Publié le 22/10/2026 13:13 Mis à jour le 22/10/2026 13:14

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Pourquoi certains devraient-ils risquer leur vie quand d'autres refusent de porter l'uniforme ? Trois ans après le 7-Octobre, la question de l'exemption du service militaire pour les ultraorthodoxes déchire Israël. Cette fracture est au cœur de la campagne des législatives, qui auront lieu le 27 octobre.

Costume noir et chemise blanche, kippa ou chapeau pour les hommes, cheveux couverts et longue robe pour les femmes, pas de smartphone, pas d'internet pour la plupart… Dans le quartier de Méa Shéarim à Jérusalem comme dans la ville de Bnei Brak près de Tel Aviv, l'univers très codifié des haredim (les "craignant Dieu" en hébreu) est à mille lieues du quotidien moderne et laïque du reste du pays. A l'approche des élections législatives le 27 octobre, le mode de vie singulier de cette communauté très fermée est au cœur d'un conflit qui divise la société israélienne.

Les ultraorthodoxes n'étaient que quelques centaines en 1948, à la fondation de l'Etat d'Israël, quand les hommes ont été exemptés du service militaire pour se consacrer à l'étude de la Torah. Depuis, leur nombre a explosé. Avec six enfants par femme en moyenne, ils représentent aujourd'hui 15% de la population israélienne, peut-être le double d'ici à trente ans. Alors, dans un pays qui reste traumatisé par le 7-Octobre, où les réservistes sont épuisés par trois ans de guerre, leur privilège ne passe plus dans l'opinion.

En juin 2024, la Cour suprême a ordonné à l'État de mobiliser les 80 000 ultraorthodoxes en âge de faire l'armée. Des centaines d'entre eux ont été arrêtés par la police militaire, ce qui a provoqué des manifestations massives. Depuis deux ans, refuser la conscription peut coûter cher. Après avoir écopé de 10 jours de prison militaire, Maer Sabag, un jeune ultraorthodoxe de 25 ans, ne peut ainsi plus voyager à l'étranger ni bénéficier des aides de l'État. Mais la prison et les sanctions n'ont fait que renforcer sa détermination.

Après son arrestation, le jeune homme a rejoint un collectif d'opposants à l'armée particulièrement radical. L'équipe d'"Envoyé spécial" l'a accompagné dans un appartement de Jérusalem où ils tiennent des permanences pour aider les familles de déserteurs. Au bout du fil ce jour-là, une mère s'inquiète. On lui conseille de fermer la porte à double tour, et de contacter le collectif si la police vient arrêter son fils. Le collectif récolte aussi de l'argent pour soutenir les déserteurs emprisonnés.

Le leader du mouvement, Yehuda Bloy, 40 ans, va jusqu'à comparer les arrestations de déserteurs aux déportations de juifs par le régime nazi. Que répond-il aux laïcs en colère contre ceux qui ne veulent pas se battre pour défendre Israël ? Selon lui, ces "personnes qui font pourtant partie du peuple juif ne respectent pas véritablement la voie du judaïsme et tentent de [les] faire renoncer à [leurs] pratiques. Au nom de notre religion, on est prêts à aller jusqu'au bout. Jusqu'à la mort s'il le faut", poursuit-il, rappelant que "des millions de juifs d'Europe ont été assassinés à cause de leur foi".

Aux yeux d'une grande partie de la population, ce discours apparaît comme de plus en plus insupportable, tout comme l'argument des ultraorthodoxes pour échapper à la conscription : en étudiant la Torah, eux aussi participeraient à la défense d'Israël. Selon plusieurs sondages récents, 8 Israéliens sur 10 sont favorables à leur enrôlement, et des manifestations s'organisent également dans ce sens.

Début 2026, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a tenté de trouver un compromis susceptible à la fois d'apaiser la colère des haredim et de satisfaire les besoins de l'armée. Il a annoncé "un plan prévoyant de recruter 23 000 hommes orthodoxes au cours des trois prochaines années". Mais six mois plus tard, il a fait volte-face. Pour ménager ses alliés religieux au gouvernement, il a suspendu les arrestations. Le vote des ultraorthodoxes pourrait-il faire basculer le résultat des législatives ? Benyamin Netanyahou compte sur eux pour conserver le pouvoir.

Extrait de "Israël : les soldats de la Torah", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 22 octobre 2026.

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Source: Franceinfo · France 2

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