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Chronique
Nicolas Santolaria
« Work in progress ». Selon une étude récente, 40,5 % des contenus longs – commentaires compris – sur le réseau professionnel sont intégralement générés par l’intelligence artificielle. De quoi ruiner la crédibilité de cet espace d’effusion mi-pro, mi-perso.
Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 2 min.
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Dans quelques décennies, voire d’ici à 2030, l’intelligence artificielle (IA) pourrait bien tous nous éliminer. Si on peut voir dans cette menace proférée une habile stratégie de la peur renforçant la croyance en la toute-puissance de l’IA, ce scénario horrifique est néanmoins défendu par certains experts du numérique. « Les gens qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici à la fin de la décennie. Ce n’est pas un coup marketing », alertait le 8 septembre sur X le chercheur Jacob Coxon, passé par OpenAI, puis Anthropic. Si nous dézinguer en tant qu’espèce reste du domaine de l’hypothèse, l’IA fait déjà de gros dégâts sur les principaux motifs de notre vie en commun.
Prenez par exemple ce qui constituait jusqu’alors la quintessence du partage d’expérience dans le monde du travail : le post LinkedIn inspirant. Depuis quelques années, cette figure de style obligée avait la capacité de transformer, le temps d’un message brillant comme un phare dans la nuit, le plus anonyme des salariés en leader d’opinion, sorte d’Alain Minc de bureau. Balancé sur le réseau professionnel au 1,3 milliard d’utilisateurs (37 millions en France) avec l’œil humide, ce message-confession était une manière de mettre ses tripes sur la grande table de l’open space planétaire, de dire « voilà ce que je crois » et « voilà pourquoi ce que je crois peut rendre votre vie professionnelle, votre organisation, vos pauses-café meilleures ».
C’est grâce aux posts inspirants qu’on a appris que l’échec n’était pas un cul-de-sac, mais un tremplin obligé vers le succès. Que nos fragilités constituaient avant tout des gisements de force paradoxaux. Qu’il fallait se forcer à sortir de sa zone de confort. Que rien n’exprimait mieux la joie ascensionnelle que l’émoji fusée. Malheureusement, la crédibilité de ces effusions mi-pro, mi-perso est désormais menacée par l’avancée de l’IA.
Un lieu absurde
D’après une étude menée par Pangram Labs sortie en juillet, LinkedIn affiche le plus fort taux de contenus générés par IA parmi les principales plateformes de réseaux sociaux : 40,5 % des formats longs y sont intégralement rédigés par les grands modèles de langage. Même des anecdotes intimes peuvent se révéler totalement inventées. Ce déferlement de « slop content » concerne également les commentaires, tant et si bien que cet espace initialement pensé pour la connexion finit par être un lieu absurde où des machines répondent à des machines.
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Source: Le Monde · Nicolas Santolaria
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