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Quelque 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés samedi face aux risques de violences, de pillages et de rassemblements spontanés. Laurent Nuñez a annoncé le maintien d’un dispositif renforcé de contrôles et la protection systématique des centres-villes.

Une foule de manifestants, Place de la République, à Paris, France, le 17 octobre 2026.

Quelque 70 000 policiers et gendarmes seront de nouveau mobilisés samedi sur l’ensemble du territoire, a annoncé Laurent Nuñez lors d’un point presse vendredi 6 novembre, précisant que le dispositif serait reconduit « en volume et en doctrine opérationnelle ». Au total, 110 unités de forces mobiles seront engagées, soit la quasi-totalité des effectifs disponibles, les autres étant principalement déployés outre-mer, a expliqué M. Nunez.

Les forces territoriales de police et de gendarmerie seront également mobilisées. Le dispositif comprendra par ailleurs les 25 véhicules blindés Centaure de la gendarmerie et 15 engins lanceurs d’eau, répartis sur l’ensemble du territoire national. Les centres-villes seront « systématiquement » protégés, a aussi assuré M. Nuñez. Des arrêtés préfectoraux y interdisent les manifestations, tandis que les organisateurs des cortèges déclarés ont accepté des itinéraires les évitant. « On maintient évidemment cette ligne de protéger à tout prix les centres-villes, les commerçants », a insisté le ministre de l’intérieur.

Le ministre de l’intérieur a annoncé avoir demandé aux préfets de maintenir le même volume de contrôles que lors des précédentes journées de mobilisation, avec peut-être « un peu plus d’actions spontanées non déclarées », en raison de l’absence d’organisateurs structurés pour encadrer les manifestants. « Quand les syndicats sont là, quand les cortèges sont encadrés, évidemment, il y a moins de risques », a-t-il fait valoir, précisant que ce ne serait pas le cas pour la majorité des rassemblements prévus samedi.

A Paris, la coordination des « gilets jaunes » annonçait plus tôt vendredi maintenir son appel à un rassemblement samedi place de la Concorde – interdit par la Préfecture de police –, refusant de rejoindre un parcours intersyndical autorisé. « Nous irons à Concorde à 14 heures et nous y resterons jusqu’à 19 heures », a déclaré à la presse Benjamin Ball, membre de la coordination, à la sortie de la Préfecture de police (PP) de Paris.

Le choix de la place de la Concorde a été fait car c’est « un lieu emblématique, près de l’Assemblée nationale, un lieu de pouvoir, puisque nos revendications sont politiques », a souligné David Libeskind, avocat de ces « gilets jaunes », qui a dit avoir « déposé jeudi une plainte pénale à l’encontre du préfet de police », Patrice Faure.

Selon la coordination des « gilets jaunes », la PP leur a opposé une « fin de non-recevoir » pour un rassemblement place de la Concorde, leur demandant de rejoindre un parcours intersyndical autorisé entre les places de la République et de la Nation. Elle a publié un arrêté interdisant la manifestation déclarée entre autres par MM. Balle et Libeskind place de la Concorde, ainsi que quatre autres interdisant des tracés déposés auprès de la préfecture, notamment par le collectif Vigimédias. « La manifestation pourra se tenir (...) de 13 heures à 19 heures entre la place de la République et la place de la Nation avec un départ de Cortège prévu à 14 heures », précise-t-elle.

« Nous allons désobéir dans un lieu très symbolique »

Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, interdit la manifestation à Concorde au motif que « cette manifestation intervient dans un contexte social extrêmement tendu marqué notamment par les émeutes urbaines survenues dans la capitale » le 17 octobre. Il invoque aussi « l’infiltration d’éléments violents et déterminés » ainsi que des risques de troubles à l’ordre public.

La PP a par ailleurs publié des arrêtés interdisant les rassemblements autour de gare du Nord et gare de Lyon entre 8 heures et 23 h 30, et permettant « la captation, l’enregistrement et la transmission d’images » par drones.

« On nous impose d’aller à une manifestation qui ne nous concerne pas », a critiqué David Libeskind, ajoutant que « nos revendications n’ont pas le même objet (…), on a des revendications quand même plus politiques », avec notamment la « mise en place d’une démocratie directe ». « Nous allons désobéir et nous allons désobéir dans un lieu très symbolique qui est le lieu de la Concorde », a renchéri Benjamin Ball, affirmant que les gens seront « assis par terre ».

Dans une vidéo publiée sur le réseau Bluesky, des membres de la coordination des « gilets jaunes » résument ainsi leurs revendications : « Nous voulons reprendre ce qui nous a été volé : le temps, l’argent, la démocratie et nos vies. Nous voulons gagner notre pouvoir de vivre dans la dignité et la liberté. Vivre, et non plus survivre ».

Le ministre de l’intérieur a lors de son point presse vendredi soir, également évoqué la persistance d’appels « à la révolution, à l’insurrection » émanant, selon lui, de mouvances d’ultragauche ou d’extrême gauche radicale. « Le risque est exactement le même que pour les samedis précédents », a-t-il estimé. « La clé du succès sera la mobilité, la réactivité des forces de sécurité intérieure », a-t-il insisté au sujet de « contrôles en amont » des rassemblements. Le ministre a enfin réaffirmé sa volonté de faire preuve d’une « grande fermeté républicaine » face aux éventuelles violences : « S’il peut y avoir des casseurs et des pilleurs (...), on les attendra de pied ferme. »

« Manifestations coordonnées » en Europe fin novembre

Sur le site 17octobregiletjaune.net, qui recense chaque jour les manifestations prévues depuis le 17 octobre, le nombre d’actions déclarées pour samedi en France est toutefois plus faible que lors des samedis précédents (83, contre plus de 1 000 pour le 17 octobre).

De leurs côtés, comme les trois samedis précédents, l’intersyndicale de jeunesse (Union étudiante, Fage, Unef et USL) et des unions syndicales régionales (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFDT) appellent à occuper à nouveau le terrain samedi, avec, à Paris, une manifestation autorisée sur le même parcours, entre les places de la République et de la Nation, que jeudi.

L’intersyndicale rassemblant les huit principaux syndicats nationaux a indiqué vendredi matin qu’elle déciderait lundi soir, à l’issue de la conférence sociale, de la suite du mouvement, soulignant que seules des réponses à ses revendications l’arrêteraient.

Alors que la colère sociale gronde dans de nombreux pays, des syndicats et associations de droit au logement français, espagnols, portugais, belges, italiens, britanniques et grecs appellent en outre à des « manifestations coordonnées » contre la vie chère fin novembre.

Le Monde avec AFP

Source: Le Monde · Le Monde avec AFP

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