Article rédigé par Raphaël Godet - envoyé spécial en Israël

France Télévisions

Publié le 28/10/2026 05:45

Temps de lecture : 3min

Des Israéliens suivent l'annonce des résultats des élections législatives dans un bar de Tel-Aviv, le 27 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Des Israéliens suivent l'annonce des résultats des élections législatives dans un bar de Tel-Aviv, le 27 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Le "bloc du changement" emmené par le centriste Gadi Eisenkot a une avance de quelques sièges sur la coalition sortante de Benyamin Nétanyahou, selon les premières estimations. Mais l'incertitude sur une future majorité reste totale.

D'un coup, Stav s'est redressée sur la banquette, yeux rivés sur les présentateurs de Channel 12. Quelques instants plus tard, elle craque. Il est 22 heures à Tel-Aviv, une de moins à Paris,, mardi 27 octobre, quand les premières estimations des élections législatives israéliennes s'affichent à l'écran. Créditée de 52 à 53 sièges, la coalition d'opposition menée par le centriste Gadi Eisenkot devance celle de Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre sortant (50 sièges). "Ce que vous voyez, ce sont des larmes de joie", rassure la jeune femme de 38 ans, en s'essuyant les yeux avec un mouchoir. C'est la première fois que je vote de ma vie. Et enfin, enfin, enfin, j'entrevois un début de changement. On va peut-être se débarrasser de ces gens qui nous dirigent. Il y a de l'espoir en tout cas, et ça fait un bien fou".

Stav, émue, au moment de l'annonce des résultats des élections législatives, dans un bar de Tel-Aviv (Israël), le 27 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Stav, émue, au moment de l'annonce des résultats des élections législatives, dans un bar de Tel-Aviv (Israël), le 27 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Au bar "Callas", la cinquantaine de clients venus spécialement pour vivre la soirée électorale sur les écrans géants (trois à l'intérieur, un à l'extérieur) écoutent religieusement les premiers commentaires politiques. La plupart ne sait pas quoi penser de ces premières tendances sorties des urnes (les résultats officiels seront connus dans les prochaines heures).

Jonathan secoue dans les airs son petit drapeau israélien, sans réelle euphorie. "Franchement, là, je ne sais pas quoi penser, hésite l'ingénieur de 44 ans, tatouage sur le bras gauche. Il peut tout se passer à partir de maintenant : du mieux comme du pire". Sur le boulevard Menakhem Begin, quelques timides klaxons retentissent, mais vraiment pas de quoi réveiller le voisinage.

Car rien n'est fait. Sans présumer du jeu des alliances à venir, le Likoud de l'actuel Premier ministre reste bel et bien pour le moment devant le parti Yashar ! de Gadi Eizenkot, son principal rival, le mieux placé pour le faire tomber de son trône après dix-neuf années au pouvoir.

Entre deux gorgées de bière, Rotem Liel s'improvise analyste politique : "Je crois que je suis heureuse, inquiète et un peu perdue. Car Nétanyahou peut encore rester au pouvoir en fait. Je n'ose pas y penser", souffle- t-elle. "Si ça arrive ? Je quitte Israël ! Je ne pourrais pas rester", lance même Yaël, qui rêve de mettre un point final à la coalition la plus à droite de l'histoire du pays.

Des Israéliens suivent l'annonce des résultats des élections législatives dans un bar de Tel-Aviv, le 27 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Des Israéliens suivent l'annonce des résultats des élections législatives dans un bar de Tel-Aviv, le 27 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Sur les réseaux sociaux, circulent quelques vidéos de militants anti-Nétanyahou faisant la fête dans le bassin de la place Habima. Trop tôt pour se réjouir, estime Hativ.

Pourtant, lui qui a voté avec sa femme dès l'ouverture de son bureau paraissait "de plus en plus confiant au fil des heures. Je voyais le taux de participation et je me disais que ça allait surtout bénéficier à nous, l'opposition, qui voulons dégager ce gouvernement de connards", jure ce professeur d'anglais, les cheveux attachés en queue de cheval.

La mobilisation a, en effet, été exceptionnelle. Les chiffres avancées par la Commission centrale électorale, l'organe indépendant qui supervise le scrutin, n'en finissaient plus de battre des records : +8 points à 16 heures par rapport aux dernières législatives de 2022 ; +9 points à 18 heures. Et enfin 77,7% à la clôture des bureaux de vote, soit sept points de plus qu'il y a quatre ans (70,6%). Tout simplement le taux le plus élevé depuis 1999.

Quand Hativ a lu sur Haaretz, en milieu d'après-midi, que Benyamin Nétanyahou exigeait qu'on étende les horaires de vote au-delà de 22 heures, "je pensais que ça sentait bon, puisqu'ils étaient prêts à tout pour essayer de changer le scrutin". Il espérait encore plus une victoire quand, à 18 heures, Itamar Ben Gvir, ministre d'extrême droite en charge de la sécurité nationale, continuait d'envoyer des SMS sur les téléphones des électeurs ("La gauche et les Arabes se ruent vers les bureaux de vote. Ne les laissez pas gagner !") pressant les retardataires à se déplacer.

En Israël, il faut atteindre 61 sièges pour obtenir la majorité à la Knesset, le Parlement, et espérer former une coalition gouvernementale. Si les projections et cet écart de sièges si faibles se confirment, de longues négociations vont être nécessaires avant de voir une coalition prendre le pouvoir.

Mercredi matin, Hativ, Rotem, Yaël, Jonathan, Stava et les Israéliens se réveilleront pas plus avancés. Il faudra des jours, et certainement des semaines, avant qu'ils sachent qui est en position de gouverner ces quatre prochaines années.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème

Shorts

Source: Franceinfo · Raphaël Godet

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira