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Publié le 25/10/2026 07:03

Temps de lecture : 6min

Un agriculteur palestinien devant des affiches électorales de Benyamin Nétanyahou, à Rantes, en Cisjordanie occupée, le 6 octobre 2026. (ZAIN JAAFAR / AFP)
Un agriculteur palestinien devant des affiches électorales de Benyamin Nétanyahou, à Rantes, en Cisjordanie occupée, le 6 octobre 2026. (ZAIN JAAFAR / AFP)

Si les responsabilités du 7-Octobre et la protection de l'Etat hébreu sont au cœur du scrutin, l'avenir des territoires palestiniens est, lui, loin d'être une priorité pour la plupart des partis.

Qui sera le prochain chef du gouvernement israélien ? Après plus de 18 ans passés à la tête de l'Etat hébreu, l'inamovible Benyamin Nétanyahou va tenter de conserver son siège de Premier ministre, à l'issue des législatives du mardi 27 octobre. Mais les conséquences du scrutin, qui s'annonce très serré selon les sondages, ne s'arrêteront pas aux frontières d'Israël. Les élections influenceront aussi l'avenir de la bande de Gaza, ravagée par trois ans de guerre, et de la Cisjordanie occupée, où la colonisation israélienne ne cesse de s'accélérer.

"La politique israélienne ne peut jamais se détacher de la question palestinienne, qui a des conséquences tant sur la politique interne qu'externe" de l'Etat hébreu, souligne Hugh Lovatt, chercheur au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). Mais "malgré l'importance du conflit sur le quotidien et le futur" d'Israël, l'avenir de Gaza et de la Cisjordanie occupée est un sujet "largement marginalisé" dans la campagne, constate le spécialiste.

"Il y a encore dix ou vingt ans, certains partis évoquaient le projet d'une paix économique, voire la solution à deux Etats", qui impliquerait la reconnaissance d'un Etat palestinien par Tel-Aviv, retrace Ksenia Svetlova, chercheuse associée à l'institut Chatham House. Mais depuis les attentats du 7-Octobre, durant lesquels plus de 1 200 personnes ont été tuées par les terroristes du mouvement islamiste palestinien Hamas, "il n'y a guère d'appétit pour une quelconque initiative centrée sur la paix", analyse cette ancienne députée de centre gauche, qui a siégé à la Knesset, le Parlement israélien, entre 2015 et 2019.

"Dans cette campagne, le principal sujet est la sécurité et la défense d'Israël. L'enjeu de scrutin, plus largement, est de savoir qui aura le pouvoir, comment il sera utilisé et contre qui."

Ksenia Svetlova, chercheuse associée à Chatham House

à franceinfo

Avec le traumatisme laissé par le 7-Octobre, la société israélienne s'est "radicalisée", ajoute Hugh Lovatt. "L'idéologie antipalestinienne et l'opposition à un Etat palestinien, qui existaient déjà auparavant, ont été légitimées et amplifiées" depuis les attaques du Hamas, poursuit le chercheur. Dans ce contexte, deux priorités se dessinent, dans un scrutin qui ressemble surtout à un référendum pour ou contre Benyamin Nétanyahou : établir les responsabilités qui ont mené au 7-Octobre, alors que plusieurs médias affirment que le Premier ministre avait reçu des alertes sur l'imminence des attentats, et garantir la sécurité de l'Etat hébreu.

A la veille de l'élection, rares sont les partis qui mettent en avant la solution diplomatique pour parvenir à ce deuxième objectif. "L'idée de négociations est quasiment impensable dans le climat actuel", assure Ksenia Svetlova. A la tête d'une coalition de droite et d'extrême droite, Benyamin Nétanyahou est fermement opposé à la mise en place d'un Etat palestinien. Le Premier ministre continue de défendre son projet de "victoire totale" sur le Hamas à Gaza, mais n'a pas de "plan clair" pour y parvenir, juge le Jerusalem Post.

Pour Ksenia Svetlova, le chef du gouvernement a "ralenti" la mise en œuvre de l'accord négocié par les Etats-Unis pour mettre fin au conflit dans l'enclave. Son maintien au pouvoir équivaudrait à un statu quo, avec "une situation qui n'est ni la guerre ouverte ni la paix" à Gaza, ainsi qu'une "annexion de fait de la Cisjordanie" occupée, insiste la chercheuse.

Comme le relève Reuters, le projet du Premier ministre israélien est en partie influencé par ses alliés d'extrême droite, dont certains soutiennent ouvertement l'idée d'une annexion des territoires palestiniens. Sous Benyamin Nétanyahou, les installations israéliennes en Cisjordanie occupée – considérées comme illégales par le droit international – se sont faites plus nombreuses. Tout comme les violences et intimidations des colons envers les Palestiniens, qui n'ont cessé d'augmenter à l'approche de l'élection : entre le 1er et le 9 octobre, l'organisation à but non lucratif Acled a recensé près de quarante incidents quotidiens, contre une vingtaine par jour en septembre.

