Le président américain va devoir gérer un Sénat et une Chambre des représentants hostiles à sa politique, après les élections de mi-mandat.

France Télévisions

Publié le 04/11/2026 08:18 Mis à jour le 04/11/2026 08:19

Temps de lecture : 4min

Le président américain Donald Trump à Washington (Etats-Unis), le 3 novembre 2026. (FINN GOMEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Quelle fin de mandat pour Donald Trump ? Les soutiens du président américain se posent la question, alors que les résultats des élections de mi-mandat, organisées mardi 3 novembre, prennent des allures de triomphe pour les démocrates au Congrès. L'agence de presse Associated Press comptabilise au moins 218 sièges sur 435 remportés par les démocrates à la Chambre des représentants, et 53 sur 100 au Sénat, soit la majorité absolue dans les deux chambres.

"Je suis tout à fait disposé à accepter ces résultats", a déclaré Donald Trump au New York Times mercredi. Sur ce même ton conciliant, il a même "félicité" plusieurs fois ses opposants pendant un long entretien téléphonique avec Fox News, jugeant qu'ils s'étaient "bien battus".

Pour autant, le président américain n'est pas disposé à concéder une défaite personnelle. "Je ne considère pas que c'était dirigé contre moi", a-t-il dit sur Fox News. "Je n'aime pas le voir comme une défaite pour moi." Et d'ajouter, comme détaché, face à ce cinglant désaveu : "Ce n'est qu'un moment dans le temps. C'est comme ça. Il y avait quelque chose dans l'air et si vous regardez bien, je n'ai pas à me sentir coupable." "Je n'étais pas sur le bulletin et si je l'avais été, nous aurions LARGEMENT gagné", avait auparavant écrit l'octogénaire sur sa plateforme Truth Socialaprès avoir pourtant appelé pendant la campagne ses partisans à se mobiliser comme s'il se présentait lui-même.

Le contrôle total du Congrès par les démocrates promet cependant de compliquer la tâche de l'actuel locataire de la Maison blanche, élu en 2024 pour un deuxième mandat. Sans majorité, le chef d'Etat verrait certaines de ses décisions entravées, mais pourrait encore exercer une forte influence sur la vie politique américaine.

Le président demeurera dans tous les cas une figure incontournable. "Donald Trump restera le patron de l'exécutif", rappelle Ludivine Gilli, directrice de l'observatoire de l'Amérique du Nord à la fondation Jean-Jaurès. Il aura donc "à sa disposition l'Etat fédéral et les agences fédérales, qui lui laisseront un pouvoir considérable". Donald Trump "gardera aussi la main sur la politique étrangère", ajoute la spécialiste, alors que le président est empêtré dans une guerre avec l'Iran déclenchée en février. Le budget du ministère de la Défense, le Pentagone, est par exemple une prérogative du chef de l'Etat américain.

Face au Congrès, le milliardaire disposera d'un pouvoir réel bien que réduit. L'agenda législatif des républicains se verra rapidement bloqué par les élus démocrates. Mais ces derniers risquent d'éprouver cependant des difficultés à faire passer leurs propres lois, le président disposant d'un pouvoir de veto. "Je serai monsieur Veto", avait prévenu Donald Trump, interrogé par le podcast Pod Force One. Le président est allé jusqu'à poster une photo d'une casquette rouge siglée du mot "veto" sur son réseau social Truth Social, mercredi.

Le président prévoit de faire pression sur les députés pour arriver à imposer son agenda. "Je mets mon veto à tout, et ensuite les démocrates arrivent et veulent conclure un accord", a-t-il prévenu. Un veto présidentiel peut être contourné, à condition d'être capable de réunir une majorité des deux tiers dans les deux chambres. Un obstacle quasi insurmontable pour les démocrates, qui ne vont disposer que de quelques sièges d'avance au Sénat.

Donald Trump peut de toute façon continuer à gouverner comme il le fait déjà : en multipliant les ordonnances et les décrets. "Ces deux dernières années, le président Trump a quasiment ignoré le Congrès et a tenté d'agir le plus possible par décrets et pouvoirs exécutifs", soulignait ainsi Nathan Gonzales, rédacteur en chef d'Inside Elections, un site d'analyse politique, auprès de Global News.

Le président américain a ainsi adopté de nombreuses mesures grâce à ces outils, comme l'imposition de droits de douane ou les coupes dans les agences fédérales. Elles permettent à Donald Trump de donner des instructions aux agences fédérales, de mettre en œuvre des changements de politique et de contourner totalement le processus législatif du Congrès. L'exécutif a même invoqué à plusieurs reprises l'état d'urgence nationale pour étendre son pouvoir d'agir sans nouvelle loi. Mettre fin à cette exception requiert une majorité des deux tiers au Congrès. Le contre-pouvoir vient dans ce cas plutôt du système judiciaire. En février, la Cour suprême avait ainsi désavoué le chef de l'Etat sur les taxes aux frontières.

Néanmoins, le pouvoir des décrets et ordonnances a des limites vis-à-vis du Congrès. Donald Trump sera par contre obligé de négocier avec les élus démocrates pour faire passer certaines lois, obligatoires, comme le budget fédéral. L'absence d'accord a par le passé engendré un "shutdown", bloquant le paiement des fonctionnaires, des aides sociales et réduisant les capacités d'action de l'administration. "Le Congrès va exiger que les fonds alloués à tel programme soient effectivement dépensés par le pouvoir exécutif... Les droits de douane aussi, c'est normalement de la responsabilité du Congrès. On pourra voir des luttes importantes", prévient Ludivine Gilli. "Nous travaillerons avec les démocrates", a assuré Donald Trump au New York Times mercredi.

Au Sénat, les démocrates disposent d'un autre atout important. Ils peuvent bloquer les nominations de certains juges fédéraux et membres du gouvernement poussées par l'exécutif. "Donald Trump est arrivé mieux préparé en 2025 qu'en 2017, il a nommé certaines personnes, mais certains hauts fonctionnaires sont partis et certains postes pourraient rester vacants" d'ici à la fin du mandat, souligne Ludivine Gilli. La majorité démocrate peut aussi refuser de valider les éventuels candidats à la Cour suprême, à majorité républicaine, choisis par Donald Trump.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème

Shorts

Source: Franceinfo · Fabien Jannic-Cherbonnel

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira