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Tribune
Mathias Girard
Directeur des affaires publiques de France Chimie
Olivier Redoulès
Directeur des études de Rexecode
Ce n’est pas seulement le niveau de la dépense qui détermine la croissance, mais sa destination, estiment Mathias Girard, directeur des affaires publiques de France Chimie, et Olivier Redoulès, directeur des études de Rexecode, dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 3 min.
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« Le mauvais droit ne vaut-il pas le bon ? », demande le Père Ubu dans Ubu roi, d’Alfred Jarry. A l’approche du vote du budget pour 2027, on serait tenté de le paraphraser : la mauvaise dépense ne vaut-elle pas la bonne ? A s’en tenir au solde budgétaire, rien ne les distingue, alors que toute la différence réside dans ce qu’elles laissent au pays.
La nécessité de maîtriser les dépenses publiques est largement partagée, dans un contexte où la prévision de croissance pour 2026 a été ramenée à 0,5 %, où la dette publique devrait approcher 120 % du produit intérieur brut (PIB), où la charge des intérêts pourrait atteindre 80 milliards d’euros. En occupant la première place parmi les grands pays européens pour la dépense publique rapportée au PIB, la France a fait le choix d’une charge budgétaire massive et du niveau d’imposition, coûteux pour l’économie, qu’elle induit. Cependant, réduire le volume de la dépense ne suffit pas en soi, encore faut-il en transformer la composition.
A cet égard, le montant de l’effort budgétaire ne dit pas tout de sa pertinence ; or, 1 euro économisé peut avoir la même valeur comptable qu’un autre, tout en entraînant des conséquences économiques opposées. Un budget doit permettre de comprendre ce que l’on économise, mais aussi ce à quoi l’on renonce. Ainsi, 1 euro versé pour une retraite honore un contrat social et apporte un bénéfice immédiat à son destinataire ; 1 euro versé pour l’embauche d’un chercheur rémunère un salaire, mais peut aussi permettre de déposer demain un brevet, de créer un procédé, une entreprise, des exportations, puis de nouvelles recettes fiscales. Ces deux dépenses ont le même coût immédiat, mais leurs effets sur la production future sont différents.
Comme on le sait, la France se trouve à la première place pour les dépenses de retraite plutôt que pour celles de recherche ou d’enseignement. Or, selon une simulation du Fonds monétaire international publiée en 2025, réallouer dans une économie avancée 1 point de PIB de dépenses de fonctionnement administratif vers le capital humain pourrait relever la production d’environ 3 % à l’horizon de vingt-cinq ans. Une réallocation équivalente vers la R&D [recherche et développement] produirait un gain comparable.
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Source: Le Monde · Mathias Girard, Olivier Redoulès
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