Avec ce sixième roman publié dans la rentrée littéraire 2026, l'auteur de "Un certain M. Piekielny" nous invite à découvrir l'incroyable épopée d'un "palais absolu", né à Delhi, et élevé dans un village de Bourgogne.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 03/11/2026 14:32
Temps de lecture : 5min
Avec Le Palais, François-Henri Désérable remporte le 100e prix Renaudot, a annoncé le président du jury de ce prix Frédéric Beigbeder le 3 novembre depuis le restaurant Drouant, dans la foulée de l'annonce du Goncourt.
Ce roman de François-Henri Désérable publié aux éditions Gallimard fin août est une véritable épopée qui nous fait voyager de Delhi aux vignobles de Bourgogne, en passant par New York et les Iles Marquises, en compagnie d'un homme remarquable, capable de reconnaître à l'aveugle n'importe quel vin du monde en un clin d'œil.
Arun cherche à apercevoir depuis le hublot de l'avion qui l'amène à Paris "l'endroit précis où la surface de la Terre s'arrondit". Il a sept ans et il arrive de Dehli. Paris est en liesse. Une liesse qu'il croit un instant qu'elle lui est destinée. "Ces gens-là pouvaient parler de fromage pendant des heures. Alors pourquoi pas une haie d'honneur pour un orphelin de Dehli ?". En réalité, le hasard l'a fait débarquer dans sa nouvelle vie à l'autre bout de la planète le 12 juillet 1998. Arun grandit en Bourgogne entre un père restaurateur et une mère adepte de yoga, ses parents adoptifs. Mais c'est surtout avec Margot, et son père viticulteur, que le sarment de sa nouvelle vie s'enracine. En dégustant en cachette à l'âge de 12 ans un vin refusé par des clients "cons" du restaurant de son père, un monde infini s'ouvre à lui. Dès lors, le vin devient "sa seule, son unique entéléchie".
François-Henri Désérable aime s'emparer de l'histoire, celle avec un grand H mais aussi celle de la littérature, et de ses figures. En 2013, il raconte dans Tu montreras ma tête au peuple, son premier roman, les derniers instants de dix têtes passées sous la guillotine pendant la Révolution française, de Charlotte Corday, à Marie-Antoinette, en passant par Danton, ou Robespierre. Avec Evariste, en 2015, le romancier plonge dans la vie fulgurante du mathématicien Evariste Gallois.
En 2017, il publie Un certain M. Piekielny, une enquête sur un personnage mystérieux, évoqué par Romain Gary dans La Promesse de l'aube. En 2021, il décroche le Grand Prix du roman l'Académie française avec Mon maître et mon vainqueur, un livre inspiré de la relation tumultueuse entre Verlaine et Rimbaud, sur fond d'intrigue policière. En 2023, l'écrivain tire de ses quarante jours passés l'année précédente à parcourir l'Iran, L'usure d'un monde, un récit éclairant, qui montre un pays à bout.
Le voilà de retour dans cette rentrée littéraire 2026 avec une aventure en apparence plus légère. Formidablement documenté, ce nouveau livre de l'ancien hockeyeur professionnel relève à la fois du roman d'aventures et d'un manuel sur le vin pour les nuls. À travers le destin de ce personnage habité jusqu'à la lie par sa passion, le romancier nous fait entrer dans les coulisses de ce vaste monde, de la fabrication à la dégustation, en passant par les ivresses et spéculations qu'il suscite. Le roman dessine le vin sous toutes ses coutures, son goût, ses fragrances, qui peuvent comporter jusqu'à des centaines de notes enfantées par une géographie, une terre, un ciel, sans oublier la main d'un vigneron.
S'il attaque son sujet dans un registre burlesque pour narrer l'épopée de son héros du vin, le romancier en profite en sous-main pour peindre le monde, et ses vicissitudes, passées et présentes. Derrière la chatoyance d'un millésime, c'est tout un système économique, un ordre mondial inégalitaire, et une humanité parfois bien sombre, qui sont donnés à voir. Cette fresque viticole navigue dans les pas d'Arun, des bidonvilles de Delhi, où les enfants escaladent les pentes d'une décharge géante pour gagner quelques roupies, aux salons new-yorkais dans lesquels des milliardaires dégustent des crus payés aux enchères plusieurs centaines de milliers de dollars. "Ces gens-là n'entretenaient avec les grands vins qu'une relation purement comptable, ils ne s'intéressaient qu'à leur prix, à la fluctuation de leur cote : ils n'achetaient pas du vin pour le boire – quelle idée ! – ils investissaient dans le vin comme on investit dans la pierre ou la Bourse."
Dans cette aventure, Arun apparaît comme une figure de Robin des bois mondialisé, leurrant et pillant les plus riches des pays riches pour donner aux plus pauvres des plus pauvres, rêvant de rétablir un semblant d'équilibre à l'échelle de sa propre vie, celle d'un enfant arraché à la misère, projeté par les lois du hasard (conjuguées à son génie) dans une destinée exceptionnelle.
Autour de son héros, François-Henri Désérable nous offre une belle galerie de personnages, qu'il croque avec tendresse, avec humour, parfois aussi avec la dent dure. Le romancier s'empare avec gourmandise du champ lexical œnologique "si pauvre, si peu inventif" qu'il retravaille à coups de métaphores pour restituer toutes les nuances et la richesse de ce breuvage séculaire, et toute la palette de sensations qu'il provoque dans le nez et sous le palais de son héros. On se régale de cette immersion dans la "cave intérieure" d'Arun, dans les méandres de ses sensations gustatives et olfactives, qui sonnent, avec ses mots comme une épopée lyrique. Avec ce Palais, l'écrivain, bientôt 40 ans, signe un sixième roman aussi instructif que divertissant. Un grand cru.
"Le Palais" de François-Henri Désérable, éditions Gallimard, 401 pages, 23 euros.
Extrait : Plus il était précis, plus le monde s'ouvrait, et plus le monde s'ouvrait, plus l'émotion s'intensifiait. À mesure que le vin roulait dans sa bouche et caressait son palais, chaque arôme se fragmentait, se révélait habité par d'autres arômes plus ténus, plus enfouis, comme une matière fractale. L'arôme d'écorce d'orange, par exemple, ne restait jamais entier : il se divisait d'abord en orange amère, en orange douce, en orange sanguine. Mais, à l'intérieur même de l'orange sanguine, d'autres voix s'élevaient : celle du zeste râpé à vif, ou bien celle du jus acidulé, ou celle encore, plus sourde et plus épaisse, de la pulpe macérée. Et cette pulpe elle-même, si on l'écoutait bien, se fragmentait encore : elle contenait la note fermentaire d'un fruit sur le point de basculer dans l'alcool, le sucre trouble d'une compote oubliée, l'éclat vineux d'un kéfir d'agrumes, une pointe de zeste confit ; et chacune de ces nuances pouvait à son tour se subdiviser : cela n'en finissait jamais. Chaque arôme était une porte, et derrière cette porte il y avait d'autres portes, qui elles-mêmes ouvraient sur d'autres portes, encore et encore, jusqu'à l'infini." (Le Palais, page 31).
Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?
Sur le même thème
-
François-Henri Désérable remporte le prix Renaudot 2026 avec "Le Palais"
-
vidéo
Philippe Jaenada lauréat du prix Goncourt 2026 pour "L'Inconnue du quai de Javel"
-
"L'Inconnue du quai de Javel", prix Goncourt 2026 : avec l'aide de Maigret, Philippe Jaenada résout une affaire criminelle vieille de plus de soixante-dix ans
-
Philippe Jaenada a remporté le prix Goncourt 2026 avec "L'Inconnue du quai de Javel"
-
Le Centre national du livre "espère que ses jours ne sont pas comptés", après une proposition de loi demandant sa suppression
Shorts
-
Philippe Jaenada lauréat du prix Goncourt 2026 pour "L'Inconnue du quai de Javel"
vidéo 42 secondes -
En Chine, l’IA remplace les acteurs des mini-séries
vidéo 2 minutes 40 -
Une chanson peut changer une situation, mais peut-être pas le monde !
vidéo 1 minute 58 -
“Pour Le Grand bleu, la colline était plus haute que ce que je pensais”
vidéo 1 minute 53 -
Des gilets jaunes contre des CRS sur Fortnite
vidéo 1 minute 39 -
Expo : Agatha Christie, la femme aux mille vies
vidéo 58 secondes -
Pourquoi la voix de Goku, ça ne sera plus elle
vidéo 2 minutes 3 -
Jeux vidéo : les studios indépendants face à la crise de l'industrie
vidéo 2 minutes 56 -
"La maladie nous vole nos parents !" - Guillaume de Tonquédec
vidéo 1 minute 29 -
Est-il possible de se faire avaler par une baleine ?
vidéo 2 minutes 52 -
Les femmes toujours sous-représentées dans les jeux vidéo
vidéo 2 minutes 30 -
Un tableau de Claude Monet vendu 50 millions d'euros, un record en France
vidéo 30 secondes -
Dans l'univers de Julien Neel, créateur de la bande dessinée Lou !
vidéo 2 minutes 42 -
Thélyson Orélien : l'IA utilisée dans l'écriture de son roman, selon son éditeur
vidéo 51 secondes -
Le dernier soir de Céline Dion
vidéo 1 minute 43 -
Ariane Ascaride : "Je venge ma mère tous les jours !"
vidéo 1 minute 31 -
"Good night et à bientôt" : Céline Dion dit au revoir à Paris avant son retour en 2027
vidéo 27 secondes -
Vincent Lindon incarne Jean Valjean dans "Les Misérables".
vidéo 1 minute 58 -
Moteur imaginaire : quand l'art contemporain réinterprète le patrimoine industriel de Renault
vidéo 2 minutes 57 -
Un nouvel espoir de retrouver l’avion d’Amelia Earhart, disparu en 1937
vidéo 1 minute 55 -
Elles sont la “Génération Paty”
vidéo 2 minutes 10 -
Ces adolescents ont essayé de vivre sans leur téléphone pour limiter leur temps d'écran
vidéo 2 minutes 48 -
De nouvelles mobilisations pour demander la libération de Christophe Gleizes
vidéo 2 minutes 12 -
Christophe Gleizes "tient bon" pour être "à la hauteur de ses soutiens"
vidéo 1 minute 29 -
Les frises du Parthénon au cœur du conflit entre Athènes et Londres
vidéo 1 minute 37 -
Streetfighter de retour au cinéma
vidéo 56 secondes -
Thélyson Orélien reconnaît des plagiats, mais conteste l'usage de l'IA dans son roman
vidéo 1 minute 19 -
Le documentaire sur Gaza qui secoue Israël
vidéo 1 minute 50 -
Les salariés du jeu vidéo sont en grève, interview avec un employé d'un grand studio français
vidéo 1 minute 40 -
Sandrine Bonnaire : "L'amnésie traumatique, c'est de la survie !"
vidéo 1 minute 27
Source: Franceinfo · Laurence Houot
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira