Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu ⁠était donné mardi 27 octobre au ​coude-à-coude avec son rival Gadi Eisenkot, selon les premières estimations diffusées à l'issue des élections législatives en Israël, premier scrutin national depuis le choc des attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023.

Aucun parti ne bénéficierait de la majorité, la coalition d'opposition menée par l'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne Gadi Eisenkot remporterait 52 à 53 sièges à la Knesset, contre 50 pour le Likoud de Benjamin Netanyahu, selon des sondages réalisés à la sortie des urnes publiés par des chaînes de télévision. Les partis arabes non alignés s'empareraient de 17 à 18 sièges.

D'autres médias, dont la chaîne de télévision Channel 14 favorable au Premier ministre israélien, rapportent que la coalition de Benjamin Netanyahu pourrait empocher près de 60 sièges.

Pour être représentée au Parlement, une liste doit recueillir au moins 3,25 % des voix, ce qui lui permet d'obtenir quatre sièges. Aucun ​parti n'a jamais réussi à emporter ‌seul la majorité absolue (61 sièges) et les gouvernements sont donc le fruit de coalitions, parfois fragiles.

Le score serré du scrutin pourrait jouer en faveur de Benjamin Netanyahu, qui pourrait s'accrocher au pouvoir ⁠à titre intérimaire si aucun parti ne parvenait à former une coalition gouvernementale.

"C'est une chute totale"

Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid a déclaré que le Likoud avait subi une "défaite cuisante". "C'est une chute totale et la population leur a signifié de rentrer chez eux."

Selon la Commission ‌électorale, 74,3 % des électeurs inscrits avaient voté à 20 h, ce qui représente le score le plus élevé depuis les élections de 1988.

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Vivement critiqué pour n'avoir pu empêcher l'attaque du 7-Octobre, qui a fait plus de 1 200 morts en Israël et conduit l'État hébreu à déclencher des guerres à Gaza, au ⁠Liban et en Iran, Benjamin Netanyahu, 77 ans, abordait le scrutin affaibli, malgré le soutien affiché du président américain Donald Trump.

Ce test électoral a, de fait, valeur de référendum après le traumatisme du 7-Octobre, mais "Bibi", poursuivi par ailleurs pour des faits de corruption, ambitionne de maintenir son record de longévité au pouvoir après 19 années de mandat cumulées (1996-1999, 2009-2021, ‌depuis 2022).

Il doit compter avec la concurrence inattendue de l'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne Gadi Eisenkot, 66 ans, qui a promis de diligenter une commission d'enquête publique sur les failles présumées ⁠de l'appareil sécuritaire israélien le 7 octobre 2023.

Durant la campagne, Benjamin Netanyahu, qui réfute toute responsabilité dans l'échec ‌sécuritaire du 7-Octobre, s'est posé en garant de la sécurité d'Israël malgré son isolement sur la scène internationale et s'est prévalu du soutien exclusif de Donald Trump face à la "menace existentielle" de l'Iran, pays contre lequel il entend "finir le travail".

Gadi Eisenkot, qui a perdu son fils de 25 ans et deux ‌neveux dans le conflit dans la bande de Gaza, a accusé Benjamin Netanyahu de "s'appuyer sur une campagne fondée sur la politique de la peur, les mensonges et les menaces", et s'est dit convaincu que Donald Trump travaillerait "en totale coopération avec quelque dirigeant choisi par le peuple".

"Je suis convaincu qu’à la fin de la journée, nous assisterons à un changement – un ​nouvel élan pour l’État d’Israël – qui servira de réparation pour ces trois dernières années et pour cette terrible journée", a déclaré l'ancien officier lors d’une visite au kibboutz Nir Oz dans le sud d’Israël, cible des attaques du 7-Octobre.

Il a voté au côté de Gadi Mozes, l’un des 251 otages enlevés alors par le Hamas.

À l’instar de Benjamin Netanyahu et de la quasi-totalité des partis juifs, Gadi Eisenkot s’oppose à la création d'un État palestinien. Il s'est toutefois montré ​critique envers les violences commises par les colons juifs à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie occupée, lesquelles sont en recrudescence depuis 2023.

"Sortez de chez vous tout de suite, les Arabes votent"

Les électeurs issus de la minorité arabe d'Israël – israéliens de nationalité mais palestiniens d'origine – se mobilisent en un ​nombre "sans précédent", a affirmé mardi le candidat palestinien Ahmed Tibi. Ces électeurs, qui représentent environ 21 % de la population israélienne, ont traditionnellement un taux de participation électorale inférieur à celui ​des Israéliens juifs.

Gadi Eisenkot a exclu tout partenariat avec les partis arabes, invoquant un manque de valeurs communes. Certains experts estiment toutefois que ceux-ci soutiendraient son gouvernement afin de garantir le départ de Benjamin Netanyahu.

Ce dernier a qualifié à plusieurs reprises les électeurs arabo-israéliens de menace, utilisant des termes que ses adversaires jugent racistes. Des voitures arborant les drapeaux du Likoud ont ​sillonné les rues de Jérusalem mardi, équipées de haut-parleurs diffusant à plein volume l'appel islamique à la prière et proclamant : "Sortez de chez vous tout de suite, les Arabes votent."

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Les électeurs étaient appelés à renouveler les 120 membres de la Knesset – l'unique chambre du Parlement israélien – pour un mandat de quatre ans, selon un mode de scrutin proportionnel par liste.

Ce système accorde une grande importance aux petits partis, souvent indispensables à la formation d'une coalition viable. Les Premiers ministres sont ainsi régulièrement contraints de satisfaire leurs exigences pour garantir la survie ⁠de leur cabinet.

Ainsi, Benjamin Netanyahu reste tributaire de l'appui des figures de l'extrême droite Itamar Ben Gvir, qui a voté dans la colonie de Kiryat Arba en Cisjordanie, et Bezalel Smotrich, cibles de sanctions de la part de certains pays occidentaux.

Les résultats définitifs ⁠de l'élection sont attendus d'ici vendredi et ​seront officiellement annoncés le 4 novembre.

Le président Isaac Herzog engagera ensuite des consultations politiques en vue de la formation d'un gouvernement. Le futur Premier ministre dispose de 42 jours pour mener à bien la constitution de son équipe.

Si ni Benjamin Netanyahu ni Gadi Eisenkot ne parviennent à former une coalition gouvernementale, l'actuel Premier ministre pourrait rester en fonction à titre intérimaire jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

Avec Reuters

Source: France 24 · FRANCE 24

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