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Publié le 30/10/2026 06:16

Temps de lecture : 7min

Sam Zirah interviewe la députée UDR Hanane Mansouri, le 11 octobre 2026, dans son face-à-face politique "Chez Zirah". (CAPTURE D'ECRAN / YOUTUBE)
Sam Zirah interviewe la députée UDR Hanane Mansouri, le 11 octobre 2026, dans son face-à-face politique "Chez Zirah". (CAPTURE D'ECRAN / YOUTUBE)

L'intervieweur aux 6,5 millions d'abonnés s'est fait connaître pour ses entretiens avec des candidats de téléréalité avant d'inviter des responsables politiques. En vue de la présidentielle, il s'apprête à lancer un nouveau format baptisé "Le Meilleur candidat".

"Inclassable." Ainsi tient à se définir Sam Zirah, créateur de contenus, dont la communauté dépasse les 6,5 millions de personnes tous réseaux sociaux confondus, dont plus de 2 millions d'abonnés sur sa chaîne YouTube. Il s'est fait connaître il y a plus de dix ans en interviewant des candidats de téléréalité et, depuis 2024, il invite également des personnalités politiques de tout bord. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, il lance un nouveau format baptisé Le Meilleur candidat le dimanche 1er novembre.

Ces interviews filmées, ou podcasts vidéo, ont de plus en plus de succès. Selon Médiamétrie, "47% des auditeurs quotidiens de podcasts déclarent choisir souvent la version filmée de ces contenus". "Le centre de gravité de l'information est en train de se déplacer vers le numérique, les réseaux sociaux et les créateurs de contenus, souligne Pascal Lardellier, professeur à l'université de Bourgogne Europe à Dijon et spécialiste de communication politique. Et ils sont en train de devenir incontournables dans la campagne qui est désormais lancée."

Si bien que l'Arcom, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, réfléchit à de "nouvelles règles" pour encadrer les podcasts vidéos dans lesquels sont invitées des personnalités politiques.

C'est dans le cadre feutré et coloré de ses studios installés dans le 9e arrondissement de Paris que Sam Zirah, la trentaine, espère recevoir tous les candidats à la présidentielle dans son nouveau format, Le meilleur candidat diffusé sur YouTube à partir du début du mois de novembre. Il y tourne déjà ses autres émissions, notamment AJA, Au jour d'aujourd'hui, son talk-show hebdomadaire consacré à la téléréalité et à l'actualité.

Le créateur de contenus décrit sa nouvelle émission comme "un format spécifique où je parlerai autant intime que politique et, qui permettra, j'espère, de découvrir un responsable politique différemment que d'habitude. Je crois que c'est important de savoir qui on a en face de nous et d'éviter de le découvrir trop tard", expose-t-il. Avec une dimension ludique : "les candidats à la présidentielle 2027 [...] tirent à l'aveugle 12 cartes thématiques (histoire perso, programme, convictions, polémiques, regard sur leurs adversaires) et une Golden Card leur laisse une minute pour convaincre", détaille-t-il

"Il faut arrêter de mettre les responsables politiques sur un piédestal, ce sont des personnes comme tout le monde qui sont payées par nos impôts. Donc je ne vois pas pourquoi on devrait les traiter comme si c'était Céline Dion."

Sam Zirah, créateur de contenu

à franceinfo

Depuis qu'il a commencé à interviewer des responsables politiques en 2024 dans Chez Zirah, son créneau est que "l'intime est politique", "ce qu'on mange est politique, la façon dont on s'habille est politique, la façon dont on s'exprime est politique", ajoute-t-il.

Avec Le meilleur candidat, le créateur de contenus va continuer à tutoyer ses interlocuteurs comme il le fait déjà, "je leur demande avant bien évidemment", précise-t-il. De quoi créer une certaine familiarité avec son invité. "Il y a l'idée de la recherche de sympathie, de proximité, analyse Anne-Claire Ruel, enseignante en communication politique à l'université de la Sorbonne Paris Nord, si ça permet de raconter l'enfance, quand ça éclaire une vision du monde, ça peut être instructif. Mais ça peut aussi déplacer les critères de jugement, vers non pas son programme, mais sur le fait de passer un bon moment avec l'invité."

"Je ne suis pas intervieweur politique, je ne suis pas intervieweur téléréalité, je suis intervieweur tout court", revendique Sam Zirah qui reçoit aussi bien "des acteurs de la saga du film Twilight, que Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, qu'une candidate de La Villa des cœurs brisés."

"Ce que je propose est inclassable, se défend-il. Je suis hyper fier de proposer cette diversité de contenus, où le lundi, il peut y avoir du divertissement, le mardi il peut y avoir de la politique. Le mercredi, un talk-show avec mes chroniqueurs sur 'AJA'."

Les créateurs de contenus comme Sam Zirah offrent généralement à leurs invités des formats plus longs et des questions moins féroces devant un public différent, généralement plus jeune. "J'ai la chance d'avoir une grande communauté, ce sont des femmes en grande majorité et qui ont entre 18 et 44 ans avec une majorité de 24-34 ans", détaille l'intervieweur. De quoi attirer les responsables politiques. "Bien évidemment, ça permet à moindre coût de rajeunir son image, de paraître branché et de toucher, surtout, de potentiels électeurs plus jeunes, estime Pascal Lardellier, professeur à l'université de Bourgogne Europe à Dijon et spécialiste de communication politique.

"La plupart des politiques maintenant ont compris l'importance de s'adresser aux influenceurs qui vont leur donner du crédit, de l'audience et de la légitimité auprès des publics des réseaux sociaux."

