France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 25/10/2026 09:04

Temps de lecture : 5min

Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde", octobre 2026. (MAISON GACHA)
Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde", octobre 2026. (MAISON GACHA)

À Paris, la Maison Gacha développe un projet culturel consacré aux patrimoines africains, à leur connaissance, leur valorisation et leur transmission.

La mode africaine est un secteur dynamique, innovant et porteur de valeurs culturelles fortes comme l'a montré cette année l'exposition Africa Fashion et le défilé Africa Fashion Up au musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Concernant ses matières, on évoque souvent le wax, étoffe emblématique du continent africain dont les couleurs et les motifs ont traversé les frontières et les décennies et qui a connu ces dernières années une popularité sans précédent. D'autres textiles, comme le ndop, font moins parler d'eux.

À Paris, jusqu'au 27 février 2027, la Maison Gacha consacre une petite, mais très intéressante, exposition au ndop, étoffe d'indigo de l'ouest du Cameroun. Son parcours suit l'étoffe depuis sa fabrication, qui traverse tout le pays, jusqu'à ses usages : liés au pouvoir dans les chefferies des Grassfields (régions de hauts plateaux de l'ouest), mais aussi aujourd'hui à l'habillement et à la mode, entre les mains d'artisans, de créateurs et d'artistes. "Nous sommes très attachés au ndop, ce textile camerounais porté par les rois dans les différentes chefferies lors de rites. C'est notre textile phare, celui qui représente le plus la Maison Gacha", explique Hilel Ghozzi, chargé de communication de l'espace.

La Maison Gacha développe un projet culturel consacré aux patrimoines africains, à leur connaissance, leur valorisation et leur transmission, hors du cadre ethnographique. Recherches, publications, rencontres, médiation et création contemporaine ont l'ambition de faire du patrimoine une matière vivante, qui relie les générations, les territoires et les imaginaires, comme l'explique à nouveau Hilel Ghozzi : "Son but premier est de valoriser le patrimoine africain, de le faire connaître à travers cette collection qui repose sur nos fondateurs, Ly et Frédéric Dumas, qui ont collectionné pendant des dizaines d'années des textiles, des sculptures perlées et autres."

Ouvert en 2025 au 5 rue des Epinettes, à Paris, ce lieu hybride offre espace d'expositions et de conférences, résidences d'artistes, éditions et bibliothèque sur rendez-vous. L'espace jouxte une petite boutique dont les produits sont issus d'ateliers mis en place par la fondation où l'on travaille le perlage traditionnel pour la création d'objets et d'ornements perlés. "La Fondation Jean-Félicien Gacha est une ONG au Cameroun qui regroupe 150 employés à travers différents ateliers artisanaux – ferronnerie, maçonnerie, création perlière comme vous pouvez le voir ici."

Réunie par Ly et Frédéric Dumas, la collection rassemble textiles, costumes, parures et sculptures d'Afrique. "C'est ouvert à toute l'Afrique. Dans la collection, on a aussi un petit pourcentage de textiles qui ne sont pas d'Afrique, mais sinon, on a, par exemple, des bogolans, des textiles kuba, comme les ntshaks. On met en dialogue cette collection énorme : on n'a pas fini de la compter, mais on a plus de 5 000 pièces. Et dans le but de faire connaître ces savoir-faire traditionnels, on fait ces expositions pour faire dialoguer la collection avec les artistes contemporains", ajoute Hilel Ghozzi. L'exposition Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde est accompagnée de visites guidées et d'ateliers de teinture, de broderie au raphia et de tissage.

Le motif du ndop n'est pas peint : c'est la part du tissu que l'indigo n'a pas touchée. Avant la teinture, les motifs sont dessinés sur le coton, puis cousus très serré avec du raphia pour que le bain ne pénètre pas. Carrés, croix, cercles, étoiles, tracés en symétrie, composent un langage visuel, transmis de génération en génération dans les chefferies. Sur ces étoffes d'indigo, les motifs blancs ne décorent pas : ils nomment, protègent, racontent.

Une seule pièce voyage ensuite à travers le pays : un ndop mobilise donc des dizaines de mains et traverse le Cameroun avant d'exister. Il est filé au nord, ligaturé au raphia à l'ouest et teint à l'indigo à Garoua. Il revient à l'ouest, où l'on défait les ligatures et où les motifs apparaissent, blancs sur bleu.

Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde", octobre 2026. (CORINNE JEAMMET / FRANCEINFO CULTURE)
Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde", octobre 2026. (CORINNE JEAMMET / FRANCEINFO CULTURE)

Dans les chefferies des Grassfields, les motifs du ndop ne sont pas des ornements. Ils renvoient à une lignée, à une autorité, à une protection. Sous le règne du sultan Njoya, il devient un signe du pouvoir royal, réservé au fon, aux reines et aux dignitaires.

On le porte lors des intronisations, des funérailles et des rites agraires et certains rois sont inhumés avec. Sa grammaire visuelle, qui associe animaux totems, signes de la royauté et motifs cosmiques, relie le monde des vivants à celui des ancêtres.

Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde" : le roi et la panthère, 2026. (HILEL GHOZZI.)
Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde" : le roi et la panthère, 2026. (HILEL GHOZZI.)

Un siècle plus tard, le ndop s'industrialise et se démocratise tandis que ses gestes artisanaux se raréfient. Son inscription au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco est en cours.

Au premier étage de la Maison Gacha, le parcours de l'exposition réunit des pièces de la collection Gacha-Dumas : sont accrochés en hauteur un ensemble de textiles, parures et sculptures d'Afrique fortement ancré dans les Grassfields, des tentures cérémonielles monumentales, un costume complet de société initiatique, des masques-éléphants perlés, un trône à dossier en ndop. Outre les pièces textiles, des photographies ornent les murs également.

L'exposition ne s'arrête pas au patrimoine. Trois regards montrent ici également comment le ndop se fabrique, se porte et se réinvente aujourd'hui avec Ly Dumas, Kamwa Simo et Rachel Marsil. Les modèles réalisés par le grand maître Kamwa Simo et son atelier témoignent d'un savoir-faire toujours pratiqué, au moment où ses gestes se font rares.

Créatrice de mode, Ly Dumas fait, quant à elle, dialoguer les étoffes africaines avec le vêtement contemporain dans des vestes en ndop, des robes en bogolan et des pièces en velours de raphia. "Ly Dumas [fondatrice et présidente de la Fondation Jean-Félicien Gacha] a justement voulu dans sa pratique mettre en avant aussi son héritage, son patrimoine. Elle a fondé sa pratique de créatrice à travers le ndop comme vous pouvez le voir avec une robe exposée au milieu de plusieurs textiles."

Quant au travail de la franco-sénégalaise Rachel Marsil, diplômée de l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, sa pratique mêle peinture, textile et sculpture autour de la mémoire, de la transmission et de l'héritage culturel. Elle a exposé notamment à Dakar, Abidjan, Mexico, Lagos, Londres et Amsterdam ainsi qu'à Art Basel Miami Beach, Investec Cape Town Art Fair.... "Pour cette exposition, on a ainsi des œuvres de cette artiste contemporaine qui a été envoyée à la Fondation pour une résidence de trois semaines", souligne Hilel Ghozzi. La lauréate, qui a travaillé sur le ndop pendant trois semaines entre juin et juillet, présente ici deux œuvres issues de cette résidence.

Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde", octobre 2026. (CORINNE JEAMMET / FRANCEINFO CULTURE)
Exposition "Ndop. Filer le bleu pour raconter un monde", octobre 2026. (CORINNE JEAMMET / FRANCEINFO CULTURE)

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Source: Franceinfo · Corinne Jeammet

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