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Tribune
Jonathan Littell
Ecrivain
Scandalisé par la répression policière qui s’exerce lors des manifestations et effrayé à l’idée d’un basculement politique de la France, l’auteur franco-américain des « Bienveillantes », prix Goncourt en 2006, demande, dans une tribune au « Monde », des explications au président de la République.
Publié aujourd’hui à 18h01, modifié à 18h16 Temps de Lecture 7 min.
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Le 24 octobre, mon fils de 25 ans, exerçant son droit constitutionnel à la libre expression et à la libre assemblée lors de la manifestation autorisée par la Préfecture de police de Paris, a été blessé à la main par un coup de matraque d’un fonctionnaire de la police. Les cortèges s’étaient déroulés de manière pacifique, bon enfant même ; lorsque la police les a bloqués au niveau de la porte de Vincennes, les manifestants ont obtempéré et sont restés stationnaires pendant plus d’une heure en chantant joyeusement des slogans et brandissant des pancartes. Mon fils et ses amis étaient remontés vers la tête de la manifestation, et ont donc été des témoins directs du déroulement des faits.
Vers 17 h 45, sans aucune provocation, sans qu’aucune action violente ait eu lieu, les forces de police ont soudainement tiré une série de projectiles lacrymogènes dans la foule ; et c’est seulement à la suite de ces gazages qu’une partie des jeunes, qui peut-être en effet n’attendaient qu’un prétexte, ont attaqué en réaction les policiers, déclenchant mécaniquement des charges d’une violence inouïe. C’est à ce moment que mon fils s’est rendu compte que tous les cortèges de tête avaient été discrètement nassés dans l’heure qui avait précédé les premiers jets de gaz par la police, et que ni lui ni les milliers d’autres manifestants non violents n’avaient moyen d’échapper au déferlement de brutalité qui s’en est suivi. Alors qu’il n’avait à aucun moment entrepris la moindre action violente ou illégale, mon fils a été matraqué par-derrière, alors qu’il tentait de fuir.
Monsieur le président, j’ai pris bonne note des affirmations de votre ministre de l’intérieur [Laurent Nuñez], qui a déclaré le soir même : « Comme nous l’avions anticipé, il y a eu plusieurs constitutions de groupes à risques (…) militants de l’extrême gauche radicale, de l’ultragauche (…) qui sont intervenus selon un schéma assez classique, c’est-à-dire que pendant les cortèges ils se sont détachés et ont cherché à commettre des exactions. » Cette déclaration malheureusement ne correspond pas à la réalité vécue par mon fils et les autres manifestants pacifiquement réunis dans les cortèges de Paris, pour qui les premiers actes de violence, non provoqués, sont venus de la part de la police.
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Source: Le Monde · Jonathan Littell
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