Propos recueillis par Stéphanie Maupas
Publié aujourd’hui à 10h00Article réservé aux abonnés
Entretien« En Afrique, la vague réactionnaire » (4/4). Dans un entretien au « Monde », le juriste sénégalais au long parcours dans la prévention des atrocités revient sur la montée des discours de haine sur le continent, qui se concrétisent par des actes violents ou des législations discriminatoires.
Le Sénégalais Adama Dieng est l’envoyé spécial de l’Union africaine (UA) pour la prévention du crime de génocide et des atrocités de masse. Il a aussi été conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour la prévention du génocide (2012-2020) après avoir été le greffier en chef du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) (2001-2012). Fort de ce parcours, il revient sur la montée des discours de haine, tremplins des violences xénophobes, misogynes et homophobes sur le continent, mais aussi sur les pressions américaines sur la CPI, face auxquelles les pays africains sont sommés de faire un choix.
Votre mandat d’envoyé spécial de l’UA pour la prévention du crime de génocide implique la lutte contre les discours de haine. Quel est l’état des lieux sur le continent aujourd’hui ?
J’observe une banalisation inquiétante de déclarations qui font des migrants, des minorités ethniques ou religieuses, des personnes LGBT, des menaces collectives. Il faut être vigilant car la haine peut emprunter le langage de la défense de la nation, de la tradition ou de la moralité. Elle enferme des personnes dans une catégorie, leur attribue une faute collective qui rend leur exclusion acceptable : voilà pourquoi c’est dangereux. Mon expérience de la prévention des atrocités m’a appris à prendre ces évolutions au sérieux.
Tout discours de haine ne conduit pas à un crime de masse, mais la déshumanisation répétée, les appels à la violence, la moralisation de groupes et l’impunité constituent des signaux d’alarme. Il faut intervenir avant que les personnes visées ne soient attaquées. Imaginez seulement ce qui s’est passé en 1994 au Rwanda, le génocide perpétré par les Hutu contre les Tutsi. Cela n’a pas commencé avec les machettes ou avec les mitraillettes, mais avec les mots.
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Source: Le Monde · Stéphanie Maupas
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