Plus de 50 tonnes d'avocats ont été détruites pour des raisons sanitaires au Mexique. Ces fruits étaient destinés à l'exportation vers les États-Unis, mais se sont révélés infestés par des larves d'un insecte ravageur, le charançon. Cette découverte met en exergue des tiraillements entre différentes régions mexicaines, dans une configuration de marché très particulière.
Depuis une dizaine de jours, les producteurs de la principale région productrice, celle du Michoacan, ne ramassent plus leurs fruits dans le but de faire remonter les prix : leur production s'annonce très abondante pour la deuxième année consécutive et les prix sur le marché où sont écoulés ces avocats, les États-Unis, sont devenus trop bas et peu rémunérateurs.
Le blocage opéré par les producteurs du Michoacan a cependant été en partie contourné : ceux qu'on appelle les « packers » – qui achètent aux producteurs et conditionnent la marchandise pour l'exporter – ont réussi à faire entrer des avocats d'autres régions mexicaines qui n'ont pas rallié le mouvement de protestation et profitent du contexte pour vendre leurs fruits, c'est notamment le cas de la région de Jalisco.
La découverte d'une infestation sur des cargaisons qui appartiennent à ceux qui ne jouent pas le jeu fait donc l'affaire des protestataires et prend à ce titre aussi une dimension politique.
À lire aussiSandwich avocat sardine par Georgiana Viou
Bras de fer pénalisant pour les États-Unis
Les États-Unis ont tenu jusque-là grâce à leurs stocks, mais si le mouvement se poursuit, cela va devenir très compliqué. Même si le blocage s'arrêtait aujourd'hui, la relance de la récolte et la reprise des envois prendront du temps. Les producteurs devraient donc réussir à faire remonter les prix. À voir si cette hausse sera durable, ou simplement un artefact.
La spécificité de ce commerce entre les deux pays, c'est que les prix sont constamment discutés. « Les négociations sont permanentes et quotidiennes », explique Éric Imbert, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), et concernent chaque semaine 20 à 30 000 tonnes d'avocats qui passent la frontière.
À lire aussiAu Maroc, l'avocat sur le banc des accusés
Une dépendance étonnante
L'ultra-dépendance du marché états-unien explique aussi ces tensions récurrentes. On parle du premier marché au monde, 1,3 million de tonnes importées, à 90 % du Mexique. Grosso modo, quand l'offre mexicaine fait défaut, les Étatsuniens se retrouvent sans avocat. Malgré les risques de rupture liés à cette relation commerciale quasi-exclusive, le pays n'a pas assoupli sa règlementation.
Cela veut dire aussi que les producteurs qui montent en puissance dans la filière, en Amérique du Sud ou en Méditerranée (Maroc et Israël notamment) vont devoir, dans les prochaines années, se concentrer sur le marché européen, l'autre grand bassin de consommation.
Sur ce marché, les prix pourraient baisser, à terme, surtout si la consommation n'augmente pas. Elle est aujourd'hui de moins de 2 kilos par habitant et par an, contre 4 kilos aux États-Unis, et a donc une marge importante de progression, relève Éric Imbert.
À lire aussiLa culture de l'avocat, une filière en surproduction que le marché européen peine encore à absorber
Source: RFI · Marie-Pierre Olphand
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira