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Chronique
Jean-Pierre Filiu
Professeur des universités à Sciences Po
L’alternative est claire entre, d’une part, la démolition par Nétanyahou de l’Etat de droit et, d’autre part, une coalition incluant les partis arabes, souligne l’historien Jean-Pierre Filiu dans sa chronique au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 05h36 Temps de Lecture 3 min.
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Les faits sont têtus, au Moyen-Orient comme ailleurs. Lorsque, en 1993, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin engage Israël dans un processus de paix avec l’Organisation de libération de la Palestine, il ne le fait pas seulement pour assurer la sécurité à long terme de ses compatriotes. Il justifie un choix aussi audacieux par la nécessité de préserver le caractère à la fois juif et démocratique de l’Etat d’Israël. Or ce caractère juif serait compromis si l’égalité des droits était reconnue aux Palestiniens des territoires occupés, tandis que dénier indéfiniment de tels droits minerait la démocratie même en Israël.
Rabin paie le prix de son courage comme de sa lucidité en étant assassiné, deux ans plus tard [en novembre 1995], par un partisan fanatique de la colonisation israélienne des territoires palestiniens. Benyamin Nétanyahou, alors chef de l’opposition, avait nourri la campagne de haine à l’encontre du premier ministre, mais il n’atténue rien de sa rhétorique de combat pour remporter, de justesse, les élections de 1996.
Trois décennies se sont écoulées depuis, trois décennies au cours desquelles Nétanyahou est parvenu à diriger Israël durant plus de dix-neuf ans cumulés, d’abord de 1996 à 1999, puis de 2009 à 2021, enfin de décembre 2022 jusqu’à aujourd’hui. Une longévité aussi impressionnante lui a permis d’imprimer profondément sa marque sur les institutions, la politique et même la société israélienne, polarisée à un degré inédit. Cette personnalisation du pouvoir est devenue pour Nétanyahou une fin en soi puisqu’il profite d’une forme d’immunité pour échapper à la triple procédure lancée contre lui, depuis 2019, pour corruption, fraude et abus de confiance. Il s’est en outre bien gardé de reconnaître la moindre responsabilité dans l’effondrement de la sécurité d’Israël, le 7 octobre 2023, refusant la constitution d’une commission d’enquête à ce sujet.
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Source: Le Monde · Jean-Pierre Filiu
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