C'est une place qui est d'habitude trustée par Telegram, Signal, Discord ou encore WhatsApp. Mais une application peu connue du grand public, Bitchat mesh, figurait jeudi 22 octobre en tête du classement de la catégorie "réseaux sociaux" sur l'App Store. Elle a aussi intégré le top 10 des applications les plus populaires toutes catégories confondues. Deux places honorifiques dans le catalogue d'applications d'Apple qui disent beaucoup de la popularité actuelle de cette messagerie, alors que la France est secouée depuis des semaines par des manifestations lycéennes – et depuis le 17 octobre pour le pouvoir d'achat.
Contrairement aux autres applications, Bitchat a une particularité : c'est une messagerie décentralisée pour laquelle "aucune connexion internet, aucun serveur, aucun numéro de téléphone ne sont requis", comme on peut le lire sur la page officielle de l'application. Elle permet à ses utilisateurs d'envoyer et de recevoir des messages par des liaisons locales uniquement avec le Bluetooth. Une fonctionnalité pratique en l'absence de réseau, comme cela arrive parfois lors d'une manifestation.
À lire aussiL’armée déployée le 24 octobre : des précédents rarissimes en France
Pour rendre les échanges possibles entre ses utilisateurs, l'application développée en juillet 2025 par Jack Dorsey (le cofondateur de Twitter) se base sur la technologie des réseaux maillés ("mesh networks"). Contrairement à des messageries comme WhatsApp, qui reposent sur des serveurs centraux, ce système réseau est décentralisé : les appareils utilisant Bitchat sont interconnectés à l'image d'une toile d'araignée qui peut de plus en plus s'étendre en fonction du nombre de personnes qui utilisent l'application.
Cette technologie n'est pas nouvelle : d'autres applications l'utilisent depuis plus d'une décennie, à l'instar de FireChat, qui était très utilisée pour contourner la censure lors des manifestations à Hong Kong, en 2014. Par ailleurs, Bitchat sait aussi utiliser Internet... "Mais quand le réseau tombe, c’est le Bluetooth qui prend le relais", comme l'explique le média spécialisé Numerama.
Une appli utilisée en Iran, en Ouganda ou encore en Inde
La page officielle de Bitchat revendique l'indépendance de son application : "Les applications de messagerie traditionnelles reposent sur une infrastructure centralisée susceptible d'être surveillée, censurée ou désactivée", peut-on lire sur le site officiel. "Bitchat crée des réseaux (...) utilisant uniquement les appareils situés à proximité physique. Cette approche garantit la résistance à la censure, à la surveillance et l'indépendance vis-à-vis des infrastructures." Le réseau reste fonctionnel en cas de pannes d'Internet, de catastrophes naturelles, de manifestations ou dans les régions à connectivité limitée."
Au moment de son lancement, la messagerie chiffrée a été conçue pour être utilisable en cas de pannes d'Internet, de catastrophes naturelles ou dans les régions à connectivité limitée. Mais cette application a rapidement connu d'autres usages, notamment lors de manifestations dans plusieurs pays du monde confrontés aux coupures d'Internet, notamment en Iran et en Ouganda en début d'année.
À lire aussi"Ça bouge pas, donc il faut employer les grands moyens" : à Paris, les colères convergent
L'application a été rapidement redoutée par les régimes contrôlant la circulation de l'information, à l'image de la Chine qui a demandé à Apple de retirer la messagerie décentralisée de son App Store, en avril dernier. Bitchat a aussi été retiré des plateformes de téléchargement indiennes, comme l'a annoncé Jack Dorsey sur X le 3 octobre. En cause : lors de précédentes manifestations de l'opposition en juillet, les protestataires avaient notamment utilisé cette application, qui était alors l'une des plus populaires pour contourner l'interdiction d'accès à Internet.
La France n'est en pas à interdire les réseaux sociaux ou à couper délibérément l'accès à Internet, bien que l'ancien ministre Gabriel Attal se soit dit favorable cette semaine à "bloquer temporairement et de manière ciblée l'accès à certaines plateformes pour stopper l'effet de meute" après les violences qui ont émaillé le 17 octobre. Voilà une raison, parmi d'autres, qui pourrait expliquer la popularité actuelle de Bitchat sur l'App Store français.
Source: France 24 · Jean-Luc MOUNIER
At a glance
- Topic
- Technology
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira