La Maison Blanche a multiplié les messages et actes conciliants à l'égard du Kremlin ces dernières semaines. Appuyant au passage ses critiques contre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

France Télévisions

Publié le 25/10/2026 07:01

Temps de lecture : 6min

Le président américain, Donald Trump, aux côtés du ministre de la Défense Pete Hegseth et de l'émissaire spécial Steve Witkoff, le 7 mars 2026 à bord d'Air Force One. (SAUL LOEB / AFP)
Le président américain, Donald Trump, aux côtés du ministre de la Défense Pete Hegseth et de l'émissaire spécial Steve Witkoff, le 7 mars 2026 à bord d'Air Force One. (SAUL LOEB / AFP)

L'écart dans les paroles et les actes, en à peine plus d'un an, est notable. A l'été 2025, Donald Trump affirmait qu'il n'était "du côté de personne" dans la guerre d'invasion menée par la Russie en Ukraine, clamant être "du côté de l'humanité". Après une rencontre avec Vladimir Poutine – et un tapis rouge déroulé – en Alaska (Etats-Unis), le président américain a acté en octobre 2025 de nouvelles sanctions contre des compagnies pétrolières russes. Lâchant au passage sa frustration selon le New York Times : "A chaque fois que je m'entretiens avec Vladimir, nous avons de bons échanges, mais cela ne mène nulle part." Des mots qui semblent bien lointains aujourd'hui.

Après bientôt cinq ans de guerre, l'administration Trump acte depuis plusieurs semaines un nouveau rapprochement avec la Russie, et adresse des critiques appuyées au président ukrainien Volodymyr Zelensky. En quelques jours, le président américain a exempté Moscou de nouvelles sanctions majeures, après avoir trouvé un arrangement pour des livraisons de diesel russe aux Etats-Unis. Lundi 19 octobre, il a même eu ces mots à la Maison Blanche : "La Russie, franchement, s'est bien comportée à l'égard de l'Ukraine".

"Ils [la Russie] n'ont pas fait grand-chose", a renchéri le dirigeant populiste, faisant fi de quatre années d'offensive et de crimes de guerre, pourtant largement documentés. Depuis 2022, l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine a provoqué la mort de plus de 15 000 civils dans le pays, auxquels s'ajoutent 41 000 blessés, d'après le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Au combat, les forces ukrainiennes ont perdu au moins 125 000 à 150 000 soldats, selon le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS). La Russie, elle, a perdu au moins 450 000 hommes – sans compter les nombreux blessés et disparus de chaque camp.

Ce discours trumpien intervient à l'heure où les pertes civiles atteignent des records, d'après l'ONU. Près de 330 Ukrainiens ont été tués et plus de 2 000 autres ont été blessés en septembre, soit 85% de plus que le même mois un an plus tôt. "Quelques personnes dans une ville ont été touchées, ou quelque chose du genre", a évacué le chef d'Etat américain mardi, en référence à de nouvelles attaques russes. "Ce sont surtout de jeunes soldats" qui sont morts, a-t-il ajouté.

Ce regard sur la guerre, mensonger et bien indulgent à l'égard du Kremlin, "est assez cohérent avec la vision que Donald Trump a de cette guerre depuis le début", analyse Tara Varma, directrice de la prospective stratégique et du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States, un cercle de réflexion travaillant sur les relations transatlantiques. "C'est l'affirmation de ce qu'il a toujours cru. Désormais, il n'y a plus d'illusions."

"Donald Trump est convaincu que la défaite de l'Ukraine est inéluctable. Il a également envie de relancer la relation bilatérale américano-russe."

Tara Varma, directrice du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States

à franceinfo

Ces paroles et l'accord sur le diesel, sur fond de poussée des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient, souligne qu'aux yeux de Donald Trump, "les Etats-Unis et la Russie pourraient être cette double puissance énergétique", note Tara Varma. "Tout cela semble aussi à l'œuvre avec la volonté de faire des deals économiques" avec Moscou, appuie l'écrivain et journaliste Régis Genté, spécialiste de l'ex-URSS et auteur de Notre homme à Washington : Trump dans la main des Russes.

Les mots du président américain, s'ils ne sont "pas du tout étonnants", "vont très loin", remarque-t-il. "Donald Trump n'avait jamais été aussi loin dans la rhétorique, et on n'a jamais autant craint, parmi les Ukrainiens, qu'il aille cette fois plus loin vers la capitulation de l'Ukraine."

Dès sa campagne en 2024, le républicain avait répété qu'il mettrait un terme à la guerre "en 24 heures" à son retour au pouvoir, sans jamais dire comment. Le locataire de la Maison Blanche, critique du soutien militaire et financier des Etats-Unis à l'Ukraine, aspire à être l'artisan de la fin du conflit. Mais à quel prix pour Kiev ?

"Faire la paix, par tous les moyens, est au cœur de son projet politique. Il veut juste faire la paix, pas forcément une paix juste."

Régis Genté, journaliste spécialiste de l'ex-URSS

à franceinfo

Au-delà de ses velléités d'être faiseur de paix, Donald Trump partage en outre "une vision du monde" avec Vladimir Poutine, poursuit Régis Genté. L'auteur la définit comme "un nouvel ordre mondial, où le retour des empires, la loi du plus fort sont la norme". Dans cet alignement idéologique, "cela ne pose pas problème que la Russie soumette l'Ukraine, comme il aimerait soumettre l'Amérique du Sud".

Le populiste, dans ses louanges envers de supposés "hommes forts" au pouvoir, a depuis longtemps "du respect" pour son homologue russe, rappelle Régis Genté. "Il respecte ce qui lui est utile. (...) Dans sa volonté d'établir une Amérique illibérale, il recherche une forme d'acceptation, de collaboration avec d'autres régimes autoritaires tels que celui de Vladimir Poutine", expose le journaliste.

Les déclarations de Steve Witkoff, mercredi à Saint-Pétersbourg, prouvent une nouvelle fois ce rapprochement. "Vous parlez beaucoup du fait que mon président, le président Trump, est un humaniste. Vous êtes vous-même un humaniste, monsieur, a déclaré l'émissaire américain à l'autocrate russe. Et je salue cela." Le même jour, l'Américain Stephen Hubbard a été libéré des geôles russes et a pu regagner les Etats-Unis.

Vladimir Poutine, un "humaniste" ? Un tel qualificatif, mercredi, n'a pas manqué de faire réagir. "On pourrait dire cela dans ce but précis, celui de permettre à un homme qui pensait rester toute sa vie en prison de sortir", a justifié Donald Trump, d'après NBC News. En parallèle, le dirigeant a remercié Moscou de ne pas "s'être impliqué avec l'Iran" dans la guerre au Moyen-Orient, qu'il a déclenchée fin février avec Israël.

Une poignée de républicains ont élevé la voix en réaction à ces propos. "C'est vraiment honteux", a réagi le représentant du Nebraska Don Bacon, tandis que la sénatrice Susan Collins a qualifié Vladimir Poutine de "va-t-en guerre et de voyou" en réponse à Steve Witkoff.

"Aux Etats-Unis, l'opinion publique n'est pas vraiment avec Donald Trump sur la Russie et l'Ukraine."

Tara Varma, directrice du bureau parisien du German Marshall Fund of the United States

à franceinfo

D'après le centre de recherche Pew, près d'un électeur républicain sur deux (46%) garde une opinion "très défavorable" de la Russie, à l'image de 58% des partisans démocrates. Plus de la moitié des Américains (59%) n'ont "aucune confiance" en Vladimir Poutine et sa gestion des affaires internationales, et une courte majorité de républicains (54%) partagent cette défiance. Cette étude, publiée au printemps, montre aussi qu'un Américain sur deux approuvent l'action de Volodymyr Zelensky sur la scène internationale. Ce dernier a la confiance d'un peu plus d'un tiers des républicains, et gagne légèrement du terrain parmi ces électeurs.

Conciliant envers Moscou, Donald Trump, ces dernières semaines, n'a pas été avare de critiques à l'égard du président ukrainien. "Nous avons beaucoup donné à l'Ukraine. Ils ne nous ont rien donné en retour", a-t-il lâché en début de semaine. La veille, le président américain affirmait sans fondement que son homologue ukrainien "ne veut pas mettre fin à cette guerre", fustigeant les frappes de représailles ukrainiennes sur les raffineries russes. "Nous avons littéralement accueilli TOUTES les tentatives de nos partenaires visant à mettre fin à cette guerre dans la dignité", a rappelé Volodymyr Zelensky en réponse.

A l'approche des midterms, Donald Trump accuse son homologue d'aggraver la poussée des prix des carburants avec ces frappes en Russie – alors même qu'il a lancé le conflit, en Iran, qui a provoqué cette flambée. "Il a une acrimonie particulière contre Volodymyr Zelensky", rappelle Tara Varma. "On ne compte plus les reproches qui lui sont faits."

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Source: Franceinfo · Valentine Pasquesoone

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