Publié le 21/10/2026 09:15 Mis à jour le 21/10/2026 11:31

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Article rédigé par franceinfo - Édité par l'agence 6Medias

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À qui profite la crise des "gilets jeunes" ? L'invité du "10 minutes info" ce mercredi 21 octobre, Emmanuel Rivière, politologue et consultant, apporte son éclairage.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Franceinfo : Bonjour Emmanuel Rivière, vous êtes politologue et consultant. Un premier sondage [une enquête IFOP pour le Figaro, Sud Radio et LCI] est tombé, et est riche d'enseignements. Ce qu'on voit, c'est que ça répond très concrètement à une question : à qui profite la crise ? Cela semble être Marine Le Pen qui en bénéficie le plus.

Emmanuel Rivière : Oui, ce n'est pas très étonnant, en fait. Les crises en général profitent à ceux qui ont des positions extrêmement claires et très alignées avec leur électorat. Comme Marine Le Pen incarne à la fois la réponse à une demande d'ordre et aussi la réponse à l'idée qui a bruissé, qui s'est répandue un peu partout selon laquelle les fauteurs de troubles, ce serait un peu "toujours les mêmes" pour reprendre la terminologie, le discours anti-immigration, le discours d'ordre peuvent profiter à Marine Le Pen. Maintenant, il faut rester très prudent.

Bien sûr, on rappelle qu'un sondage, c'est toujours une photographie à un moment donné. Il y a une marge d'erreur.

Mais ce n'est pas tellement une question de marge d'erreur, c'est que de toute façon, on sait que les choses évoluent fortement entre le mois d'octobre et le mois d'avril, qui sera le mois du premier tour.

Le sondage a été réalisé le soir même de ces violences du 17 octobre et jusqu'au lendemain, le 18. Ce qui est intéressant c'est que Jean-Luc Mélenchon, très critiqué notamment par l'exécutif, n'est pas à la peine. Au contraire, il progresse un petit peu. Moins que Marine Le Pen, mais il progresse.

Alix Bouilhaguet (franceinfo): Juste pour terminer sur Marine Le Pen, pourquoi elle est la grande vainqueure, c'est qu'elle en tire profit presque sans rien faire. On a vu Jordan Bardella répondre, aller sur le terrain. Elle, on l'a vu deux ou trois fois, de manière très institutionnelle — drapeau français, bureau — pour essayer de recueillir le fruit d'une forme de force tranquille, d'incarnation de l'ordre, de l'autorité.

Vous faites allusion à cette vidéo, juste avant l'allocution du président de la République, qui reprenait un peu les codes d'une allocution solennelle.

Alix Bouilhaguet : Et toutes ses allocutions sont sur ce même type. Donc ça installe l'imaginaire forcément de quelqu'un qui est calme, au moment où la France vacille. Concernant Jean-Luc Mélenchon, c'est vrai qu'il y avait une question qu'on pouvait se poser : est-ce que cette forme de radicalité ou de manière assez forte d'occuper le terrain allait le servir ou le desservir ? Et à l'évidence ça le sert complètement, puisque j'ai le sentiment que sa place est totalement acquise au second tour au moment où on se parle dans les sondages, et on a quand même le sentiment qu'il y a un vrai décrochage de la part du bloc central et notamment d'Édouard Philippe, Gabriel Attal. Mais il y a quand même Raphaël Glucksmann qui n'est pas non plus très loin, qui lui reste assez haut.

Jean-Luc Mélenchon n'a pas sa place acquise pour le second tour ?

Pour les mêmes raisons, effectivement. Si l'élection avait lieu aujourd'hui, sans doute Jean-Luc Mélenchon est le mieux placé pour être face à Marine Le Pen. Mais le chemin est vraiment très, très long. Et on sait qu'il y a beaucoup de gens qui ne sont pas décidés. Si on nous posait la question aujourd'hui de savoir pour qui on va voter à l'élection présidentielle, plus de la moitié des gens diraient : "En fait aujourd'hui, je ne sais pas."

Et c'est vrai que la période, en revanche, je rejoins totalement Alix Bouilhaguet, est favorable à ces deux-là puisque finalement le débat qui s'est installé et qui s'est renforcé hier à l'Assemblée nationale a mis l'accent sur LFI, a pointé LFI — dans une rhétorique d'ailleurs de la part du pouvoir qui consiste à dire qu'il faut choisir son camp, sauf que la très grande faiblesse de l'exécutif aujourd'hui, à plein d'égards, fait que finalement il renvoie à une représentation où il n'y aurait que deux camps. Non pas, comme le dit le Premier ministre, le camp de la République et le camp des casseurs, mais finalement ceux qui ont les positions les plus marquées sur le paysage politique, qui seraient Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Mais ça laisse ouverte toute cette France entre les deux. Elle se pose la question, justement, de savoir si ce sont ces options-là. A priori, ce n'est pas la réponse de ceux qui se reconnaissent ni dans Jean-Luc Mélenchon, ni dans Marine Le Pen, qui représentent à peu près la moitié des Français. Ce qui pose d'ailleurs une autre question dans la période absolument incroyable et tragique que l'on vit, c'est : "est-ce que le vainqueur de 2027 sera quelqu'un qui incarne un de ces deux pôles, ou quelqu'un qui pourra incarner l'apaisement, la réconciliation, une société qui se retrouve ?"

Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité

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Source: Franceinfo · franceinfo

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