Pascal Lardellier, spécialiste de communication politique et professeur à l'université Bourgogne Europe à Dijon

à franceinfo

"Les politiques n'empruntent pas seulement un micro quand ils vont voir des créateurs de contenus, ils empruntent aussi un capital de familiarité et donc potentiellement aussi de confiance, complète Anne-Claire Ruel, spécialiste en communication politique. Pour eux, c'est une possibilité d'approfondir sur un temps beaucoup plus long que de simples interviews, sans que cela ne garantisse un certificat de profondeur. Le risque, aussi, est que cela devienne une longue tribune lorsque rien ne vient mettre à l'épreuve le discours du candidat. Donc ça n'empêche pas la communication hyper millimétrée."

Sam Zirah en a conscience : il assure pratiquer "la bienveillance et la contradiction" et "bien préparer" ses interviews pour "anticiper au maximum les contre arguments". "Mais les politiques sont des pros de la communication et ce n'est pas évident tout le temps, notamment quand on ne maîtrise pas complètement un sujet qui n'était pas prévu", confie-t-il. Dans ces cas-là, il dit faire preuve de transparence et compter sur ses abonnés pour l'éclairer dans les commentaires.

Sam Zirah estime que ses interviews, davantage axées sur la vie personnelle de son invité, sont "complémentaires" de celles proposées dans les grands médias. "J'ai envie de rencontrer la candidate à la présidentielle 2027 du Parti animaliste, la télévision ne lui donne pas la parole. Moi, ça m'intéresse", affirme-t-il. "Les candidats en manque de notoriété ont tout intérêt à aller voir les influenceurs qui vont leur donner la parole et leur offrir une audience inespérée, analyse Pascal Ladrellier. C'est un échange de bons procédés, parce que l'influenceur va donner l'image de quelqu'un qui est ouvert au débat démocratique."

Médias traditionnels et créateurs de contenus "sont complémentaires, abonde la spécialiste en communication politique Anne-Claire Ruel, même s'il y a évidemment une concurrence pour l'attention du public". En répondant à un créateur de contenus comme Sam Zirah, "le politique bénéficie d'un écosystème et d'une réserve de présence médiatique parce que quand il participe à une conversation de deux heures, ça peut générer des dizaines d'extraits, qui circulent ensuite et continuer à apparaître dans les fils d'actualités très longtemps après l'enregistrement, c'est un atout considérable dans la bataille de l'attention." Mais "ils se nourrissent les uns des autres", nuance-t-elle.

"Une déclaration faite dans un podcast chez un créateur de contenus peut être reprise par des chaînes d'information, commentée à la radio, rediffusée sur les réseaux sociaux et l'inverse se produit aussi."

Anne-Claire Ruel, enseignante en communication politique à l'université de la Sorbonne Paris Nord

à franceinfo

Ses détracteurs reprochent à Sam Zirah son manque de sérieux et le fait qu'il ne soit pas journaliste : "C'est du mépris de classe et du désintérêt", réagit l'intéressé. "Beaucoup trop de médias institutionnels voient le digital comme un concurrent. Quand ces mêmes personnes déplorent le fait qu'il y ait de moins en moins de Françaises et de Français qui aillent voter, que le plus grand parti de France, c'est l'abstentionnisme, que les jeunes se désintéressent de la politique.... Ils devraient plutôt se demander : comment faire pour que ces personnes s'intéressent à la politique et se sentent ancrés dans le paysage français ?"

Sam Zirah échappait jusque-là au contrôle direct de l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel qui veille notamment au respect des temps de parole des candidats à la télévision et à la radio. Début octobre, l'instance a annoncé une "concertation avec les principaux créateurs de contenus, ceux dont l'audience est la plus importante". Ils sont déjà tenus de respecter le "silence électoral, qui interdit toute propagande politique" deux jours avant le scrutin, précise l'Arcom. Mais les obligations de pluralisme politique, d'équité et d'égalité du temps de parole ne sont pas applicables à ces formats.

Une réflexion que salue Sam Zirah : "Les réseaux sociaux, ce n'est pas le Far West, mais il faut les comprendre pour ne pas faire des règles illogiques. Surtout qu'un créateur de contenus, alerte-t-il, n'a aucun pouvoir sur l'algorithme, sur la façon dont son interview va être exposée, une heure d'interview avec un responsable politique pourra faire 10 000 vues, quand une autre pourra atteindre 200 000 vues."

"Le temps de parole ne pourra jamais être décompté sur les réseaux sociaux parce que ça remet en cause la liberté d'expression."

Sam Zirah, créateur de contenus

à franceinfo

Pour Anne-Claire Ruel, "c'est une équation presque impossible, c'est-à-dire qu'il faut garantir le pluralisme sans uniformiser les formats, il faut mesurer l'exposition sans confondre visibilité et influence. Il faut encadrer un espace dont une grande partie de la diffusion échappe aux créateurs eux-mêmes."

Selon l'Arcom, cet éventuel encadrement des podcasts vidéos politiques ne serait pas identique à celui des médias traditionnels. La réflexion engagée doit servir à "réfléchir à ce qui pourrait être opportun en matière d'honnêteté et d'équité". D'après Le Monde, ces consultations pourraient se concrétiser par des recommandations au début de l'année 2027. L'une des pistes de l'Arcom pourrait être de recommander aux principaux créateurs de contenus, une fois la liste des candidats à la présidentielle établie, de les recevoir tous ou d'au moins leur lancer une invitation. C'est ce que compte faire Sam Zirah dans Le meilleur candidat, dont il n'a pas souhaité révéler le premier invité.

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Source: Franceinfo · Camille Laurent

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