Une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Les soldats de la force Sentinelle seront mobilisés samedi 24 octobre lors de la prochaine mobilisation sociale, a annoncé, mardi 20 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Un choix stratégique pour aider les forces de l’ordre, mais aussi politique pour afficher un dispositif "massif".
L’utilisation de l’armée a été suggérée dès lundi matin, notamment par l’ancien Premier ministre et désormais candidat à l’élection présidentielle, Gabriel Attal. Il faut "libérer les forces de l'ordre assurant des gardes statiques", a-t-il affirmé à l’AFP, "quitte à les remplacer par des réservistes, voire des forces armées, évidemment pas pour faire du maintien de l'ordre mais pour les remplacer", a-t-il précisé, invoquant "un besoin de présence policière auprès des commerçants et des citoyens qui sont menacés".
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Une proposition initialement balayée par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, qui rappelait sur LCI que "les missions de l’armée ne sont pas des missions de maintien de l’ordre".
Alors ministre des Armées, Sébastien Lecornu soulignait lui-même en mars 2025, dans un entretien avec le média Legend, qu’on "ne déploie pas l’armée contre son propre peuple, contre sa propre population". "La militarité, je ne le redirai jamais assez, c’est tuer sur ordre", ajoutait-il, tout en déplorant qu’il n’y ait "pas un mois où on n’a pas un couillon qui vient sur un plateau pour dire 'il faut envoyer l’armée'".
Mais face à la pression politique et après le fiasco du 17 octobre, le Premier ministre n’a pas eu d’autre choix que d’utiliser l’ensemble des moyens à sa disposition et de se contredire.
"Le dispositif de samedi prochain sera massif"
"Le ministre de l'Intérieur a déjà donné des instructions aux préfectures. Le dispositif de samedi prochain sera massif", a-t-il déclaré mardi après-midi lors des questions au gouvernement.
"Nous allons évidemment monter en gamme dans le dispositif pour le 24 octobre où la doctrine (...) sera revue en termes de moyens, en volume bien sûr, en termes de forces engagées et en termes de réactivité, de mobilité, pour aller percuter, impacter ces groupes qui dispersent les forces de l'ordre de manière (...) extrêmement planifiée", a ensuite complété le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
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Concrètement, les soldats de la force Sentinelle seront "déployés en substitution des forces de sécurité intérieure" et seront "principalement affectés à des missions de sécurisation statique", afin de "dégager des policiers et des gendarmes pour les missions de maintien de l'ordre", selon le ministère de l’Intérieur.
Ce n’est pas la première fois que la force Sentinelle – créée au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier 2015 pour répondre à la menace terroriste – est utilisée dans ce type de contexte.
Elle avait déjà servi à sécuriser des bâtiments publics en mars 2019, lors de la crise des Gilets jaunes, après un acte 18 marqué par de très nombreux affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, mais aussi, déjà, par des saccages et des pillages de magasins.
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Des blindés légers et un char AMX-30 déployés en 1992
L’utilisation de l’armée dans le cadre d’un conflit social est toutefois rarissime dans l’histoire de la Ve République. Un seul autre exemple existe : en 1992, le Premier ministre socialiste Pierre Bérégovoy avait envoyé 500 soldats, des blindés légers et un char AMX-30 pour libérer l’autoroute A1 bloquée près de Lille par des camionneurs qui protestaient contre l’instauration du permis à points.
Et depuis 1958, l’armée n’avait été utilisée en métropole que lors de la guerre d’Algérie. Là encore, il s’agissait déjà d’opérations statiques pour garder des sites sensibles.
Si les précédents sont si peu nombreux, c’est tout simplement parce que le rôle de l’armée n’est pas de maintenir l’ordre. "L’armée n’est pas préparée au maintien de l’ordre et à l’usage de la proportionnalité de la force", a expliqué lundi le député Les Républicains Jean-Louis Thiériot, membre de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, interrogé par Le Parisien.
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"Quand vous avez formé un militaire et qu’il se retrouve dans un paysage urbain, il fait ce qu’on lui a appris à faire : neutraliser l’adversaire. Or, utiliser les moyens létaux de l’armée pour parer aux violences des manifestants, c’est prendre le risque de provoquer un drame", a-t-il mis en garde.
Le dispositif prévu samedi sera a priori pensé pour éviter ce genre de situation. Mais comme la journée du 17 octobre l’a montré, les manifestations peuvent être imprévisibles et donner lieu à toutes sortes de débordements. Rien ne garantit qu’un groupe de manifestants ne cherchera pas à s’en prendre à un bâtiment gardé par des soldats.
L’utilisation de l’armée lors de mouvements sociaux sur son propre territoire ne concerne pas que la France. Depuis juin 2025, Donald Trump a envoyé à plusieurs reprises les militaires de la Garde nationale pour faire face à des manifestations à Los Angeles, Washington DC ou encore Chicago. Des Marines avaient également été mobilisés à Los Angeles.
Et en Italie, la Première ministre d’extrême droite, Giorgia Meloni, a annoncé mardi le déploiement de 500 soldats à Milan jusqu’à la fin de l’année pour soutenir la police après les affrontements survenus dans la métropole lombarde le week-end dernier.
Source: France 24 · Romain BRUNET
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