Après avoir manifesté pendant deux ans contre la corruption, ils l'ont finalement emporté dans les urnes face au dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic : le mouvement étudiant a écrit, dimanche 25 octobre, une page d'histoire de la Serbie.

Selon l'ONG de référence Cesid, sur la base d'un échantillon représentant 96 % des votes, sa liste a remporté 52,9 % des voix, contre 38,8 % pour le parti Parti progressiste serbe (SNS) sortant, d'après les résultats préliminaires non officiels publiés lundi matin.

Cela représente une majorité de 140 sièges sur les 250 que compte le Parlement, contre 103 pour la formation d'Aleksandar Vucic.

Une participation très forte

La participation finale estimée à ces législatives anticipées est de 69,3 %. La dernière forte mobilisation électorale, d'environ 70 %, remontait à l'éviction de l'ancien dirigeant Slobodan Milosevic en 2000, et reste une référence dans l'histoire politique serbe.

Figure dominante de la vie politique nationale depuis 14 ans, Aleksandar Vucic a concédé rapidement sa défaite face à ces représentants sans expérience, issus de la société civile. "C'est la liste des étudiants-bloqueurs qui a remporté la victoire", a-t-il déclaré à ses partisans au siège de son parti, dans la capitale.

Ayant maintenu des liens étroits avec la Russie tout au long de son mandat, il a imputé le résultat aux influences étrangères. "Je veux que les gens sachent que cela a été la validation d'une révolution menée avec le soutien direct de plusieurs pays européens et de l'État profond américain, celui qui est aussi contre le président Trump", a-t-il déclaré.

Présenté par les étudiants comme un "référendum anti-Vucic", ce scrutin était le premier depuis 2012 à esquisser, pour 6,4 millions d'électeurs, la possibilité d'une alternance.

"Plus jamais nous n'aurons de tyran"

La reconnaissance par Aleksandar Vucic de sa défaite a provoqué une explosion de joie dans tout le pays. "La Serbie a gagné, comme nous l'avions promis", a déclaré Ilija Srdanovic, représentant la liste des étudiants, devant les militants brandissant des ballons colorés. "Plus jamais nous n'aurons de tyran dans ce pays."

"J'ai l'impression de vivre enfin dans un pays libre", s'est réjouie Suzana Mila Martic, une étudiante interrogée par l'AFP, en pleurs alors qu'un concert de klaxons et une foule aux bras levés envahissait les artères du centre de la capitale.

Cette alternance spectaculaire est l'aboutissement de près de deux années de protestations déclenchées par l'effondrement, en 2024, d'un auvent de la gare à peine rénovée de Novi Sad, deuxième ville de ce pays des Balkans. Seize personnes étaient mortes et les étudiants ont estimé que l'accident était une conséquence de la corruption endémique.

Au plus fort de la mobilisation, des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale. Au fur et à mesure, leurs revendications se sont transformées en appels à des élections anticipées.

"Construire une Serbie où la loi s'applique de la même façon à chacun"

Début septembre, Aleksandar Vucic, vice-Premier ministre à partir de 2012, puis Premier ministre en 2014 et président en 2017, avait fini par convoquer un vote, démissionnant de son second mandat à la tête de l'État afin de mener la campagne pour son camp.

Constitué en une force politique disparate, le mouvement étudiant avait présenté une liste unique sans tête d'affiche, avec une sélection de candidats issus de la société civile, dont le seul point commun était de vouloir battre le SNS d'Aleksandar Vucic.

Lundi "commence le travail, un travail sérieux, responsable et acharné pour construire une Serbie où la loi s'applique de la même façon à chacun", a déclaré Radomir Saicic, un représentant des étudiants.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit sur X que l'UE était prête à "soutenir des réformes en matière d'État de droit" et à "faire avancer l'avenir de la Serbie au sein de l'Union européenne".

Avec AFP

Source: France 24 · FRANCE 24

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