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Éditorial
Le Monde
Au lendemain des législatives, où aucune majorité ne se dessine, Benyamin Nétanyahou est certes parvenu à ce que son parti demeure le premier parti du pays, mais le maintien au pouvoir du premier ministre sortant affaiblirait considérablement le jeu démocratique.
Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min.
La démocratie israélienne ne sort pas renforcée des élections législatives du 27 octobre. Parce que le pays se retrouve, une nouvelle fois, sans majorité, et parce que ces élections démontrent que certains votes comptent plus que d’autres.
Benyamin Nétanyahou, premier ministre en place le jour des massacres du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas et qui a refusé obstinément de rendre le moindre compte à propos des failles qui les avaient rendus possible, est certes parvenu à ce que son parti, le Likoud, demeure le premier parti d’Israël. Sa coalition avec les ultraorthodoxes qui refusent la conscription et avec une extrême droite suprémaciste qui justifie une forme de terreur en Cisjordanie occupée est cependant minoritaire, selon des résultats presque définitifs.
Elle distance pourtant le bloc constitué autour de l’ancien général Gadi Eisenkot, qui a perdu son pari de pousser Benyamin Nétanyahou vers la sortie. Incapable de se différencier du premier ministre sortant sur la question palestinienne, ou sur la conduite des guerres sans victoire politique qu’Israël a enchaînées depuis trois ans, ce novice en politique a pu constater à ses dépens que le seul rejet du chef du Likoud, plus petit dénominateur commun partagé avec ses alliés nationalistes, centristes ou de gauche, ne pouvait suffire à mobiliser les électeurs.
La résistance de Benyamin Nétanyahou et le score de Gadi Eisenkot ne sont pas les seuls enseignements de ces élections. Elles ont été en effet marquées par la poussée historique des partis représentant les Palestiniens d’Israël. En doublant le nombre de leurs sièges à la Knesset, ces derniers, résolument opposés au premier ministre sortant, disposent des voix nécessaires pour précipiter sa fin politique.
Cette arithmétique élémentaire se heurte cependant à un interdit qui constitue une négation des principes démocratiques dont se targue l’Etat hébreu. Les votes des députés arabes israéliens ne sauraient en effet être ajoutés à ceux des élus de confession juive pour constituer une majorité.
Homme politique retors, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir et échapper aux poursuites judiciaires qui le menacent, Benyamin Nétanyahou a fait de la stigmatisation de cette communauté représentant un cinquième de la population de l’Etat hébreu une marque de fabrique. Il les a ainsi accusés dès le lendemain du vote d’avoir « volé » leurs bons résultats.
En faisant de la participation des partis arabes israéliens une ligne rouge, le premier ministre sortant entend faire pression sur les alliés de Gadi Eisenkot également rétifs à une telle perspective pour susciter des défections. En restant à son poste le temps que les hypothèses de coalition soient épuisées, ce qui ouvrirait la voie à de nouvelles élections, au printemps 2027, Benyamin Nétanyahou peut également inciter une nouvelle fois les Etats-Unis à attaquer l’Iran, une fois passé les élections de mi-mandat. Un nouveau conflit lui permettrait de plaider en faveur d’un gouvernement d’unité nationale, placé évidemment sous sa coupe.
Le maintien au pouvoir de Benyamin Nétanyahou affaiblirait considérablement le jeu démocratique au lendemain d’un vote de rejet de sa personne difficilement contestable. Il prolongerait l’isolement diplomatique de l’Etat hébreu, dégraderait un peu plus son image, accélérerait le nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie et attiserait un peu plus les tensions au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Une bien sombre perspective.
Le Monde
Source: Le Monde
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