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Publié le 23/10/2026 05:59

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Le cortège du samedi 17 octobre aux abords de la place de la République, à Paris. (RICHARD BORD / GETTY IMAGES EUROPE)
Le cortège du samedi 17 octobre aux abords de la place de la République, à Paris. (RICHARD BORD / GETTY IMAGES EUROPE)

Après une journée de mobilisation contre la vie chère très suivie, mais ternie par des affrontements et des pillages, certains manifestants sont déterminés à exprimer une nouvelle fois leur colère samedi. D'autres ont même été convaincus de rejoindre le mouvement.

Sarah* hésite encore sur le choix des vêtements qu'elle va porter pour aller battre le pavé à Avignon (Vaucluse), samedi 24 octobre. "Ce sera ma première fois", confie la trentenaire, qui travaille dans la grande distribution. Cette néophyte de la contestation sociale, qui a répondu à l'appel à témoignages lancé par franceinfo après l'annonce de cette suite à la mobilisation du 17 octobre, s'est tout de même renseignée. "Je ne suis pas inconsciente non plus." Elle veut éviter de porter une tenue dans laquelle elle pourrait être prise à tort pour une casseuse. "Je pars plutôt sur des vêtements très colorés pour me distinguer des gens vêtus de noir de pied en cap. Et au lieu du masque, une écharpe, là encore de couleur vive, pour filtrer un peu les gaz lacrymo".

Sarah s'est décidée dimanche, hagarde face au torrent d'images d'affrontements, de destructions et de pillages diffusées sur les chaînes d'info. "J'étais tout sauf politisée. Les manifestations, j'avais l'impression que ça ne servait à rien. Mais le 17 octobre, ça a été l'étincelle", explique celle qui se dit choquée par "la répression" à laquelle ont fait face les manifestants. "Je me suis dit : 'Il faut que j'y aille'", raconte cette fille de policier. Difficile d'appréhender le scénario du deuxième épisode de ce mouvement né de la convergence entre, notamment, les lycéens et les anciens gilets jaunes. Si le dispositif des forces de l'ordre s'annonce conséquent, le nombre de manifestants paraît encore incertain.

Zoé, qui a voté pour Emmanuel Macron aux deux dernières élections présidentielles, pensait aussi faire son baptême de la rue samedi, à Lyon. Elle partage avec nombre de manifestants du 17 octobre, qui étaient 550 000 en France selon l'Intérieur et 800 000 selon les organisateurs, des revendications d'abord économiques. "Je suis cheffe d'entreprise [dans le transport routier] et j'en ai ras le bol de ne pas pouvoir payer mes salariés à la hauteur de ce qu'ils méritent." Elle évoque également ses craintes de voir l'Etat de droit se déliter et la réponse apportée à la mobilisation, qu'elle juge aussi trop répressive.

"Je fais partie de cette frange de la population qui ne dit jamais rien. Mais là, je ne sais plus à quelle France j'appartiens."

Zoé, cheffe d'entreprise en région lyonnaise

à franceinfo

Mais ça, c'était avant que le préfet interdise le cortège lyonnais. "Pour samedi, je ne sais pas. Je ne veux plus être docile", confie-t-elle. Dans un clin d'œil au peintre surréaliste René Magritte, elle a préparé une pancarte sur laquelle elle a écrit "Ceci n'est pas une manifestation", au cas où.

Barth, lui, n'avait plus levé le poing dans la rue depuis vingt ans. Ecœuré par la réaction du gouvernement au mouvement des lycéens, cet informaticien de la région d'Annecy s'est retrouvé dans le cortège du 17 octobre. "D'habitude, les manifestations chez nous, c'est toujours très calme". Pas cette fois, comme l'a raconté ICI Pays de Savoie. Une boutique Lacoste pillée, des manifestants repoussés devant les grilles de la préfecture, des feux allumés devant le palais de justice... Inhabituel pour cette paisible ville de Haute-Savoie.

Pas de quoi dissuader Barth de retourner battre le pavé une semaine plus tard. "J'ai plus peur des policiers que des casseurs", assure-t-il, après avoir vu le cortège tourner en eau de boudin avant la moitié du parcours, pourtant déposé en préfecture. Courageux mais pas téméraire, il prendra une précaution : "Cette fois, je vais laisser mes lunettes de vue à la maison. Trop peur qu'un flic me les casse."

