La part de «fabriqué en France» dans les achats des Français est passée de 80,4% en 2010 à 77,5% en 2024, selon l’institut Rexecode. Un recul qui s’explique presque entièrement par l’internationalisation des chaînes d’approvisionnement.
La campagne pour l’élection présidentielle de 2027 remet inévitablement au centre des débats économiques les enjeux de souveraineté nationale, de réindustrialisation et de créations d’emplois. Mais il est difficile d’évaluer le poids du «made in France», en raison de «l’insertion des entreprises dans des chaînes mondiales de production», souligne l’institut d’études économiques Rexecode dans une note publiée ce mardi 3 novembre, visant à étudier l’évolution de la part de production tricolore contenue dans les produits et services consommés en France
Tout d’abord, il est à noter que cet indicateur diffère de la mention «made in France» apposée sur un produit. Cette étiquette est attribuée à tout produit dont la «dernière transformation substantielle» a été effectuée sur le sol français, sans que ses composants soient forcément issus de la production française. À l’inverse, l’indicateur de made in France étudié par Rexecode distingue quelle part du prix final d’un produit ou d’un service correspond à du travail et à de l’activité réalisés en France, quel que soit le lieu d’assemblage final. Chaque euro est décortiqué pour comprendre où il a été gagné.
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Le «made in France» décroît à long terme
À long terme, la part du «made in France» dans les achats des Français recule : elle était de 80,4% en 2010, et n’est plus que de 77,5% en 2024. Autrement dit, «sur 100 euros, 77,50 euros rémunèrent du travail, du capital ou sont taxés en France, le reste étant produit à l’étranger», écrit Rexecode. Depuis une quinzaine d’années, cette baisse n’est pas linéaire, ses fluctuations étant notamment liées «au contexte énergétique», décrypte Rexecode. Mais le phénomène qui explique presque entièrement ce recul à long terme reste l’internationalisation des chaînes d’approvisionnement. Il n’est pas lié à une «déformation de la structure de la consommation», pointe l’institut.
Toutefois, le «made in France» remonte légèrement ces deux dernières années, après avoir atteint un point bas à environ 74% en 2022. Plusieurs facteurs expliquent cette courbe croissante. Une partie tient à la baisse du prix des importations énergétiques après leur flambée en 2022 due à la guerre en Ukraine, qui gonfle mécaniquement la part française. L’autre tient au redressement de la production industrielle française à partir de 2023.
«La part de “made in France” diffère fortement entre secteurs de produits», note par ailleurs Rexecode. La construction enregistrait par exemple en 2024 une part de «made in France» de 96%, quand elle était seulement de 41% dans l’industrie manufacturière. En raison des mouvements de prix, le secteur «énergie-eau-déchets» a quant à lui connu d’importantes fluctuations de sa part de «made in France». À long terme, sur les 64 branches d’activité recensées, 80% ont connu une baisse de leur indicateur de «made in France» depuis quinze ans.
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Un «effet multiplicateur»
La France n’est pas un cas isolé. «En Espagne, Allemagne et Italie, la part du “made in national” a reculé de 2 points de pourcentage au cours de la même période», soit entre 2010 et 2024, précise l’étude. Néanmoins, c’est bien dans l’Hexagone que ce recul est le plus fortement marqué. L’Europe dans son ensemble ne peut rivaliser avec les taux de «made in nationaux» des plus grandes puissances économiques mondiales. En 2024, les États-Unis affichaient une part de «made in USA» de 89,5% ; de son côté, la Chine atteignait 88,1% de valeur ajoutée chinoise. La part de «made in» des deux principales économies de la planète est même en croissance sur le long terme, avec une plus forte poussée pour la Chine (+4,1 points contre +1,4 point).
Mais pourquoi avoir un indicateur de «made in France» élevé est important ? Rexecode pointe son «effet multiplicateur». «Chaque euro de valeur ajoutée industrielle entraîne la génération d’un autre dans le reste de l’économie», souligne l’institut. Autrement dit, «une usine qui produit 1 milliard d’euros de valeur ajoutée génère 2 milliards d’euros au total dans l’économie française, en comptant ce qu’elle achète à ses fournisseurs, et ce que ses fournisseurs achètent à leur tour». De la même façon, un emploi dans l’industrie en engendrerait 1,2 additionnel dans le reste de l’économie française.
Ultime bienfait du «made in France» avancé par l’institut : «produire en France reste un levier de décarbonation ». Avec une intensité carbone du PIB toujours inférieure à celle de ses voisins grâce à une électricité décarbonée, il est moins polluant de produire en France que d’importer des produits de l’étranger, et ce dans toutes les branches, même si cet avantage s’est réduit ces dernières années.
Source: Le Figaro · Apolline Crété
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