Les Serbes sont appelés aux urnes dimanche 25 octobre pour des législatives anticipées. Le régime du président Aleksandar Vucic, en place depuis 14 ans et réputé pour sa corruption et ses penchants autoritaires, fait face à une large contestation populaire menée depuis deux ans par les étudiants, qui présentent leur liste de candidats : 250 inconnus du grand public, novices en politique, pour la plupart professeurs d'université ou fonctionnaires, dont le point commun est la lutte contre la corruption et la restauration de l'état de droit. Par-dessus tout, les étudiants et la population craignent la fraude électorale, systématique en Serbie. Parmi l'arsenal de moyens pour tenter de l'éviter, les étudiants ont, comme la loi électorale les y autorise, désigné des contrôleurs électoraux, qu'ils ont formés.
De notre correspondant à Belgrade,
Devant Nebojsa, activiste des droits civiques, et Luka, un étudiant, sont assis une trentaine de futurs contrôleurs électoraux. Ils participent à un cours un peu particulier. Le but : décortiquer les techniques de fraude électorale.
« L'utilisation du téléphone portable est IN-TER-DITE. Vous en voyez un, vous faites aussitôt pression sur les assesseurs, sur le président du bureau de vote. Il tient un procès-verbal et il a pour instruction de le rendre vierge. Vous exigez l'inscription, vous l'écrivez, et à chaque incident vous ajoutez une nouvelle inscription. Vous lui dites : "À chaque incident je vais faire un problème, et c'est toi qui devras gérer ça avec la commission électorale." »
« Vous ne laissez rien passer. Vous vous défendez bec et ongles. Pour tout. C'est maintenant ou jamais », dit également son acolyte.
À lire aussiLégislatives en Serbie: l'opposition se met au porte-à-porte pour assurer la victoire de la liste étudiante
En Serbie, le bulletin de vote prend la forme d'un formulaire qu'il faut cocher. Une photo du bulletin en faveur du régime peut rapporter 50 euros. Un vote pour l'opposition peut coûter un licenciement à certains employés du service public. Interdire le téléphone portable, c'est rendre sa liberté à l'électeur. Mais les contrôleurs ne peuvent pas tout :
« Il y a onze façons de tricher aux élections le jour du vote. Et aussi des techniques de fraude avant le jour du scrutin, comme les fausses cartes d'identité, la double inscription aux listes électorales. Mais ça, ce sont des techniques sur lesquelles nous ne pouvons pas agir en tant que contrôleur ».
On présente aux candidats l'inventaire des fraudes connues : bourrage d'urnes, doubles bulletins, triche au dépouillement tandis qu'un laxatif dans le café peut éloigner les contrôleurs trop pointilleux du bureau de vote. Rien de tout cela n'étonne plus Olja, une étudiante de 24 ans, qui n'en est pas à sa première activité : « J'ai participé à l'action « un étudiant dans chaque village », J'ai fait du porte-à-porte pour la liste étudiante, j'ai tenu des stands de campagne. D'une certaine façon, devenir contrôleuse était la suite logique. »
Danijel, ingénieur informatique de 36 ans, n'a pas le profil classique de l'activiste. Il participe avec des amis : « Je souhaite apporter ma pierre à l'édifice pour qu'on puisse vivre dans un état de droit, pour que la loi soit respectée. Aux dernières élections, j'avais appris trop tard qu'on pouvait devenir contrôleur électoral. Je veux me rattraper cette fois-ci. »
Toutes les élections organisées depuis l'accession de Vucic au pouvoir ont été marquées par la fraude. Lors du dernier scrutin, seuls 30 % des bureaux de vote avaient leurs contrôleurs. Cette fois, les étudiants ont formé 20 000 contrôleurs électoraux pour 8 000 bureaux de vote, soit 2 à 3 contrôleurs par bureau. C'est l'un de leurs outils pour tenter de limiter la fraude.
Source: RFI · Laurent Rouy
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira