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« Mon boss et moi ». Chaque semaine, un jeune raconte sa relation, parfois complexe, avec son supérieur hiérarchique et le monde du travail. A 24 ans, Louis (prénom modifié) signait son premier CDI dans la tech, au côté d’une cheffe toxique que l’entreprise aura protégée jusqu’au bout.

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« J’ai décroché mon premier CDI à 24 ans, après avoir fait une grande école de commerce parisienne choisie, j’avoue, sans trop savoir ce que je voulais faire après. J’ai tenté une année de prépa en droit à l’Ecole normale supérieure, qui ne m’a pas plu. J’ai pensé au journalisme, à l’histoire, aux langues, mais je savais que certaines filières n’étaient pas du tout rémunératrices et je voulais gagner de l’argent.

J’ai donc été embauché dans une “scale-up” [une entreprise en forte croissance] de la tech, qui fait de la vente de logiciels. Je suis arrivé dans l’entreprise avec, en tête, une sorte de “contrat moral du travail” assez traditionnel. Celui que mes parents m’ont transmis : bosser pour être performant, gravir les échelons, bien gagner sa vie et construire une carrière pérenne. Ma mère et mon père sont cadres supérieurs, respectivement depuis trente et vingt ans dans les mêmes entreprises.

Au début, nous sommes deux dans l’équipe : ma boss et moi. Je suis hyper enthousiaste, combatif, avec une grande envie de faire mes preuves. D’ailleurs mon intégration dans la boîte se passe très bien. J’obtiens rapidement de bons résultats. Beaucoup de gens disent que j’ai un gros potentiel. On se retrouve en afterwork, pour des séminaires. Ma cheffe, elle, est là depuis six mois. Nous avons cinq ans d’écart, autant dire qu’on appartient à la même génération. Elle bénéficie d’une image de super-manageuse, très proche de ses salariés, pleine d’énergie.

« Une boule au ventre »

Les premiers signes d’agressivité apparaissent au bout de trois mois. Elle est stressée et parfois ça déborde, notamment pendant nos points hebdomadaires en one to one [“face à face”]. Elle me fait des reproches sur mon travail, s’énerve, mais sans vraiment m’expliquer les choses. Comme je suis en période d’essai, je garde un profil bas, je ne lui tiens pas tête. A ma grande surprise, ma période d’essai est pourtant validée et mon CDI confirmé.

Les mois suivants, l’équipe s’agrandit. On a tous le même âge. L’ambiance est bonne entre nous, mais on se prend des reproches partciulièrement violents de ma cheffe. Un exemple : un jour, je suis en formation et elle m’envoie un message en plein exercice pour me dire “t’es pas au niveau”. Ensuite, elle venait s’excuser, puis ça recommençait. C’est devenu tellement pénible que les gens évitaient de travailler dans l’open space, à côté d’elle, et préféraient s’enfermer dans les box pour téléphoner.

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Source: Le Monde · Charlotte Bozonnet

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