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Publié le 08/11/2026 07:16

Temps de lecture : 6min

Début 2026, les véhicules électriques ne représentaient que 3,5% de ceux en circulation en France. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCENFO)
Début 2026, les véhicules électriques ne représentaient que 3,5% de ceux en circulation en France. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCENFO)

Alors que la COP31 mise sur l'électrification pour limiter l'impact des énergies fossiles sur la planète, de plus en plus de Français ont déjà décarboné leur mode de transport. Avec des économies à la clé.

Au volant de sa Renault 5 E-tech, quelque part entre Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) et Lyon, Christine déborde d'enthousiasme. "La voiture se conduit presque toute seule : j'ai juste les mains posées sur le volant, je n'ai pas les épaules crispées, c'est hyper relaxant !", se félicite la kinésithérapeute. En 2024, elle a sauté le pas avec son mari et s'est acheté une voiture électrique. "On se disait : 'Ohlala, il faut faire la queue pour les bornes, les trouver…'", se remémore l'Aixoise. Leurs réticences sont finalement tombées les unes après les autres. "On n'a jamais attendu aux bornes et il n'y a plus de problème de charge, même dans les petits bleds au milieu de nulle part", assure-t-elle. "L'essayer, c'est l'adopter !"

Comme Christine, les Français sont de plus en plus nombreux à prendre le virage de la voiture électrique, alors que la crise au Moyen-Orient n'en finit plus de faire grimper le prix des carburants. En septembre 2026, ces modèles représentaient 42% des ventes de véhicules neufs. Une tendance de fond qui se heurte toujours à des freins, comme le prix à l'achat ou la durée de vie des batteries. La route est encore longue : au 1er janvier 2026, les véhicules électriques ne représentaient que 3,5% de ceux en circulation en France, selon les données du ministère de la Transition écologique.

Pour accélérer cette transition, le gouvernement français a lancé un grand plan d'électrification, avec une nouvelle offre de leasing social pour les voitures électriques. Un engagement qui va dans le sens de l'objectif des Etats qui se réunissent en Turquie du 9 au 20 novembre à l'occasion de la COP31, placée sous le signe de "l'électrification propre". 

Avant de s'installer au volant d'un véhicule électrique, de nombreux Français s'inquiètent de laisser au bord de la route leurs petites habitudes issues du monde du thermique. "J'ai roulé plus de vingt ans en diesel, comme beaucoup de gens", se remémore Arnaud. Sa principale préoccupation : l'autonomie du véhicule pour ses longs trajets de vacances, deux à trois fois par an. Au début des années 2020, "les premières technologies avaient une faible puissance de charge", reconnaît-il sans détour.

Avec sa première Renault Zoé, Guilhem en a fait les frais. "Elle n'avait que 90 kilomètres d'autonomie, et même seulement 70 en hiver : il fallait être sur ses gardes !", souffle le quadragénaire. Le réseau de bornes est aussi beaucoup plus épars sur le territoire au début de la décennie, avec à peine plus de 30 000 de points de recharge en 2020, contre près de 200 000 aujourd'hui, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique. Rejoindre les Pays-Bas depuis Paris pouvait ainsi devenir un véritable périple pour Jonas et son utilitaire électrique.

"Le camion n'avait pas beaucoup d'autonomie : je devais m'arrêter au bout d'1h30. J'ai mis un jour et demi pour faire l'aller-retour."

Jonas

à franceinfo

Le système de paiement aux bornes s'avère également plus complexe que celui des stations-service. "La première fois que j'ai voulu charger ma voiture électrique, je me suis arrêté, j'ai sorti ma carte bancaire… mais ce n'était pas aussi simple que ça !", se remémore Bruno, un peu déboussolé devant la multitude d'abonnements et d'opérateurs.

Ces inquiétudes et ces doutes ont aussi mis à mal certains couples au moment de l'achat. "J'ai dû négocier avec mon épouse, qui avait peur. On a donc transité par une hybride rechargeable, qu'on a revendue très peu de temps après pour prendre une électrique", explique Philippe, installé en Haute-Savoie.

Reste le dernier frein, souvent le plus important : le prix à l'achat. En 2024, une Citroën C3 ou une Peugeot 208 électrique coûtait 10 000 euros de plus que son équivalent thermique, selon l'Ademe. Une différence qui a fondu de près de moitié l'année suivante, notamment grâce aux aides publiques comme la prime "coup de pouce", qui permet de déduire jusqu'à 5 700 euros pour les ménages modestes. "On a retardé l'achat pour avoir assez d'argent et prendre une électrique, mais je sais que j'ai fait le bon choix", se félicite ainsi Jonas.

