

Publié le 03/11/2026 20:56

Temps de lecture : 5min

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, le 3 novembre 2026 lors de son audition devant la commission d'enquête sur les violences urbaines du 17 octobre, à Paris. (ADNAN FARZAT / NURPHOTO / AFP)
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, le 3 novembre 2026 lors de son audition devant la commission d'enquête sur les violences urbaines du 17 octobre, à Paris. (ADNAN FARZAT / NURPHOTO / AFP)

Une audition qui marque le début des travaux. La commission d'enquête de l'Assemblée nationale consacrée à la gestion du maintien de l'ordre le 17 octobre a entendu pendant près de trois heures le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, mardi 3 novembre.

Des parlementaires de tous bords – sauf du Rassemblement national, qui a refusé de participer à cette commission – l'ont interrogé sur cette journée de mobilisation contre la vie chère marquée par des dégradations, des violences et des pillages d'une ampleur inédite, ainsi que par plusieurs blessés, tant parmi les forces de l'ordre que chez les manifestants, dans plusieurs grandes villes. Voici ce qu'il faut retenir des déclarations de Laurent Nuñez, qui a prêté serment avant de commencer à s'exprimer.

"Un manque d'anticipation qui est d'abord le mien"

Avant de répondre aux questions des députés, le ministre de l'Intérieur a tenu un propos liminaire, dans lequel il a, à nouveau, assumé sa responsabilité au sujet des violences urbaines survenues en marge des manifestations officielles. Peu après cette journée, Laurent Nuñez avait remis sa démission à Emmanuel Macron, qui l'avait refusée.

"Je le redis : le bilan de la journée du 17 octobre est un échec, à partir du moment où la sécurité de bâtiments publics, de commerces n'a pas pu être assurée. Dans le même temps, les forces de sécurité intérieure ont été confrontées à une violence inouïe. Mais soyons clairs : l'échec constaté ne présume pas en soi d'une faute des services de l'Etat", a développé le ministre.

🔴 "Le bilan de la journée du 17 octobre est un échec (...) La sécurité de bâtiments publics, de commerces n'a pu être assurée, dans le même temps, les forces de sécurité intérieure ont été confrontées à une violence inouïe." 🗣Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur. #canal16 https://t.co/NgD6DV7sPG

— franceinfo (@franceinfo) November 3, 2026

S'il reconnaît une "sous-estimation des services de renseignements" au sujet de l'ampleur de la mobilisation, des pillages et cassages, il considère qu'une meilleure appréciation n'aurait pas pu éviter ce qui s'est passé, au regard, selon lui, de "l'intensité des violences de ce jour-là".

Un peu plus tard, le ministre de l'Intérieur a dit assumer "un manque d'anticipation (…) qui est d'abord le mien". Selon Laurent Nuñez, ce qui a "surpris" ce jour-là, "c'est de ne pas avoir vu que tous ces phénomènes prévus par les services de renseignements allaient se produire simultanément, de manière à faire éclater le dispositif policier". "La volumétrie des personnes qui voulaient faire dégénérer les choses était plus importante que ce à quoi nous nous attendions", a-t-il détaillé.

Laurent Nuñez a pointé quatre "événements extrêmement importants qui se sont produits au même moment" le 17 octobre : la manifestation officielle, l'apparition de cortèges sauvages, la présence de "militants radicalisés", et l'arrivée dans la soirée et fin d'après-midi "de casseurs et pilleurs". Laurent Nuñez a insisté sur cette "conjonction de risques" et estimé qu'il n'avait pas anticipé le "nombre plus important que ce à quoi nous nous attendions". "Ce qu'on n'a pas anticipé, c'est qu'ils allaient arriver simultanément et s'entraîner mutuellement."

