La dégradation des relations commerciales entre la France et l'Algérie se matérialise de différentes manières, et notamment par les exportations françaises de céréales vers son voisin méditerranéen qui ont chuté à un niveau proche de zéro. Il est aujourd'hui question de restrictions sur les exportations d'engrais dans l'autre sens, de l'Algérie vers la France.
C'est un produit qui s'échange entre la France et l'Algérie mais dont on parle peu : l'urée, un engrais azoté qui participe à l'amélioration du rendement des cultures. Le syndicat des distributeurs et fabricants d'engrais de mélange français (Afcome) a été alerté depuis deux semaines, par plusieurs de ses membres, de l'existence de restrictions commerciales : un des plus gros producteurs algériens d'urée aurait demandé à plusieurs traders de ne plus vendre leurs cargaisons à des acheteurs français. Une demande qui est même spécifiée dans les contrats, sous forme de clause. L'information est confirmée par l'agence Reuters qui s'appuie sur trois sources diplomatiques.
« Les données douanières d'importation sont généralement accessibles avec un décalage de deux mois, explique Emmanuel Nizon, responsable des affaires publiques chez Afcome. Il faudra donc attendre pour confirmer la réalité de ces limitations au commerce de l'urée. »
Aucune trace officielle
Pour l'heure, aucune confirmation officielle de l'État algérien ne permet de dire que ces mesures existent et qu'elles émanent d'une décision gouvernementale. « Rendre publique une telle mesure pourrait potentiellement contrevenir à l'accord de libre-échange entre l'Algérie et l'Union européenne » avance un expert du secteur, en guise d'explication.
De manière plus générale, les milieux économiques français disent ressentir une discrimination à leur égard de la part de leurs partenaires algériens. Une source diplomatique française évoquait, il y a quelques jours, l'existence probable « d'instructions informelles passées cet été pour bloquer l'accès des produits français au marché algérien », tout en spécifiant « qu'il n'y avait pas de trace écrite et que les autorités algériennes avaient démenti ».
Ces restrictions sur l'urée pourraient être une nouvelle illustration de la détérioration des relations entre la France et son ancienne puissance coloniale, sur fond de soutien de Paris à un plan d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine.
Des alternatives limitées
Si ces restrictions se vérifient, elles pèseront sur l'approvisionnement français. La France importe en effet en moyenne un million de tonnes d'urée chaque année, dont environ 30% en provenance d'Algérie selon les données de 2025. Ce sont des flux importants, dont les agriculteurs ont besoin, pour constituer leurs stocks d'ici le printemps.
Il existe des fournisseurs alternatifs, en particulier depuis que les droits de douane sur les engrais azotés ont été suspendus pour atténuer la flambée des prix provoquée par le conflit en Iran. En faisant abstraction de cette mesure temporaire – et qui ne s'applique que sur un volume défini –, seuls deux pays peuvent exporter de l'urée en France sans être taxés : l'Algérie et l'Égypte. Le Carine pourrait donc devenir un partenaire clé dans les prochains mois.
Le Nigeria fournit l'Europe depuis quelques années, mais avec une contrainte majeure car le pays n'accepte de vendre que de gros volumes, c'est-à-dire un minimum de 25 000 à 30 000 tonnes. Début septembre, les stocks d'urée en France étaient pleins à 50%, soit dix points de moins que leur niveau habituel, selon l'Afcome.
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Source: RFI · Marie-Pierre Olphand
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