Cet article vous est offert

Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous.

Se connecter

Vous n’êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement

Tribune

Ivan Krastev

Politiste

L’Union européenne et Ottawa s’inspirent de la stratégie de la « révolution autolimitée », pensée par les dissidents d’Europe de l’Est dans les années 1970 pour bâtir une société parallèle à côté de la société officielle, sans chercher à la réformer, note le politiste bulgare Ivan Krastev, dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 18h00 Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Que s’est-il vraiment passé à Montréal lors du sommet entre le Canada et l’Union européenne (UE), les 29 et 30 octobre ? La réponse courte à cette question est que le Vieux Continent et le pays de l’érable se sont mis d’accord pour essayer de vivre dans un monde post-trumpien avant même que Donald Trump ait quitté la Maison Blanche. Ils ont décidé de ne pas le montrer du doigt, de ne pas jouer non plus la carte de l’apaisement, de ne pas attendre que les démocrates reviennent aux affaires dans le vague espoir que le monde retourne à son état antérieur, mais de commencer à mettre en place, discrètement, les mécanismes qui leur permettront de garder la tête hors de l’eau pendant la décennie tumultueuse qui les attend.

Comme tout grand raout officiel de ce type, le sommet a donné l’impression d’être un fiasco. La formule magique de « membre associé » a disparu de la déclaration commune après que l’Allemagne et d’autres Etats membres de l’UE ont argué qu’il fallait se garder de toute appellation ayant des incidences juridiques avant que la substance en soit précisée. Il ne reste donc que la vague promesse d’une « association toujours plus étroite ». Les observateurs de l’actualité bruxelloise y ont vu un échec.

Or ils auraient plutôt dû y voir une nouvelle pierre à l’édifice. L’objection de Berlin n’avait rien d’un simple ergotage sur la formule employée. Le chancelier Friedrich Merz avait lui-même proposé le statut de « membre associé » à l’Ukraine, en mai. Une manière de donner à Kiev du concret, à l’heure où l’adhésion pleine et entière restait hors de portée. L’ensemble des parties présentes à la table des négociations comprenaient que tout ce qui serait concédé à Ottawa serait aussitôt disponible pour Kiev – et, à terme, pour Londres. Si l’appellation « membre associé » a disparu de la déclaration, c’est précisément parce que tout le monde saisissait à quoi elle pourrait servir : la notion perdait de sa clarté et laissait, dès lors, entrevoir des perspectives.

Il vous reste 72.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: Le Monde · Ivan Krastev

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira