Publié le 02/11/2026 23:30 Mis à jour le 02/11/2026 23:52

Liste des vidéos similaires

Article rédigé par France 2 - Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

Invitée du 20 Heures de France 2, l'astronaute française est revenue sur son expérience dans l'espace, les difficultés physiques rencontrées lors de son retour sur Terre et l'intensité des sorties extravéhiculaires.

Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.


Jean-Baptiste Marteau : Vous avez retrouvé la terre ferme le 8 octobre dernier. Je voudrais d'abord savoir comment s'est passé ce retour. On vous a vue sortir de la capsule, mais ce qu'on imagine moins, ce sont tous les gestes du quotidien qu'il a presque fallu réapprendre. Qu'est-ce qui a été le plus difficile pour vous juste après ce retour sur Terre ?

Sophie Adenot : Il y a plusieurs choses, beaucoup de questions cachées dans une seule question, mais je vais essayer de résumer. La première chose, c'est que, physiologiquement, le retour est éprouvant. Lorsqu'on passe de 28 000 km/h en orbite à une vitesse nulle dans la capsule, une fois dans la mer, il se passe déjà beaucoup de choses. Notre physiologie est perturbée. Quand on arrive sur Terre, le système vestibulaire, c'est-à-dire l'équilibre interne, doit réapprendre ce qu'est la gravité. Coordonner la marche devient difficile.

C'est-à-dire que, par exemple, prendre un verre d'eau, ce qui nous paraît naturel, ne l'est plus lorsque vous rentrez ?

Non seulement ce n'est pas naturel, mais, en plus, un verre d'eau comme celui-ci donne l'impression de peser une tonne.

Pendant huit mois, vous avez évidemment vécu sans pesanteur. Vous pouviez donc lâcher un objet, il continuait à flotter ?

Voilà. Pendant huit mois, je n'ai jamais rien fait tomber, mais, en l'espace de huit jours, je me suis rattrapée !

C'est-à-dire que vous faisiez tout tomber à la maison ?

Pas tout, parce que j'essayais de me concentrer. Mais cela demandait un certain effort pour ne pas laisser les choses en suspension. Par exemple, lorsque j'enlève mon t-shirt, je ne le laisse pas là. Alors que dans l'espace, je pouvais l'enlever et il restait simplement à flotter.

Vous nous avez fait rêver pendant huit mois. On va regarder des images, notamment de vos sorties extravéhiculaires. C'est assez étonnant, car on ne connaît pas vraiment cet univers. Je ne suis pas scientifique, mais, lorsque je vous vois flotter dans l'espace, tout paraît simple, évident, naturel. Vos gestes semblent parfaitement fluides. On ne se rend pas compte à quel point cela demande un effort physique. Expliquez-nous.

Effectivement, une sortie extravéhiculaire représente un travail d'une intensité assez rare. Je connais peu d'équivalents sur Terre. La dépense énergétique estimée correspond à celle d'un à deux marathons. C'est un effort considérable, mais concentré dans le haut du corps. Ce ne sont pas les jambes qui travaillent, mais le haut du corps. Le lendemain, j'avais des courbatures incroyables dans les bras.

Vous ressentiez donc, dès le lendemain, les conséquences de cette sortie sur vos bras ?

C'est même pire encore. Le pire cadeau que l'on puisse faire à un astronaute après une sortie extravéhiculaire, c'est de lui proposer de manger avec des couverts, parce qu'on s'est abîmé les mains. Je me souviens que, le lendemain, Houston m'avait demandé de dévisser un connecteur électrique. C'est quelque chose qui se fait très simplement à la base, là où la mission était dirigée depuis Houston. Pourtant, le lendemain, je n'avais plus assez de force dans la main pour y parvenir. Cela revient rapidement. Nous avons des équipes sportives et médicales qui nous accompagnent. Mais cela reste un effort d'une grande intensité.

Vous êtes restée dehors plus de six heures à chaque fois, parfois. Comment cette fatigue se manifeste-t-elle ? Est-elle immédiate, ressentie directement sur place ? Vous devez être extrêmement concentrée. Vous nous avez expliqué que le moindre boulon pouvait avoir des conséquences considérables.

Effectivement, à partir du moment où l'on se trouve dans le sas, que la pression diminue jusqu'à atteindre zéro pour permettre notre sortie, et plus encore lorsque l'on est à l'extérieur, la concentration est intense. On est vraiment dans l'instant présent. On ne pense à rien d'autre, parce qu'on sait que chaque action peut avoir des conséquences sur notre vie ou provoquer un accident dramatique.

Ce n'est donc pas du tout anodin de lâcher un boulon, par exemple, dans l'espace ?

Exactement. Tout commence par le fait de ne pas lâcher le mousqueton qui nous relie à la station. Imaginez le scénario dans lequel on se mettrait à flotter sans pouvoir se raccrocher à la station. Il y a aussi cela. Perdre un outil, c'est le cauchemar de tous les astronautes. Perdre un outil, un boulon... Cet objet reste en orbite et il existe un risque non négligeable qu'il vienne percuter la station et compromette ainsi sa sécurité.

Je voudrais avoir votre ressenti sur une image. On vous voit avec les pieds dans le vide. La première fois que vous êtes sortie, vous avez vu la Terre. C'est évidemment un rêve d'enfant pour vous. Vous avez travaillé et préparé cette mission pendant des années. Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ? Qu'est-ce qui vous est passé par la tête ?

La toute première fois que je suis sortie, j'ai ressenti une joie intense. Être astronaute, j'en rêve depuis que je suis toute petite. J'ai grandi dans la campagne française et j'ai travaillé d'arrache-pied pour construire ce rêve, progresser, aller vers les sciences et suivre un parcours qui ne m'était pas du tout prédestiné. La première fois que j'ai vraiment vu la Terre sous mes pieds, juste là, sous le scaphandre, c'était avant tout une immense joie. Mais, encore une fois, on ne s'autorise pas à exprimer cette joie ou même à se la dire, parce qu'on reste concentrée. On pense surtout à ne pas faire d'erreur, à ne pas lâcher d'outils, à ne rien perdre. Et surtout, à mener chaque action avec une grande précision.

Vous dites : "Je ne pensais pas que j'arriverais là." Il faut dire qu'il y a très peu de femmes qui atteignent votre niveau. Vous êtes la première femme à effectuer des sorties dans l'espace pendant autant de temps. Il y a encore très peu de jeunes filles qui se lancent dans les matières scientifiques. Pourquoi ? Quel est encore le blocage ? Est-il culturel, intégré ? Est-ce que certaines se disent que ces domaines ne sont pas faits pour les filles ?

Cela est sans doute dû à de nombreux facteurs différents. Ce à quoi j'aspire, c'est à dire aux personnes qui hésitent à se lancer, qu'il s'agisse de jeunes filles, de jeunes gens, de jeunes garçons ou même d'autres personnes qui ressentiraient une forme de faiblesse : allez-y, osez faire le premier pas. C'est le plus difficile. Mais, une fois qu'on l'a fait, le monde s'ouvre à nous. On entre alors dans un univers de curiosité, de découverte et d'exploration.

Quelle que soit la branche dans laquelle on souhaite se lancer, il faut oser faire le premier pas et avoir confiance en soi. Ce n'est pas facile. Je suis moi-même passée par là, par des périodes durant lesquelles je n'avais pas du tout confiance en moi. Quand j'étais plus jeune, j'étais très timide. Jamais je n'aurais imaginé que je pourrais progresser au point d'arriver là où je suis aujourd'hui.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème

Shorts

Source: Franceinfo · France 2

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira