Pour la première fois, un évènement olympique va avoir lieu sur le continent africain. Initialement prévus en 2022 mais reprogrammés en raison de la pandémie de Covid-19, les Jeux olympiques de la jeunesse vont finalement avoir lieu du 31 octobre au 13 novembre à Dakar, au Sénégal.

Lors de l'attribution de cette manifestation sportive en 2018, le Comité international olympique (CIO) avait estimé que le Sénégal avait "le projet le plus solide" face aux candidatures du Botswana, du Nigeria et de la Tunisie. "Il est temps pour l'Afrique. L'Afrique est le berceau de nombreux athlètes olympiques éminents et qui ont réussi. L'Afrique est un continent de jeunesse", avait alors déclaré le président du CIO, Thomas Bach.

La mascotte officielle des Jeux olympiques de la jeunesse entourée notamment du président et du Premier ministre sénégalais ainsi que de responsables de l'organisation de la compétition, à Dakar.
De gauche à droite, autour de la mascotte officielle des Jeux olympiques de la jeunesse : le président du Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse d’été, Mamadou Diagna Ndiaye ; la présidente de la commission de coordination du Comité international olympique, Kirsty Coventry ; le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye ; le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko ; la ministre des Sports, Khady Diène Gaye. À Dakar, le 31 octobre 2025. Patrick Meinhardt, AFP

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Une première historique

Le Sénégal va devenir le premier pays en Afrique à accueillir une manifestation olympique. Même si le continent a commencé à participer aux JO dès 1904 à Saint-Louis, avec la présence d’athlètes sud-africains, aucune ville africaine n'a jamais accueilli d'événement en lien avec le CIO.

"Le Sénégal et sa jeunesse sont fiers de l’honneur que vous nous faites en confiant à notre pays l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse. En définitive, c’est toute l’Afrique, berceau de l’humanité par l’Histoire et plus jeune continent par sa démographie, qui donne rendez-vous à la jeunesse sportive du monde", avait ainsi insisté le président sénégalais Macky Sall en 2018 au moment de l'attribution.

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Pour Malick Diouf, spécialiste en économie du sport, même si cette compétition est "moins médiatisée" que les JO, "il s'agit quand même d'un évènement d'envergure". "Il faut savoir que la dernière grande compétition organisée par le Sénégal remonte à la Coupe d'Afrique des nations de football en 1992", rappelle-t-il. "Nous avons aussi accueilli des Coupes d'Afrique de basket ou d'autres disciplines, mais rien de comparable avec les JOJ."

Lors de cette compétition, quelque 2 700 jeunes athlètes issus de 206 pays sont attendus pour s'affronter dans 151 épreuves réparties dans 25 sports. "Ce n'est quand même pas rien. Il y a beaucoup de délégations", souligne Kévin Veyssière, spécialiste de géopolitique du sport. "Mais cela reste un baptême du feu limité. Même si c'est un évènement olympique, vous n'avez pas non plus tous les projecteurs braqués sur vous", estime le fondateur du média Football Club Geopolitics. "Le Sénégal a fait le choix de cette candidature car son ampleur est moindre. L'investissement est de 150 millions d'euros alors qu'il est de 10 milliards pour des Jeux olympiques. C'est plus à sa portée", ajoute-t-il.

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Le sport comme outil de soft power et levier économique

Organisés tous les quatre ans depuis 2010, les Jeux olympiques de la jeunesse vont se dérouler pour la quatrième fois. Après Innsbruck, Singapour et Buenos Aires, direction Dakar pour la relève de Simone Biles, Teddy Riner et autres Beatrice Chebet.  "Ce sont des pays qui n'ont pas encore la capacité d'accueillir des grands évènements sportifs, mais qui peuvent en tout cas se positionner", résume Kévin Veyssière. "Pour le Sénégal, il s'agit à la fois d'utiliser le sport comme du soft power pour valoriser l'image du pays mais aussi d'en faire un levier d'investissement et de développement pour accélérer la construction d'infrastructures comme le Maroc ou le Rwanda ont pu le faire sur le continent africain."

La Française Mathilde Cini, l’Ukrainienne Daryna Zevina et la Russe Alexandra Papusha avec leurs médailles après la finale du 50 m dos lors des Jeux olympiques de la jeunesse de Singapour 2010.
La Française Mathilde Cini (au centre, en or), l’Ukrainienne Daryna Zevina (à droite, en argent) et la Russe Alexandra Papusha (à gauche, en bronze) posent avec leurs médailles après la finale du 50 m dos féminin lors des Jeux olympiques de la jeunesse de Singapour, le 19 août 2010. Desmond Wee, Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse de Singapour via AFP

Ces deux pays figurent parmi les pionniers de la diplomatie sportive en Afrique. Le royaume chérifien a notamment placé le football au cœur de sa stratégie d'influence internationale en organisant la dernière CAN et en coorganisant le prochain Mondial avec l'Espagne et le Portugal en 2030, tandis que le Rwanda mise sur le sponsoring d'équipes pour valoriser son attractivité touristique et l'organisation de compétitions comme les championnats du monde de cyclisme en 2025 ou un Grand Prix de F1 au début des années 2030.

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Mais pour Malick Diouf, il faut que cette stratégie soit suivie d'effets. "On parle souvent d'héritage après les Jeux. Mais il doit être pensé, réfléchi et accompagné par une vision et une volonté de l'État de faire du sport un levier", estime-t-il. "Il ne faut pas que ce soit juste considéré comme une distraction, mais comme un outil de développement social et même économique." Pour faciliter cette prise de conscience, ce spécialiste a fondé le Dakar Sports Summit. Organisé à partir de lundi prochain, il a pour thème cette année "Éduquer, former, pérenniser : le capital humain au cœur du legs de Dakar 2026".

Interrogée par RFI à ce sujet, Djirèye Clotilde Coly, la ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, a répondu qu'il s'agissait bien d'"un investissement pour l'avenir". "Alors effectivement, vous avez les dépenses d'organisation, mais vous avez des dépenses d'investissement sur des actifs durables qui seront exploités et valorisés. Mais vous avez aussi toute la partie immatérielle avec les compétences qui sont développées, avec les entreprises qui ont participé ou qui participent à ces Jeux", a-t-elle souligné. En ce sens, l'État sénégalais a lancé l'an dernier la Dakar 2026 Learning Academy pour former 400 jeunes aux métiers de l'évènementiel sportif international en vue des JOJ. Plus de 6 000 volontaires vont également être mobilisés lors de la compétition.

Un instructeur montre à un élève comment tenir un arc classique, lors des célébrations de la Journée olympique au stade Léopold Sédar Senghor, à Dakar, le 23 juin 2025.
Un instructeur montre à un élève comment tenir un arc classique, lors des célébrations de la Journée olympique au stade Léopold Sédar Senghor, à Dakar, le 23 juin 2025. Patrick Meinhardt, AFP

De réelles retombées ?

Mais dans la population, l'engouement tarde à se faire sentir à quelques jours du début de la compétition. Les Sénégalais ont la tête ailleurs. Une grève générale a été lancée mercredi alors que le pays connaît un contexte économique difficile, avec une dette qui atteignait, fin 2024, 132 % du produit intérieur brut, et dont une partie a été "cachée" par l'ancien gouvernement sous le président Macky Sall (2012-2024). Dakar a conclu le 1er septembre un accord de financement avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue de la mise en place d'un programme d'aide de 2,2 milliards de dollars (1,96 milliard d'euros) sur 36 mois pour assainir les finances publiques du pays.

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Malgré ces difficultés, la ministre assure qu'il y aura "des retombées immédiates", notamment dans le secteur de l'hôtellerie, de la restauration et des services. "Au-delà de cela, c'est toute une économie du sport qui sera développée et on sait ce que représente aujourd'hui l'économie du sport. C'est aussi notre capacité en tant que pays à organiser de grands évènements. C'est-à-dire qu'à partir de cet évènement, nous pourrons prétendre accueillir de très grands évènements et nous savons ce que ces évènements rapportent", a-t-elle justifié.

Des JO en Afrique, une perspective lointaine

Après les Jeux olympiques de la jeunesse, le Sénégal accueillera en 2031 un autre rendez-vous majeur avec les Jeux de la francophonie, huit ans après ceux de Kinshasa. Pour autant, le pays ouest-africain peut-il prétendre à des compétitions plus importantes ? Une candidature aux Jeux olympiques semble hors de portée, mais selon Malick Diouf, l'organisation des JOJ "est une façon de tester la capacité de l'Afrique à accueillir les JO". "C'est la suite logique. On est le seul continent à ne pas avoir accueilli les Jeux d'été alors qu'on a beaucoup de médaillés olympiques", estime-t-il.

Seules Le Caire en Égypte pour les Jeux de 1916 et 1936 et Le Cap en Afrique du Sud pour ceux de 2004 ont présenté par le passé des candidatures, sans succès. La mégapole sud-africaine a de nouveau fait part de son intérêt pour l'organisation des Jeux olympiques d'été, avec l'édition de 2036. Pour Kévin Veyssières, une éventuelle attribution à une ville africaine paraît cependant encore prématurée. "Cela nécessite de construire beaucoup d'infrastructures si elles n'existent pas. Le coût de l'organisation des JO peut monter très vite. On l'a vu pour Londres et Paris", pointe-t-il. "La meilleure perspective serait une coorganisation entre plusieurs pays, mais pour l'instant, les règles du CIO sont claires. Les candidatures ne sont ouvertes que pour un seul pays."

Calendrier des épreuves des Jeux olympiques de la jeunesse, qui se dérouleront à Dakar du 31 octobre au 13 novembre 2026.
© Studio graphique France Médias Monde

Vous pouvez télécharger ce calendrier au format PDF.

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Source: France 24 · Stéphanie TROUILLARD

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Sports
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