C'est un procès qui a bouleversé l'histoire des droits des femmes, en France. Ce mercredi 4 novembre sort en salles L'Affaire Marie-Claire, de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, qui avait été dévoilé en séance spéciale au Festival de Cannes. Les deux réalisateurs y racontent l'histoire de Marie-Claire Chevalier, adolescente de 16 ans poursuivie, avec sa mère et trois autres femmes, pour avoir avorté après un viol. Avec Gisèle Halimi à la défense, ce procès, désormais connu comme « le procès de Bobigny », a ouvert la porte à la légalisation de l'avortement. Un film qui fait écho aux récentes remises en cause du droit à l'IVG.

RFI : Vous co-signez L'Affaire Marie-Claire, qui sort ce mercredi 4 novembre en salles et a d'abord été dévoilé à Cannes. Pourquoi vous êtes-vous penchés sur l'histoire du procès de Bobigny ?

Lauriane Escaffre (LE) : Au début, c'est une envie vraiment commune qui nous a réunis sur ce projet, parce qu'on a tous les deux été toujours fascinés par le procès de Bobigny, le personnage de Gisèle Halimi, et toutes ces femmes qui ont participé à ce procès. Et le fait d'être deux, déjà, nous trouvons que c'est une grande richesse. 

Yvo Muller (YM) : Je crois que, mine de rien, spécifiquement sur ce sujet-là, le fait d'avoir un point de vue masculin et un point de vue féminin, il y a quelques petits endroits où, en tout cas, moi j'ai appris de Lauriane. Et j'espère que cela permet d'aller un peu plus loin dans notre réflexion que si on était seuls.

Le film raconte aussi beaucoup une époque, le procès et bien évidemment le combat de Gisèle Halimi. Pourtant, ce film porte le nom de Marie-Claire. Pourquoi ce choix-là ?

LE : C'est important pour nous de mettre la victime au centre de ce projet, parce que tout démarre de là : ce qui lui arrive et cette injustice totale qu'elle subit. Effectivement, il en découle de l'apparition de Gisèle Halimi, mais aussi de toutes ces femmes. Notamment Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire : c'est elle qui prend le plus de risques. Elle risque cinq ans de prison, que ses filles soient placées en foyer.

YM : Gisèle est l'avocate et porte tout ça, mais celles qui prennent un vrai risque, ce sont Michèle et Marie-Claire. Donc, on avait envie de rendre hommage à ça aussi.

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Le film est très dense, riche en faits historiques. On sent que vous vous êtes beaucoup appuyés sur des archives. Comment vous êtes-vous documentés ? 

LE : Quand on s'est plongé dans le projet, on a évidemment lu tous les livres que Gisèle Halimi a écrits. On a une matière incroyable, parce qu'elle a écrit des livres autobiographiques sur sa mère, sur son parcours.

YM : Et on a la chance d'avoir une retranscription complète du procès, qui avait été faite à l'époque de manière illégale par l'association Choisir. L'association l'avait mis en vente et il s'est écoulé à 30 000 exemplaires.

LE : Et là encore, on a eu la chance de rencontrer le fils de Gisèle Halimi, Jean-Yves, ainsi que Jennifer, la fille de Marie-Claire Chevalier, qui malheureusement est décédée très jeune. Ça a été des grands moments d'émotion. Et ça a été aussi une matière incroyable pour nous de rencontrer ces personnes-là, qui ont pu apporter leurs témoignages, nous raconter qui étaient leurs mères, et nous apporter un éclairage par rapport au film qu'on avait envie de faire.

L'Affaire Marie-Claire se déroule dans les années 1970, mais ce film demeure très actuel, lorsque l'on voit à quel point le droit à l'avortement est remis en cause aujourd'hui dans plusieurs lieux à travers le monde. Ce contexte a-t-il influencé votre envie de raconter ce récit ?

LE : Complètement. Ce procès, en 2026, est d'une actualité totale ; quand on voit ce qui se passe aux États-Unis, en Pologne, où ils étaient pionniers sur le sujet, où ils se sont complètement rétractés avec des conséquences déplorables pour les femmes.

YM : On a commencé l'écriture juste après le changement de loi aux États-Unis. Clairement ça a joué un rôle dans notre envie de porter ce sujet à ce moment-là.

LE : On se rend compte que les lois qui ont été acquises peuvent être défaites avec une facilité déconcertante, et c'est assez effrayant. Mais c'est bien d'en avoir conscience, et de garder cette vigilance-là. 

À écouter dans Le reportage France[Série grandes plaidoiries] Maître Gisèle Halimi au procès de Bobigny

Source: RFI · Léa Boutin-Rivière

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