Cinquième de sa série sur 50 mètres brasse ce jeudi 5 novembre, le grand espoir Naël Lamine Voisin a été le dernier nageur sénégalais à entrer dans l’eau aux Jeux olympiques de la jeunesse. La natation quitte la compétition sans médaille, mais, dans les tribunes, la fierté des familles se mêle à une question : qu’auraient pu faire ces jeunes avec de meilleures conditions de préparation ?
Publié le : 05/11/2026 - 18:32
5 min Temps de lecture
De notre envoyé spécial à Dakar
Naël Lamine Voisin sort du bassin olympique du complexe Tour de l’œuf avec la déception dans le regard. Il espérait une finale ; sa cinquième place en série du 50 mètres brasse met fin à son parcours olympique. Mais le jeune nageur refuse de réduire ses Jeux à cette dernière course. « Je ne suis pas déçu. Je suis assez satisfait. J’espérais atteindre la finale, mais je n’ai pas réussi. » Il n’a pas battu son record sur la distance, précise-t-il. La veille, en revanche, il avait « largement battu » celui du 100 mètres brasse.
Rencontré il y a un an par RFI, lors des championnats nationaux qu’il avait survolés, Naël a changé : il a gagné en carrure et en muscle. Il mesure aussi le chemin parcouru. « J’ai tout donné », dit-il, avant de remercier celle qui l’a accompagné jusqu’ici : « Sans ma maman, je n’aurais pas pu arriver ici. »
Une page se referme, mais son horizon dépasse ces JOJ. Il veut atteindre « un bon niveau chez les seniors et espère se qualifier pour les Jeux olympiques aux États-Unis».
À lire aussiJOJ de Dakar J-1 an: Naël Lamine Voisin, le garçon qui incarne l'espoir de la natation sénégalaise
Quelques instants après sa course, sa mère, Nafi Touré, est dans les tribunes, entourée d’autres parents et de personnes venues soutenir Naël. Ancienne escrimeuse, olympienne à Athènes en 2004 puis à Pékin en 2008, elle connaît la pression des grands rendez-vous. Pour elle, cette dernière course referme une page préparée depuis de longs mois. « Je ressens de la fierté. Je suis fière que le Sénégal ait été représenté et que ces jeunes se soient dépassés. Je ne parle pas seulement de mon fils Naël. »
Elle rappelle qu’une première expérience du haut niveau ne se juge pas à la seule place obtenue. Naël, dit-elle, a dû gérer le stress et l’émotion devant tous ceux qui étaient venus l’encourager. Elle retient aussi son meilleur temps en grand bassin. Mais sa fierté n’efface pas ses regrets sur l’accompagnement des nageurs : « On ne peut pas exiger beaucoup de ces jeunes en leur donnant très peu. » Elle appelle à un meilleur encadrement et à une implication de l’État.
Maïmouna Diakhaté, la mère de Rassoul Lèye, tient le même double discours : féliciter les athlètes et défendre leurs conditions de travail. Son fils a terminé troisième de sa série sur 100 mètres dos, sans réaliser un temps suffisant pour poursuivre la compétition. « Même sans médaille en natation, ils méritent des félicitations, pas des critiques », insiste-t-elle.
Elle décrit une préparation loin des exigences de la compétition. « La piscine olympique leur a été fermée pendant quatre ans. Les nageurs ont travaillé dans des piscines de club, parfois longues de 20 mètres, tandis que des compétitions nationales se tenaient dans des bassins de 20 ou 25 mètres. Il fallait, en parallèle, suivre les cours. Si nous voulons que ces jeunes atteignent les mêmes sommets que les autres, il faut leur donner les conditions nécessaires pour y parvenir », plaide-t-elle.
Le président de la Fédération sénégalaise de natation, Maguette Dièye, lui, préféré saluer les recors personnels battus par les nageurs et se projette sur les prochains Jeux, tout en défendant son bilan. « Nous avons pu engager six nageurs parce que le Sénégal accueille les Jeux. Lors des précédents JOJ, à Buenos Aires, nous n’en avions que deux. Les jeunes ont bénéficié de deux stages de deux mois en Chine, ainsi que de stages à l’Université Gaston-Berger, à Saint-Louis, où se trouve un bassin de 50 mètres. Comme ils sont scolarisés, ces stages doivent être organisés pendant les week-ends ou les vacances. L’essentiel, maintenant, est de préparer l’après-JOJ avec un accompagnement de l’État et du ministère sur le long terme. Les Jeux olympiques de 2028 arrivent peut-être trop tôt, mais nous espérons avoir des nageurs qualifiés pour Brisbane 2032. »
Pour Mohamed Diop, président d’Africa Aquatique et plusieurs fois champion du Sénégal, la suite doit commencer par une décision précise : remettre en place le centre de préparation qui, selon lui, avait produit de bons résultats entre 2019 et 2022. Il cite Malick Fall, légende de la natation sénégalaise et quatre fois olympien, revenu de France pour entraîner des nageurs au Sénégal. « Le problème n’est donc pas le manque d’un entraîneur de haut niveau. Il faut surtout disposer de l’infrastructure et donner aux sportifs les conditions nécessaires pour préparer 2032 », affirme-t-il.
Pour le moment, Naël Lamine Voisin bénéficie d’une bourse du Comité international olympique jusqu’aux Jeux de Brisbane : c’est un premier acquis. La prochaine étape, pour lui et pour ses jeunes camarades, sera d’avoir enfin les moyens de transformer leurs progrès en résultats et peut un jour en médailles olympiques.
Source: RFI · Ndiasse Sambe
At a glance
- Topic
- Sports
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira