En Ukraine, le nom d'Olechky est sur toutes les lèvres depuis des semaines. Samedi 1er novembre, plusieurs bus humanitaires ont acheminé une partie de la population de cette ville occupée depuis 2022 en territoire ukrainien libre, suite à une mission humanitaire conjointe initiée par les commissaires des droits de l'homme ukrainiens et russes, et avec l'entremise de Melania Trump. Ceux des résidents qui sont arrivés d'Olechky se sont confiés sur leurs conditions de vie.

De notre envoyée spéciale,

En ce dernier jour d'octobre, près de la frontière biélorusse, un terrain vague aménagé est en effervescence. Une file d'ambulances et des bus de la Croix-Rouge ukrainienne sont garés à proximité de tentes chauffées, abritant plusieurs organisations humanitaires : Médecins Sans Frontières, World Central Kitchen, Caritas, UAnimals... Des dizaines de personnes se tiennent prêtes.

Pour la première fois depuis 2022, une mission humanitaire conjointe entre l'Ukraine et la Russie, à l'initiative de la Première dame des États-Unis, Melania Trump, permet le retour en territoire ukrainien libre de résidents d'une ville occupée depuis 2022 : Olechky, située près de Kherson, dans le sud du pays.

Dans le froid automnal, les familles qui ont été séparées de leurs proches restés à Olechky arrivent sur place. Certaines en sont parties en 2022, d'autres au cours d'un long périple via les camps de filtration russes en 2024 ou avant le minage de toutes les routes d'accès à la ville par l'occupant russe.

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L'attente irrespirable des familles

Dasha, 16 ans, est présente avec sa sœur Lisa, 19 ans, et leur mère Yana. Elles sont parties d'Olechky en 2024, et n'ont pas vu le père de famille depuis. Elles n'ont pas eu de ses nouvelles depuis le début du cessez-le-feu, mais espèrent qu'il sera présent parmi les évacués. Lors de l'attente de plusieurs heures, Dasha confie qu'« il essayait de nous rassurer, en ne nous disant pas tout de sa vie sous occupation ».

« Un jour, il nous a raconté comment les Russes ont failli le tuer, qu'ils lui ont mis des mitrailleuses sur la tempe, poursuit-elle. Il ne nous a raconté les détails que trois mois plus tard, en nous disant que ça allait, qu'il ne fallait pas s'inquiéter ! »

Comme beaucoup de résidents d'Olechky, lorsque sa famille a quitté la ville occupée, le père de famille n'a pas souhaité quitter sa maison, ni ses animaux, malgré la précarité. Il a survécu pendant ces années sous les bombardements quotidiens, et avec un accès sporadique à l'électricité, grâce à l'énergie solaire et à un petit générateur. 

Après cette longue séparation, l'attente est intenable pour les proches. Beaucoup ont peur que les résidents d'Olechky aient été empêchés de partir par l'occupant russe.

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Retrouvailles poignantes et larmes de joie

Un premier véhicule arrive. Avant même que son moteur soit coupé, on entend des aboiements et miaulements de détresse. Le camion s'ouvre. Les premiers évacués d'Olechky à fouler le sol ukrainien libre sont les animaux de compagnie. Des dizaines de cages contenant plus d'une centaine d'animaux en état de panique totale, épuisés, émaciés, et couverts d'excréments. La terreur dans leurs yeux témoigne de l'enfer dont ils viennent, eux aussi, de sortir. Hormis les animaux en détresse, on n'entend plus aucun bruit, alors que les animaux sont pris en charge par l'ONG UAnimals.

Il faut encore attendre un long moment avant qu'apparaissent plusieurs bus humanitaires, avec à leurs fenêtres les résidents d'Olechky, enfin. Ils sont enveloppés dans des drapeaux bleus et jaunes. Ils sourient, et avant même que les portes s'ouvrent, Dasha pousse un immense cri en se précipitant vers l'un d'eux : elle vient d'apercevoir son père.

Les bus se garent, les portes s'ouvrent, et descendent les habitants d'Olechky ayant choisi de rejoindre l'Ukraine libre. Sur demande russe, la délégation ukrainienne ne donne pas leur nombre, et demande à la presse de ne pas divulguer cette information, afin de ne pas compromettre d'autres missions dans le futur.

À bord de ces bus, on retrouve une majorité de personnes âgées qui, toutes, racontent l'horreur de leur quotidien depuis l'occupation russe. Les familles se retrouvent, s'enlacent et s'embrassent. Les larmes coulent, le soulagement est palpable. Les yeux rougis et les visages émaciés des habitants d'Olechky apparaissent. Pavlo et Lidia G., accueillis par leur fille, témoignent du manque de nourriture dont ils ont souffert. « Nous avons survécu sur les quelques légumes du jardin depuis des semaines, il n'y avait plus rien d'autre, raconte Lidia. J'ai perdu entre douze et quinze kilos, mon pantalon ne tient plus ! »

Entourés de drapeaux ukrainiens, Pavlo et Lidia G. ont été accueillis par leur fille après leur évacuation d'Olechky.
Entourés de drapeaux ukrainiens, Pavlo et Lidia G. ont été accueillis par leur fille après leur évacuation d'Olechky. © Emmanuelle Chaze / RFI

Témoins d'une vie d'horreur proche du front

Valera, 28 ans, vient lui de récupérer sa chienne. Il raconte, ses bras autour d'elle. « Il y avait des drones, tout le temps, qui vous ciblent, vous cherchent et disparaissent dans le ciel parfois. Beaucoup de gens sont morts, témoigne-t-il. Certains tués par des drones, d'autres par des mines. La ville entière est minée, certains quartiers n'existent plus du tout. Tout est détruit, les immeubles résidentiels de quatre, cinq étages, ont brûlé. Près de chez moi, il ne restait que des tas de briques. Je ne sais pas comment j'ai survécu, c'était effrayant, surtout pour les gens qui avaient gardé leur passeport ukrainien. »

Parmi les résidents, nombreux sont ceux à expliquer que beaucoup d'habitants n'ont pas osé partir avec la délégation ukrainienne, par peur de devoir passer par les camps de filtration russes. Beaucoup arrivent seuls, désorientés, et sont pris en charge par les services sociaux. Ils seront examinés dans un hôpital voisin, avant d'être acheminés dans des centres d'hébergement d'urgence.

Alors que la nuit tombe, et après s'être ravitaillés, les résidents d'Olechky remontent dans les bus, direction Kiev. Le long de la route, des centaines d'Ukrainiens ont attendu toute la journée pour les acclamer, profitant de cette rare bonne nouvelle pour se réjouir.

Les autorités ukrainiennes, elles, espèrent que d'autres missions humanitaires similaires pourront avoir lieu dans le futur. Andriy Sibyha, le ministre des Affaires étrangères, a d'ailleurs déclaré samedi soir que « si les hostilités peuvent être interrompues à un endroit, elles peuvent l’être partout, et de manière permanente ». « L’Ukraine est prête. Nous attendons la même chose de la Russie », a-t-il également déclaré.

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Source: RFI · Emmanuelle Chaze

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