"L'ultragauche s'est mobilisée de façon inhabituelle"

Dès le début des dégradations de bâtiments publics et de commerces, de nombreuses personnalités politiques, en particulier au sein de l'exécutif, ont accusé l'ultragauche d'être impliquée dans les violences. Le ministre de l'Intérieur a réitéré ces accusations devant la commission d'enquête. "On a un phénomène assez nouveau : l'ultragauche s'est mobilisée de façon inhabituelle dans le but de perturber le dispositif policier", a-t-il exposé. "Des militants d'ultragauche et d'extrême gauche radicalisée ont immédiatement fait dégénérer la marche", a aussi affirmé Laurent Nuñez.

🔴 🗣️ 17 octobre : "Des militants d'ultragauche et d'extrême gauche radicalisée ont fait immédiatement dégénérer la marche", affirme Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, soulignant une action "très anticipée par rapport à l'habitude". #Canal16 https://t.co/XyuX4l21HF

— franceinfo (@franceinfo) November 3, 2026

"Ce sont des gens assez habiles et assez malins. Ils sont très doués pour faire dégénérer les choses et ils sont très doués pour ne jamais se faire interpeller", a poursuivi le ministre de l'Intérieur. Le ministre est revenu sur les propos de la procureure de la République de Paris, qui avait déclaré, le 19 octobre, qu'elle ne pouvait "absolument pas confirmer" que les personnes placées en garde à vue sur son ressort seraient "politisées vers l'ultragauche". "C'est évidemment rigoureusement exact. Mais ça ne veut pas dire qu'ils n'étaient pas à la manœuvre", a rétorqué Laurent Nuñez mardi.

Face à ces affirmations, plusieurs députés, notamment issus de La France insoumise, sont revenus à la charge en pointant la présence de l'ultradroite dans ces manifestations. "Oui, l'ultradroite profite de ce type de mouvement pour chercher l'ultragauche. Oui, ils ont voulu profiter de la situation. On les a moins vus le 17 octobre, [davantage] le 24 octobre et encore moins le 31 octobre", a nuancé le ministre.

"Je regrette qu'il y ait eu ces blessures graves"

Premier rapporteur à prendre la parole, Pouria Amirshahi, député écologiste de Paris, a posé une longue question à Laurent Nuñez sur les nombreuses enquêtes confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), depuis le début du mouvement lycéen mi-septembre, et lors des mobilisations des 17, 24 et 31 octobre. Pouria Amirshahi a rappelé que des lycéens ont eu des mains arrachées et d'autres ont été éborgnés. "Je regrette qu'il y ait eu ces blessures graves", a répondu le ministre de l'Intérieur.

Interrogé plus particulièrement sur le cas d'Evan, lycéen de 15 ans, qui a eu la main arrachée par une grenade assourdissante lors d'un blocage de son établissement à Lens (Pas-de-Calais), le 5 octobre, il a néanmoins assumé l'utilisation de ce type d'arme. "Le contexte de l'engagement de la force était réuni", a assuré Laurent Nuñez.

Second rapporteur, Roger Vicot, député socialiste du Nord, l'a ensuite interrogé sur les lanceurs de balles de défense (LBD), mis en cause pour des blessures graves. "Est-ce que le LBD continue à être adapté à ce qui se passe dans l'espace public et les manifestations ?", a interrogé le parlementaire. Alors que Laurent Nuñez répondait, indiquant qu'il s'agissait pour lui de "la seule arme intermédiaire" permettant "de cibler une personne en particulier", le député La France insoumise du Nord Ugo Bernalicis est intervenu, provoquant le courroux du ministre.

"Si à chaque fois que je parle, il faut que vous m'interrompiez… Ça suffit ! (…) Vous êtes dans la provocation en permanence !", s'est-il exclamé. Une fois le calme revenu, Laurent Nuñez a estimé que "des enquêtes en cours" permettraient de juger "de la proportionnalité (...) qui s'apprécie au regard du contexte et pas des conséquences".

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Source: Franceinfo · Violaine Jaussent

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