Des soldats et des civils israéliens dans la colonie d'Ofra, en Cisjordanie occupée, le 13 octobre 2026. (ILIA YEFIMOVICH / AFP)
Des soldats et des civils israéliens dans la colonie d'Ofra, en Cisjordanie occupée, le 13 octobre 2026. (ILIA YEFIMOVICH / AFP)

L'extrême droite défend un programme allant encore plus loin. Itamar Ben Gvir, à la tête d'un parti ultranationaliste et actuel ministre de la Sécurité intérieure, a proposé début septembre de vider la bande de Gaza de ses deux millions d'habitants. Un "transfert" selon lui "volontaire", qui s'opérerait sur six ans, le temps de "pousser à l'émigration" une population déjà déplacée à de multiples reprises durant les trois ans de guerre au pouvoir.

Il cible aussi le reste des territoires palestiniens. "Il ne faut pas attendre qu'un 7-Octobre se produise [en Cisjordanie occupée]. C'est là que la prochaine guerre va éclater", a-t-il déclaré vendredi, en réaction à une attaque qui a fait cinq blessés israéliens près de Hébron. "L'Autorité palestinienne [qui administre une partie de ce territoire] doit être démantelée et démilitarisée", a-t-il ajouté.

Un changement de coalition gouvernementale permettrait-il une autre approche ? En cas de victoire du principal rival de Benyamin Nétanyahou, Gadi Eisenkot, la différence avec l'actuel Premier ministre serait minime, avance Hugh Lovatt. Le centriste, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne et novice en politique, s'oppose lui aussi à l'idée d'un Etat palestinien. Il se montrerait toutefois "plus enclin à restreindre l'expansion des colonies non autorisées [par le gouvernement israélien] en Cisjordanie occupée, et à combattre l'extrémisme de certains colons", poursuit-il. Début octobre, Gadi Einsenkot a ainsi qualifié de "terrorisme juif" l'explosion des violences contre les Palestiniens.

L'ancien général, dont le fils a été tué dans la guerre à Gaza, "ne mentionne pas la solution diplomatique" pour résoudre le conflit dans l'enclave, relève néanmoins Ksenia Svetlova. S'il a reproché à Benyamin Nétanyahou son "échec retentissant" dans la guerre contre le Hamas, Gadi Eiseinkot a lui aussi promis de vaincre le mouvement islamiste palestinien, quitte à devoir lancer de nouvelles opérations militaires. "On verrait peut-être chez l'opposition une plus grande volonté d'appliquer la deuxième phase du plan de paix américain", qui prévoit le désarmement du mouvement islamiste palestinien, "mais elle aurait aussi des lignes rouges", note Hugh Lovatt.

"L'opposition [menée par Gadi Eisenkot] accepterait-elle le retrait progressif de l'armée israélienne de Gaza ? J'en doute. Permettraient-ils le retour des Palestiniens sur leurs terres ? J'en doute."

Hugh Lovatt, chercheur à l'ECFR

à franceinfo

"Le seul qui parle de stabiliser et reconstruire Gaza, d'y mettre en place une nouvelle gouvernance, est Yaïr Golan", le chef du parti de gauche Les Démocrates, pointe Ksenia Svetlova. Sans soutenir ouvertement la solution à deux Etats, il plaide pour une résolution diplomatique du conflit à Gaza, condamne les violences commises par les colons israéliens et compte mettre un terme aux colonies financées par l'Etat, détaille le Jerusalem Post. Si le parti de Yaïr Golan "semble être en position d'avoir une dizaine de sièges dans le prochain Parlement, contre quatre actuellement", il "ne représenterait que 10%" de la Knesset, tempère toutefois la chercheuse.

A en croire les sondages, le futur Parlement israélien s'annonce en effet très morcelé. Les partis arabes, qui représentent environ 20% de la population israélienne et sont crédités d'une douzaine de sièges, pourraient donc s'avérer déterminants dans la formation du futur gouvernement. Si la Liste unifiée soutient la création d'un Etat palestinien, la formation Raam "se concentre sur l'amélioration du quotidien des Palestiniens d'Israël, en luttant contre les discriminations ou l'explosion de la criminalité", pointe Ksenia Svetlova. Mais seul le parti de Yaïr Golan s'est dit, à ce stade, prêt à former une coalition avec eux.

De l'autre côté des frontières, dans les territoires palestiniens, on observe aussi l'issue de ces élections avec attention. "Nous voulons un Premier ministre israélien qui reconnaîtra la souffrance du peuple palestinien et la responsabilité [de l'Etat hébreu] dans cette souffrance", martèle Mohammed Shtayyeh, ancien Premier ministre de l'Autorité palestinienne et responsable du Fatah, auprès de Haaretz. Selon le quotidien, les Palestiniens nourrissent néanmoins peu d'espoirs de voir leur quotidien s'améliorer.

"Si la coalition actuelle se maintient au pouvoir, la situation à Gaza et en Cisjordanie occupée continuera de se détériorer, estime Ksenia Svetlova. Ce serait le pire cas de figure pour les territoires palestiniens, pour Israël, et pour toute la région." Le chef du Hamas s'est montré, début octobre, encore plus pessimiste. Dans un entretien à la télévision qatarienne Al Araby, Khalil al-Hayya a jugé : "Que telle ou telle personne arrive au pouvoir, de ce parti ou d'un autre... Notre peuple a souffert aux mains de tous les partis israéliens".

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Source: Franceinfo · Marie-Violette Bernard

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