Comme Barth, ils seront nombreux à avoir la boule au ventre avant d'aller manifester. "Je suis un peu une flippette", reconnaît Cléa, prof de lycée à Paris, qui a passé deux heures dans les gaz lacrymogènes près de la place de la République le 17 octobre. "Hors de question que je mette le feu à une poubelle, hein. Mais j'y retourne." Catherine, 68 ans, redoute d'être prise dans un mouvement de foule dans le cortège grenoblois s'il est maintenu : "A mon âge, je ne peux plus trop courir, à peine me déporter sur un côté contre un mur." Elle compte sur un signe distinctif pour la protéger :

"J'espère qu'avec mes cheveux gris, on ne me tapera pas."

Catherine, retraitée

à franceinfo

Quant à Laurent, prof de classe prépa à Chambéry, ce n'est pas pour lui qu'il se fait des cheveux blancs. "Je fais pas mal de sports de combat, les séjours à l'hôpital ça me connaît". Mais il s'inquiète pour ses enfants, qui ont l'intention d'être du cortège – s'il a bien lieu, car la préfecture a annoncé l'interdire. "Le second est particulièrement remonté. J'espère juste que je ne vais pas finir la journée à l'hôpital."

Au-delà de cette crainte, ils partagent d'autres sentiments. "J'ai la rage", poursuit Cléa, l'enseignante parisienne. "Avoir été empêchée de manifester le 17 a décuplé ma motivation pour samedi." Christophe, professeur en classe prépa à Lentilly, près de Lyon, entend bien défiler "au premier rang". "Je veux montrer que la colère ne vient pas que des élèves, des jeunes, mais aussi des plus vieux." Le jeune papa de 32 ans ira manifester "tête nue" : "C'est important de se montrer sans protection." Après l'interdiction préfectorale du défilé lyonnais, "inacceptable" à ses yeux, il pense se replier sur une petite ville voisine.

Julie, graphiste d'une trentaine d'années, aurait pu manifester dans sa petite ville perchée à cinquante kilomètres de Toulouse. Mais non. "Si je paie l'essence et un ticket de métro, c'est pour faire masse dans le plus gros cortège de la région", dans la Ville rose, et tant pis s'il y a plus de risques de finir avec les yeux rouges.

"Il y a un effet galvanisant. On a l'impression de participer à quelque chose d'important."

Julie, graphiste dans la région toulousaine

à franceinfo

Louis s'est décidé dimanche soir, devant l'allocution du président de la République. "J'hésitais à y retourner, jusqu'à ce qu'il prenne la parole", raconte cet assistant d'éducation lillois, âgé de 24 ans, frappé par la "déconnexion" d'Emmanuel Macron. "Il m'a conforté dans mon idée : le fait qu'il fallait continuer de montrer qu'il y a une grande diversité de profils qui manifestent."

Pierre-Etienne, qui joue d'une vague ressemblance avec le président de la République pour défiler en costume cravate, avec au-dessus un gilet jaune et sur le nez des lunettes de soleil, espère "une manif joyeuse", "for sure". "Opposons à la force une joie déterminée", prône ce prof de SVT d'un lycée de banlieue parisienne, sensible aux revendications portées par ses élèves. "J'espère qu'il y aura des fanfares, que cette fois l'orchestre du Nouveau Monde ne sera pas gazé avant le démarrage du cortège", énumère-t-il. Pierre-Etienne pense que les scènes de violences et de pillages ne se reproduiront pas. "Le pouvoir ne va pas se faire avoir deux fois", avance l'enseignant, sans vouloir jeter l'opprobre sur les pillards, dont certains ont dévalisé des boutiques de mangas ou de jeux vidéo : "Certains auraient pu être mes élèves."

Beaucoup des personnes qui ont répondu franceinfo ne fondent toutefois pas de grands espoirs sur cette énième manifestation. "Ce n'est pas parce qu'on ne nous écoute pas qu'il ne faut pas chercher à se faire entendre", théorise le toujours combatif Laurent. Il apparaît bien seul. "Je suis résignée", soupire Cléa. "Ça va surtout servir à se compter." Barth énumère les précédents, "les conventions citoyennes, les cahiers de doléances, les mobilisations contre la réforme des retraites..." "On le sait, le gouvernement n'écoute personne", conclut-il. Jacques, la trentaine, qui tient un bar dans les Pyrénées-Atlantiques, fermera son établissement pour battre le pavé à Tarbes, dans le département voisin des Hautes-Pyrénées. "On ne descend pas dans la rue par plaisir, insiste ce chef d'entreprise. On a tous mieux à faire de notre samedi."

* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée.

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Source: Franceinfo · Pierre Godon

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