Une fois le véhicule électrique acheté, et la technologie arrivée à maturité, les Français qui ont sauté le pas ne le regrettent pas. Après une période de transition via une location, Bruno a rapidement basculé sur un achat. "Aujourd'hui, j'ai confiance dans la technologie et la durée de vie de la batterie", explique-t-il. L'autonomie ? "Beaucoup de personnes en thermique s'inquiètent, mais ce n'est plus un problème !" "En moins de vingt minutes, on peut s'arrêter, recharger et repartir", complète Ismaël, qui a récemment acheté un véhicule électrique d'occasion. Même pour les vacances, le changement a été très fluide. "J'ai fait Paris-Marseille cet été et franchement, on n'a pas mis plus de temps que d'habitude."

"Pratiquement 99% des trajets peuvent être couverts sans problème. Quand les gens me disent qu'ils s'accrochent à leur voiture thermique, je ne comprends pas."

Guilhem

à franceinfo

Passer à l'électrique permet aussi de découvrir de nouvelles sensations de conduite. "Ma Fiat 500 se faufile partout, je pars comme une bombe et je leur fais la nique à tous", lance Claire, bientôt 70 ans. Pourtant, cette retraitée, qui a fait crisser ses pneus sur des rallyes et le Paris-Dakar, ne jurait que par le vrombissement des moteurs thermiques. "J'adore passer les vitesses, c'est intrinsèque", reconnaît-elle encore. Même elle a été finalement convaincue par l'électrique. "Il y a quand même des sensations, c'est royal !"

Les pilotes amateurs qui privilégient les trajets domicile-travail louent, eux, le silence et la fluidité des véhicules électriques. "C'est aussi un vrai confort de conduite. C'est beaucoup plus agréable en termes d'accélération et de reprise", assure Arnaud. "Avec un silence princier !", sourit également Philippe, retraité.

Depuis plusieurs mois, la transition écologique opérée par ces Français s'est aussi transformée en belle opération économique. Avec un tarif des carburants qui dépasse les deux euros en moyenne depuis le printemps, la différence de facture sur la route se creuse. "Faire 100 km me coûte à peu près trois euros. Avec le prix actuel des carburants, en véhicule thermique, ce serait douze !", a calculé Bruno. Son véhicule électrique devrait ainsi être rentabilisé au bout de 75 000 kilomètres. Un constat partagé par l'Ademe. D'après ses calculs, un ménage passant d'un véhicule diesel ancien à un véhicule électrique neuf "dépensera trois fois moins d'argent".

"Des gens qui m'ont dit que j'avais une voiture de bobo. Mais quand le diesel est monté à 2,50 euros, l'histoire du bobo m'a fait doucement rigoler !"

Guilhem

à franceinfo

Certains ont même trouvé des astuces pour payer encore moins cher. "On recharge à la maison grâce aux panneaux solaires, ça ne nous coûte que quelques centimes !", se félicite Claire, qui doit prendre la voiture pour aller faire les courses ou chez le médecin dans la campagne du Gers. Mieux encore, Ismaël se branche directement dans le parking de son bureau. "Je ne paie pas un sou !", sourit le quadragénaire, qui ne peut pas recharger sa voiture directement chez lui, dans un appartement de banlieue parisienne.

Après quelques mois ou plusieurs années d'utilisation, tous sont convaincus d'avoir pris la bonne décision pour l'avenir. "J'ai aussi fait ce choix pour des considérations écologiques et pour rejeter moins de pollution en ville", explique Arnaud, installé dans les Yvelines. "C'est de l'énergie 'made in France' qui permet de ne plus être dépendant de l'extérieur." Guilhem, professeur d'histoire-géographie, estime également que l'époque du pétrole bon marché est révolue. "Le prix va continuer à être très très haut parce qu'il y a une raréfaction de la ressource", explique le quadragénaire, qui tient le même discours à ses élèves. "Je ne comprends pas la réticence des Français. C'est un signe de notre difficulté à s'adapter, ajoute-t-il. Pour moi, l'électrique, c'est simplement le bon sens."

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Source: Franceinfo · Robin Prudent

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