Le résultat de l'élection présidentielle brésilienne constitue-t-il une bonne nouvelle pour l'environnement ? Les électeurs ont reconduit, dimanche 25 octobre, Luiz Inacio Lula da Silva à la tête du Brésil, qui abrite 60 % de la forêt amazonienne, l'un des plus grands réservoirs de carbone de la planète.

Avant de revenir au pouvoir en 2023, le leader de gauche avait fait campagne sur la sauvegarde de l'Amazonie, promettant d'atteindre l'objectif "zéro déforestation" au Brésil d'ici à 2030.

Et la promesse semble en bonne voie : la déforestation en Amazonie brésilienne sur un an a atteint son plus bas niveau depuis le début des relevés en 1988, selon les chiffres présentés le 16 octobre par le gouvernement.

Dimanche, le président sortant a battu le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro, qui promettait de poursuivre la politique de son père, Jair, dont la présidence (2019-2023) avait été marquée par une accélération historique de la déforestation amazonienne.

Vue aérienne d'une zone déboisée de la forêt amazonienne, ravagée par un incendie de forêt pendant la saison sèche, dans la commune d'Autazes, dans l'État d'Amazonas, au Brésil, le 15 octobre 2026.
Une vue aérienne d'une zone déboisée de la forêt tropicale, ravagée par un incendie de forêt pendant la saison sèche, dans la commune d'Autazes, dans l'État d'Amazonas, au Brésil, le 15 octobre 2026. © Bruno Kelly, Reuters

Catherine Aubertin, économiste de l'environnement et directrice de recherche émérite à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), ne cache pas son enthousiasme : sur le plan écologique, la victoire de Lula lui a fait pousser un "énorme soupir de soulagement". Jair Bolsonaro avait "vraiment travaillé pour donner libre cours" à la déforestation.

Dès 2019, le budget de l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama), l'agence fédérale brésilienne chargée de protéger l'environnement, avait été amputé d'un quart.

"Montée en puissance" de l'or noir brésilien

Mais Lula, champion de la lutte contre la déforestation, est-il pour autant celui de l'environnement ? Le président de gauche a toujours célébré les importantes réserves d'or noir du Brésil et leurs bienfaits pour l'économie du pays.

Septième producteur mondial de brut, le mastodonte latino-américain a ainsi atteint l'année dernière un record historique de production : 3,77 millions de barils par jour selon les données officielles. 

Or, l'Amazonie est riche en pétrole. Le gouvernement Lula y a relancé des opérations de forage en mai dernier dans le champ pétrolier d'Urucu, dans l'État de l'Amazonas, où 22 nouveaux puits doivent être forés.

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Par ailleurs, en mer, le géant pétrolier public Petrobras a récemment annoncé deux découvertes successives de pétrole, en août puis en octobre, dans un puits d'exploration de la marge équatoriale à environ 180 km des côtes septentrionales du pays.

Le Brésil n'est donc pas seulement un "grand pays pétrolier", sa production monte en puissance, observe Francis Perrin, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste des problématiques énergétiques.

Une tendance qui est encouragée par la crise des hydrocarbures : la guerre au Moyen-Orient a fait grimper le baril de Brent à plus de 114 dollars, tandis que les frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières russes font empirer la situation.

La crise des hydrocarbures, une aubaine pour Brasilia

Le Brésil en tire parti à deux niveaux, selon Francis Perrin. Sur les prix, d'abord : "Chaque baril que vous exportez rapporte beaucoup plus de dollars." Ensuite, sur les volumes, car les pays importateurs cherchent désormais du pétrole loin du détroit d'Ormuz, notamment sur le continent américain : "Tout le monde vient les courtiser."

"On comprend bien que les dirigeants brésiliens ne sont pas prêts à dire à Petrobras : 'Arrête le pétrole'", souligne l'expert. En août, Lula avait d'ailleurs qualifié les gisements marins de "passeport pour l'avenir". Le pétrole étant une énergie fossile, la politique du président de gauche n'aide pas à lutter contre le réchauffement climatique. Un dérèglement qui menace à son tour... la forêt amazonienne.

Cette politique ne devrait pas être remise en question à court terme, note depuis Sao Paulo le géographe François-Michel Le Tourneau, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Vu de Brasilia, le calcul est simple, selon lui : l'économie mondiale va continuer à dépendre du pétrole "pendant plusieurs décennies".  La question qui se pose aux dirigeants brésiliens est donc la suivante : "Le pétrole qui sera de toute façon consommé – et produira du carbone dans l'atmosphère – sera-t-il brésilien et rapportera-t-il des devises au Brésil, ou viendra-t-il d'ailleurs ?"

Parmi les tout premiers rendez-vous internationaux de Lula après sa réélection, figure la COP31 sur le climat, qui doit se tenir à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre. Au menu : le suivi des initiatives justement lancées par le Brésil en 2025, comme le fonds pour la protection des forêts tropicales.

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Promettre de sortir du pétrole… plutôt que d'en sortir

Le Brésil, qui organisait la précédente COP, a préparé un projet de feuille de route pour sortir des énergies fossiles. Mais "il ne faut pas tuer la poule aux œufs d'or", souligne Francis Perrin : le pétrole rapporte tellement que Brasilia entend, selon lui, "continuer un petit peu".

Pour combien de temps ? Le Fonds monétaire international (FMI) relève que la dépendance de l'économie mondiale au pétrole, si elle reste significative, n'a cessé de reculer, notamment sous l'effet de l'électrification. Depuis 2010, les énergies renouvelables représentent en effet 60 % de la hausse de la production d'électricité dans le monde.

Catherine Aubertin, elle, a déjà tranché : "Le pétrole, c'est foutu." À terme, l'or noir deviendra, pour l'économiste, un "actif échoué", un investissement dévalorisé avant d'avoir été rentabilisé.

Source: France 24 · Sophian AUBIN

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