Publié le 24/10/2026 20:43 Mis à jour le 24/10/2026 21:01

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Article rédigé par France 2 - L. Nahon, M. Renier, B. Frydman, F. Fontaine. Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

Alors que le procès de l’explosion de la rue de Trévise s’est ouvert cette semaine à Paris, une des victimes prend la parole, samedi 24 octobre. Inès a aujourd’hui 29 ans et souffre de graves séquelles. Elle se livre pour France Télévisons sur son long combat, engagé depuis le 12 janvier 2019. 

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Elle a accepté de rencontrer France Télévisions rue de Trévise, à Paris. Par pudeur, elle a couvert ses cheveux, qu'elle perd par poignées entières à cause du stress depuis l'explosion. Sur son visage, un masque la protège des virus, car dans quelques jours, elle se fait à nouveau opérer. Ce jour-là, Inès, 29 ans, découvre pour la première fois la stèle installée en hommage aux victimes. "Ça me rend vraiment triste. Et ça me rappelle ce que j'ai vécu", glisse-t-elle.

Elle est particulièrement émue par certains noms, ceux des pompiers. "Ils cherchaient une fuite de gaz, une boule de feu se forme et je vois les deux pompiers exploser sous mes yeux, être projetés dans l'air et sur le sol. Je ne réalise pas parce que j'ai pas le temps, la boule de feu vient sur moi, et je me retrouve projetée totalement dans l'hôtel où je travaillais", raconte-t-elle.

L'hôtel en question a été éventré par la déflagration. Inès y travaillait depuis seulement trois jours, un job étudiant. Elle sert les petits-déjeuners le matin du 12 janvier 2019, lorsqu'une explosion due à une fuite de gaz souffle la rue de Trévise et le quartier entier, une scène de chaos en plein cœur de Paris. Le bilan est lourd : quatre morts et 66 blessés.

Inès est l'une des plus gravement touchés. "Ma jambe droite était totalement retournée, j'ai réussi à la remettre à l'endroit, je ne sais pas comment. Tout mon sang était sur le sol de l'hôtel. Plus de peau, plus rien. Plus de chair, plus rien. Ma jambe gauche, pareil, elle était totalement blanche, violette, totalement ouverte. Un policier arrive, 20 minutes après l'explosion, je lui demande son téléphone. J'appelle mon papa, et je lui dis qu'il y a eu une explosion, que je suis en train de mourir et que je l'aime", poursuit la rescapée.

En quelques minutes, son père qui travaille non loin arrive dans le quartier. La police l'empêche de passer, car la menace d'une nouvelle explosion est réelle. Inès est finalement évacuée par hélicoptère. Elle est plongée dans un coma artificiel. Ses blessures sont si graves que les médecins conseillent l'amputation des deux jambes. Sa famille s'y oppose. En tout, elle sera opérée une cinquantaine de fois pour reconstruire ses jambes.

En rééducation, elle accède enfin à son dossier médical. "Il est écrit qu'Inès ne remarchera plus et qu'en gros, je suis là pour apprendre à gérer les transferts entre fauteuils roulants, dans la douche, le fauteuil, le lit, etc. Donc c'est un choc. Et je me dis non, en fait, personne ne va me dicter quoi que ce soit. Je vais remarcher. Je bloque mon fauteuil entre les barres, je me lève et je fais mes premiers pas entre les barres. Je fais un aller-retour, alors que je ne pouvais pas de base. Et là, je regarde ma kiné et je dis : 'Bon, là, on commence'", se souvient Inès.

Dès qu'elle le peut, c'est en béquilles qu'Inès se déplace. Son avocat l'accompagne dans son long combat pour les expertises, les indemnisations, pour un logement adapté, et à affronter le procès de l'explosion. La mairie de Paris et un syndic de copropriété de la rue de Trévise sont renvoyés devant la justice pour homicides et blessures involontaires. "J'attends juste que justice soit faite, que la vérité soit dite, que des responsables assument. Il faut dire : 'oui, désolé, voilà'. Désolé, du terme, 'on a merdé, voilà, on s'excuse'", affirme-t-elle.

Des excuses qu'elle attend, mais n'acceptera pas, dit-elle. "Depuis le 12 janvier 2019, je n'ai pas l'impression d'être en vie, et je n'ai pas envie d'être en vie. Si on m'avait laissé le choix, j'aurais aimé mourir ce jour-là, plutôt que d'être encore là", confie Inès. Lors du procès, Inès témoignera à la barre. Près de huit ans après l'explosion, l'étudiante en droit, qui rêvait de devenir magistrate, livre une bataille de chaque instant pour se reconstruire.

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Source: Franceinfo · France 2

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