Me Camille Radot prend la parole devant sa cliente, Halima El Bakhti, accusée d’«actes de tortures et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner» sur sa fille, Inass, 4 ans. Valentin Pasquier pour Le Figaro

Le corps mutilé de la petite inconnue de l'A10, découvert en 1987 dans le Loir-et-Cher, a hanté plusieurs générations de gendarmes et de magistrats. Chacun a fait de cette enfant la leur. Ils étaient tenus par l'espoir tenace qu'un jour «la petite», qui n'a jamais été réclamée, aurait un nom. En 2023, Le Figaro consacrait une enquête en trois épisodes à cette célèbre énigme criminelle. Près de quatre décennies plus tard, l’épilogue judiciaire est attendu à partir du lundi 2 novembre, devant la cour d’assises de Blois.

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RÉCIT D’AUDIENCE - Lors de son interrogatoire devant les assises de Blois, Halima El Bakhti a raconté comment sa fille avait été progressivement isolée, violentée jusqu’à son abandon au bord de l’A10, en 1987. Mais sur les quinze morsures récentes et les multiples lésions relevées sur son corps, son interrogatoire a été marqué par les silences.

Par Esther Paolini envoyée spéciale à Blois

Publié le 07/11/2026 à 09h43

Quand Halima El Bakhti donne naissance à sa troisième fille au matin du 3 juillet 1983 à la polyclinique de Casablanca, elle se souvient d’un détail, le tout premier : «j’ai juste vu ses petits pieds, ses petits doigts.» «Vous l’avez aimée ?», l’interroge la présidente de la cour d’assises de Blois vendredi soir. «Bien sûr.» Mais la petite Inass est laissée à sa grand-mère maternelle, tandis qu’Halima El Bakhti rentre en France, ses deux aînées sous le bras, dans le deux-pièces de Vitry-sur-Seine où elle habite désormais avec son mari et ses enfants. Le père, Ahmed Touloub qui comparaît à ses côtés, aurait exigé, selon ses dires, qu’elle ne s’encombre pas d’un nourrisson pour l’aider à l’épicerie. «J’ai baissé la tête et je suis rentrée. Sans ma moitié.» La fillette reste un peu plus d’un an loin de ses parents, de l’autre côté de la Méditerranée, avant qu’Halima El Bakhti ne vienne la chercher l’été suivant. À partir de cet instant, les jours d’Inass seront comptés.

Ces premiers instants de douceur de l’été 1983, quand Halima El Bakhti et sa fille étaient dans la maison familiale de Casablanca, sont les seuls souvenirs heureux qu’elle garde avec sa fille. «Après, c’était affreux tout le temps. C’était tout noir», résume-t-elle en fronçant les sourcils, parfois en agitant la main près de sa tête. Cette noirceur a inondé la cour d’assises deux jours durant, quand ont été projetés les clichés de son enfant sur la table d’autopsie. Ce sont les mêmes petits pieds, les mêmes petits doigts que ceux de la polyclinique, mais la totalité du corps est recouverte de morsures, brûlures, lésions, ecchymoses. Inass est devenue «la martyre de l’A10», une fillette abandonnée le long de l’autoroute, dans le Loir-et-Cher, le 11 août 1987. Depuis lundi, Halima El Bakhti, 72 ans, est jugée pour «actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner» sur son enfant et Ahmed Touloub, pour complicité. Son interrogatoire a achevé une première…

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Source: Le Figaro · Esther Paolini

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