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Dans le touchant « Les Noms de Feliza », l’écrivain colombien raconte sa compatriote, morte « de tristesse », en exil, à Paris, en 1982.
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« Les Noms de Feliza » (Los nombres de Feliza), de Juan Gabriel Vasquez, traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon, Seuil, 300 p., 23,50 €, numérique 17 €.
L’exergue des Noms de Feliza est emprunté à la poète Emily Dickinson (1830-1886) : « Ils m’ont enfermée dans la Prose. » Vers la fin de ce roman qu’il consacre à la sculptrice Feliza Bursztyn (1933-1982), l’auteur, Juan Gabriel Vasquez, revient à cette citation, notant : « Feliza n’a pas été un livre ouvert : elle a plutôt mené une de ces vies qui ne saurait être contenue dans une biographie. (…) Et pourtant (…), j’essayais de la capturer, de l’enfermer dans la prose. » La lecture des Noms de Feliza donne cependant l’impression inverse : que l’effort de l’écrivain colombien n’a jamais visé à circonscrire l’existence de sa compatriote, mais à créer un espace littéraire à même de laisser se déployer la liberté de cette femme. « La sculptrice colombienne Feliza Bursztyn, exilée en France, est morte de tristesse à 22 h 15, le vendredi 8 janvier, dans un restaurant parisien » : écrits en 1982 par l’écrivain Gabriel Garcia Marquez (1927-2014), ami de l’artiste et témoin de la scène, ces mots ont, en un sens, « enfermé » la défunte, livrant une lecture sans équivoque de son destin.
Ils ont aussi exercé une puissante attraction sur Juan Gabriel Vasquez quand il les a découverts, il y a une trentaine d’années. Il ne savait rien de l’artiste, alors, de son travail utilisant des rebuts métalliques, de son goût pour l’art cinétique, de ses installations en métal et tissu. Mais il a commencé à s’interroger sur les raisons d’une tristesse assez puissante pour causer la mort de quelqu’un, à l’âge de 48 ans. Et il s’est intéressé à la vie de Feliza Bursztyn, ou plutôt à ses vies successives, depuis sa naissance en Colombie, par le hasard d’un voyage de ses parents, des juifs polonais, que l’accession d’Hitler au pouvoir convainquit de ne pas retourner en Europe, jusqu’à sa mort, à Paris, quelques mois après avoir dû fuir son pays en raison de ses sympathies castristes.
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Source: Le Monde · Raphaëlle Leyris
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