Près de 60 000 membres des forces de l'ordre ont été mobilisés samedi en France. C'est 20 000 de moins que lors du mouvement "Bloquons tout" de septembre 2025. Mais six fois plus que lors de la première manifestation contre la réforme des retraites de 2023.

France Télévisions

Publié le 21/10/2026 06:03

Temps de lecture : 4min

Des policiers déployés lors de la manifestation du 17 octobre 2026 à Amiens (Somme). (GUILLAUME DESTOMBES / FRANCE TELEVISIONS)
Des policiers déployés lors de la manifestation du 17 octobre 2026 à Amiens (Somme). (GUILLAUME DESTOMBES / FRANCE TELEVISIONS)

Un aveu d'échec à demi-mot. "Le dispositif [de maintien de l'ordre] que nous avions mis en place s'est retrouvé en certains endroits en asymétrie avec le volume de manifestants", a reconnu le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, lundi 19 octobre sur France inter. Lors de la mobilisation nationale contre la vie chère, samedi 17 octobre, les forces de l'ordre n'ont pas pu empêcher les destructions et les pillages.

"Je suis responsable de tout ce qu'il se passe sur le terrain", a ajouté le ministre, qui a proposé sa démission au président de la République, dimanche. Emmanuel Macron a maintenu l'ex-préfet de police de Paris à son poste. Mais le chef de l'Etat a pointé "des défaillances d'anticipation et de renseignements". Une critique qu'a reconnue Laurent Nuñez : "Il y avait deux fois et demie plus de personnes" que ce que les services du ministère de l'Intérieur avaient anticipé. Quelque 550 000 personnes ont manifesté samedi, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Les autorités en attendaient 200 000 tout au plus.

A quel point le dispositif de maintien de l'ordre était-il sous-dimensionné ? Franceinfo a comparé le nombre de forces de l'ordre mobilisées samedi aux effectifs déployés lors des dernières grandes mobilisations sociales. Alors qu'un "acte 2" a été annoncé par la coordination des gilets jaunes pour le 24 octobre, franceinfo a fait le choix de s'intéresser aux effectifs de policiers et gendarmes mis en place lors des premières manifestations de ces mouvements sociaux. Qu'il s'agisse de celui des gilets jaunes en 2018 ou des manifestations contre la réforme des retraites en 2023. A ces évènements, s'ajoute la journée du 10 septembre 2025 du mouvement protéiforme "Bloquons tout", qui portait elle aussi des revendications sur le pouvoir d'achat.

Lors de "l'acte 1" des gilets jaunes, le 17 novembre 2018, 282 000 manifestants avaient essaimé le territoire français, selon les autorités. "A la pointe des mobilisations, nous avons mobilisé 65 000 [forces de l'ordre]", avait déclaré fin novembre le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner sur France 3, sans préciser le nombre d'agents déployés précisément ce jour-là. Si le mouvement était bien plus éclaté géographiquement sur le territoire national que celui du 17 octobre, le nombre maximum de policiers et de gendarmes déployés était donc plus proche du nombre de manifestants que samedi. De même, lors du mouvement "Bloquons tout", le 10 septembre 2025, 80 000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés pour 197 000 participants, selon les autorités, et "près de 250 000 personnes" pour la CGT.

Les trois mouvements ne sont "pas comparables", a néanmoins jugé lundi Laurent Nuñez sur France inter, estimant que les mobilisations des gilets jaunes occasionnaient "beaucoup plus d'exactions" qu'une manifestation traditionnelle, et n'avaient par ailleurs pas "d'organisateurs" identifiés. Quant au mouvement "Bloquons tout", "c'était des actions qui appelaient à bloquer le pays, on n'était pas sur une manifestation déclarée", contrairement à celle du 17 octobre, a-t-il mis en avant pour justifier l'importance du dispositif policier déployé en septembre 2025.

A l'inverse, lors de la première manifestation contre la réforme des retraites du gouvernement d'Elisabeth Borne, le 19 janvier 2023, 10 000 policiers et gendarmes avaient assuré le maintien de l'ordre. Plus de 1,1 million de personnes avaient manifesté ce jour-là, selon les autorités, soit le double du 17 octobre, pour six fois moins de forces de l'ordre. La CGT avait, elle, comptabilisé plus de deux millions de manifestants. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, avait alors expliqué sur RTL que les autorités s'attendaient à la venue à Paris d'"un petit millier de personnes qui pourrait être violent", citant des membres de l'"ultragauche" ou des "ultrajaunes", à savoir des gilets jaunes radicalisés.

A l'issue de cette journée du 17 octobre, le débat sur le maintien de l'ordre ne se résume toutefois pas qu'au nombre de forces de l'ordre déployées. Environ 3000 commerces ont subi des dégradations et nombre d'entre eux ont vu leurs rayons vidés par les pillards. Les mobilisations de samedi ont donné lieu à 2 397 interpellations, selon un bilan consolidé communiqué dimanche soir par le ministère de l'Intérieur. Ce bilan fait aussi état de 997 membres des forces de sécurité intérieures blessés dont sept sont gravement touchés. Deux personnes sont mortes à Paris dans ces circonstances qui restent à éclaircir : l'une samedi, l'autre dimanche. Et plusieurs blessés graves sont à déplorer : une adolescente de 17 ans a perdu un œil à Mulhouse, tandis que la main d'un garçon du même âge a été arrachée par une grenade à Saint-Etienne. Au total, la police des polices est saisie de quatre enquêtes pour des faits survenus le 17 octobre. Dimanche, au cours de son allocution télévisée, Emmanuel Macron a assuré demander à son gouvernement "toute la transparence" sur la stratégie mise en place.

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Source: Franceinfo · Baptiste Rivière

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