Plus de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote, Israël est toujours dans l'impasse. Avec plus de 90 % des bulletins dépouillés, ce jeudi 29 octobre, le bloc de Benyamin Netanyahu est toujours en tête avec 53 sièges, contre 48 pour son rival d'opposition Gadi Eisenkot. On est donc loin des 61 nécessaires pour une majorité absolue à la Knesset. Les partis arabes enregistrent un score record avec une projection de 19 sièges. Reste encore les bulletins des militaires à dépouiller. Les résultats définitifs sont attendus d'ici au vendredi 30 octobre.

En Israël, les titres de la presse, ce jeudi 29 octobre, mettent en avant le blocage post-électoral, relève notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul. Il faut penser hors du cadre, suggère le journal Yediot Aharonot. Maariv parle d’impasse politique, tandis que le quotidien de gauche Haaretz avance la seule solution, considérée comme taboue par la quasi-totalité de la classe politique, dans son éditorial intitulé : « Oui ! Avec les arabes. »

À ce stade, le décompte des voix des militaires se poursuit. Et le Likoud, le parti de Benyamin Netanyahu, réclame l’ouverture d’une enquête. « Les formations arabes ont volé les élections », affirme un communiqué qui fait état de violences, fraudes et utilisation de logiciels interdits.

Une démarche qui pourrait retarder la publication des résultats officiels du scrutin et bloquer le processus de formation du gouvernement. Parmi les scénarios qui sont examinés : une grande coalition d’union nationale dirigée par Benyamin Netanyahu, souhaitée par le président israélien Isaac Herzog, mais rejetée par Gadi Eisenkot. Un gouvernement minoritaire avec le soutien des partis arabes ou un retour à de nouvelles élections qui profiteraient avant tout à Benyamin Netanyahu.

Les partis arabes : clé de la future coalition

Le dépouillement des votes se poursuit. Les partis arabes, qui totalisent provisoirement 19 sièges sur les 120 que compte le Parlement israélien, pourraient être les faiseurs de roi. Parmi eux, certains sont prêts à travailler avec les partis juifs pour renverser le gouvernement de Benyamin Netanyahu. D’autres assurent que c'est le racisme qui mène à l'impasse politique. Le bloc du changement, composé lui aussi de différents partis, s’interroge : faut-il ou pas faire alliance avec les partis arabes ?

Evelyne vote à gauche. Pour faire barrage à Benyamin Netanyahu, elle estime, auprès de notre correspondante à Jérusalem, Frédérique Misslin, qu’aujourd’hui l’opposition n’a pas le choix : « Je crois que la coalition, si elle veut prendre le pouvoir, est obligée de prendre les voix arabes. Personnellement, je suis complètement d'accord. Il y a 20 % d'Arabes ici qui vivent en Israël. C'est évident qu'ils doivent faire partie du gouvernement. »

Le bloc d'opposition rassemble des partis hétéroclites : la gauche, les ultra-nationalistes laïcs, le centre droit. Sarah Eichhorn, professeure de sciences politiques à l'université d'Haïfa, rappelle que pour une partie de la majorité juive, travailler avec la minorité arabe est inenvisageable, surtout après le 7-Octobre. Ces partis arabes représentent un électorat arabe nationaliste, les citoyens palestiniens d'Israël. Il peut donc s'avérer difficile pour les partis sionistes, notamment certains partis intransigeants au sein d'une coalition d'opposition, de collaborer avec eux.

Karine, qui vote au sein du bloc du changement, estime que ces partis arabes doivent faire un geste pour lever toute suspicion. « La seule chance que le bloc de l'opposition l'emporte, c'est que les Arabes se démarquent très officiellement et clairement du Hamas ». Karine ajoute : « En tout cas, il n'est pas possible de les ignorer. »

01:17

Que pensent les électeurs du bloc du changement d'une alliance avec les partis arabes ?

Frédérique Misslin

Le scepticisme prévaut chez les Arabes israéliens

Rien n’est cependant gagné, selon les citoyens arabes d’Israël, qui restent sceptiques face à la situation. Dans les rues de Jérusalem-Est, les Palestiniens d’Israël se réjouissent encore timidement, malgré un score sans précédent.

Les partis arabes auront de nombreux sièges, mais rien n’est encore joué : « C’est une longue histoire. Je ne pense pas que tout cela puisse se terminer comme ça, en une seule journée », estime Ahmad au micro de notre envoyée spéciale à Jérusalem-Est, Manon Chapelain.

La mobilisation sans précédent des citoyens arabes d’Israël - quelque 80 % de participation - apporte tout de même une lueur d’espoir. Sous le gouvernement de Benyamin Netanyahu, jamais les conditions de vie des Palestiniens ne se sont autant dégradées, estime David : « Ce sera une vie meilleure, avec la paix, pour les chrétiens, les juifs et les musulmans. Même les touristes ne viennent plus à cause de la manière dont nous sommes traités actuellement. »

La question est de savoir si le bloc d’opposition acceptera de s’allier avec les partis arabes d’Israël pour former un gouvernement. Gadi Eisenkot, le leader face à Netanyahu, avait jusqu’ici refusé. Amid est sceptique : « Ils ont obtenu de bons résultats, mais cela ne changera rien. Aucun des deux camps n’acceptera de les prendre dans le gouvernement. C’est difficile. Les opinions et les mentalités sont différentes ».

Alors que les partis arabes seront « faiseurs de rois » dans la vie politique israélienne et qu'ils envisagent, pour l'instant, un soutien de la coalition d'opposition sans participer au gouvernement, à Nazareth, des feux d’artifice et des cris de joie ont éclaté dans le ciel lors de la soirée électorale.

Reste à comptabiliser le vote des militaires

Les résultats définitifs des élections israéliennes ne seront pas officiellement annoncés avant le 4 novembre. Alors que plus de 90 % des suffrages exprimés ont été dépouillés, il faut attendre, entre autres, les résultats des « doubles enveloppes », ces bulletins réservés aux seuls électeurs autorisés à voter hors du bureau de vote assigné, notamment les militaires et réservistes israéliens. Plus de 430 000 suffrages qui doivent encore être dépouillés. Ce processus devrait se prolonger jusqu'au vendredi 30 octobre, indique Melissa Barra, du service international de RFI.

Il a fallu centraliser les bulletins provenant de 850 casernes, bases et postes mobiles mis en place pour le personnel militaire ou pénitentiaire, les diplomates à l'étranger ou même les électeurs dans l'impossibilité de se rendre dans leur circonscription. Certains de ces bureaux étaient à Gaza, en Syrie, ou au Liban.

Militaires et réservistes ont même été autorisés à voter dès le 20 octobre, pour ne pas perturber des opérations. Leur vote est glissé dans une deuxième enveloppe. Laquelle contient l'identité de l'électeur, qui est par la suite vérifiée pour éviter que celui-ci ne puisse voter deux fois.

Ce système « à double enveloppe » est susceptible de modifier dans les prochains jours la composition de la Knesset, où chaque siège vaut autour de 40 000 voix. Mathématiquement, ces bulletins équivalent à une douzaine de sièges.

Les partis arabes et ultra-orthodoxes sont moins populaires parmi ces électeurs. En 2022, les « doubles enveloppes » avaient retiré un siège aux Haredim au profit d'un parti ultranationaliste. Les trois listes arabes n'avaient recueilli qu’environ 5 % des suffrages.

À lire aussiLégislatives en Israël: le président Herzog appelle à «tout faire» pour éviter de nouvelles élections

Source: RFI

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira