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Chronique
Armand Hatchuel
Professeur émérite à Mines Paris, Université PSL
Pour surmonter ses difficultés structurelles, l’éducation nationale a besoin d’« une gouvernance publique proche de ses besoins et loin des turbulences du politique », estime dans sa chronique Armand Hatchuel, professeur en sciences de gestion, citant notamment l’exemple historique des télécommunications.
Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 2 min.
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Parmi les revendications des lycéens depuis le début de leur mobilisation mi-septembre, le remplacement des professeurs absents tient une place centrale. Une telle défaillance devrait nous surprendre, tant il s’agit d’un principe élémentaire de gestion d’un service public. En réalité, le problème est particulièrement complexe et on est ici confronté, en plein XXIe siècle, à une vieille question : le régime démocratique est-il toujours un bon maître pour la réalisation du service public ?
En 1921, Henri Fayol (1841-1925), théoricien de la « science administrative », répond à une demande du gouvernement sur la gestion des Postes, télégraphes et téléphones (PTT). Son ouvrage L’Incapacité industrielle de l’Etat : les PTT (Dunod, 1921) soutient qu’aucun des principes d’une bonne administration des PTT n’est compatible avec le fonctionnement politique du ministère. Les secrétaires d’Etat se succèdent et ignorent les projets de leurs prédécesseurs. Aucun plan d’investissement à long terme n’est tenable et on ne peut adapter une politique au fil des ajustements nécessaires. Enfin, les personnels sont gérés selon des règles uniformes qui interdisent de récompenser les initiatives ou de répondre aux particularités locales.
Cette critique conduira à la séparation du budget des PTT de celui de l’Etat en 1923. Puis, beaucoup plus tard, à la création en 1991 de France Télécom et de La Poste. Dans de nombreux domaines – transports, nucléaire, santé… – et tout en préservant le statut des personnels, l’Etat a délégué à de grands organismes ou à des entreprises nationales la gestion de services publics. Il a ainsi protégé la démocratie de responsabilités qu’elle n’aurait pas pu assumer : imaginons l’Etat sommé de garantir à tous et partout un Internet gratuit et à très haut débit !
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Source: Le Monde · Armand Hatchuel
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