La "stigmatisation des chômeurs" est pointée du doigt comme facteur de dégradation de la santé mentale, notamment en raison d'une perte des "ressources financières, d’identité et de statut social".

Article rédigé par franceinfo - Victor Dhollande (France Inter)

Radio France

Publié le 03/11/2026 06:53 Mis à jour le 03/11/2026 06:53

Temps de lecture : 2min

Le logo de Santé publique France, devant les locaux de l'organisme, le 2 décembre 2020 à Paris. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Les personnes sans emploi ont une santé physique, et surtout mentale, dégradée", selon une étude de Santé publique France publiée mardi 3 novembre et que France Inter a pu consulter. Cette étude présente "le vécu du chômage et les preuves quantitatives de ses effets négatifs sur la santé". Elle évoque notamment, "la stigmatisation des chômeurs" qui "apparaît comme un mécanisme psychosocial central".

Le chômage, "qui touche environ 2,6 millions de personnes en France et auquel sont imputés 14 000 décès par an, constitue un enjeu majeur de santé publique", alerte Santé publique France. "La dégradation de la santé s’explique notamment par la perte de ressources financières, d’identité et de statut social, ce qui place la stigmatisation des chômeurs au cœur des explications psychosociales", poursuit l'étude. Près de 15 000 actifs de 18 à 64 ans ont été interrogés par téléphone pour cette étude.

Les chômeurs sont notamment plus nombreux à déclarer une dépression au cours de l’année écoulée, selon cette étude. "On avait 17 % de femmes qui avaient un épisode dépressif caractérisé. Alors que pour les femmes sans emploi, on en avait 27,2 %", explique Sébastien Denis directeur santé environnement travail à Santé Publique France. Par ailleurs, "plus le chômage perdure, plus la personne perd contact avec la sphère productive, avec autrui, avec le monde", insiste Santé publique France. On retrouve également ces épisodes dépressifs chez les hommes mais dans une proportion moindre.

Cette étude a également intégré les chiffres d'une enquête menée par France Travail en 2025 auprès de 2 098 personnes sans emploi inscrites en catégorie A, pour expliquer la détérioration de leur état mental. Ainsi, une personne sur deux rapporte vivre ou avoir vécu une situation de stigmatisation depuis qu’elle est sans emploi. Et 56% de ces chômeurs déclarent avoir été discriminés dans l’accès au logement, à la santé ou à l’emploi, tandis que 37% se sentent moins pris au sérieux, 30% moins respectés.

Cette enquête ne permet pas à elle seule de certifier que le chômage est la seule explication à l’origine de cette santé mentale dégradée. Mais pour Sébastien Denis, c’est un signal à prendre très au sérieux pour mettre en place des politiques de prévention : "On a des expérimentations menées, notamment aux États-Unis, qui ont été répliquées dans d'autres pays européens et qui montrent qu'on peut concrètement avoir des effets positifs sur le fait de retrouver de l'emploi et de protéger vis-à-vis de la dégradation de la santé mentale".

Même si "les mécanismes directs et indirects du lien entre le chômage et l'épisode dépressif caractérisé restent à mieux identifier, une prévention ciblée doit concerner la population des actifs sans emploi, notamment les femmes les plus jeunes et celles en famille monoparentale", soulignent les auteurs du rapport.

______________________________________________________________________________________________________

Méthodologie : "Notre population d’étude est constituée de 14 471 actifs âgés de 18 à 64 ans résidant en France hexagonale interrogés par téléphone. Elle est issue des données du Baromètre de Santé publique France 2021. Les estimations ont été pondérées afin de tenir compte de la probabilité d’inclusion et de la structure de la population".

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème

Shorts

Source: Franceinfo · franceinfo

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira