Dimanche 8 novembre, le président israélien Isaac Herzog confiera à Gadi Eisenkot la charge de former un gouvernement. Le rival de Benyamin Netanyahu est soutenu par six partis, dont des partis arabes. Les électeurs arabes israéliens se sont particulièrement mobilisés lors de ces législatives. Habituellement, ils ne sont pas si nombreux à aller voter. Cette fois, face à la peur inspirée par le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir et face à la multiplication des démolitions de villages jugés illégaux par Israël, ils sont allés aux urnes.

De notre envoyée spéciale de Dahyie,

Des tôles et des gravats entassés dans un paysage désertique : Dahyie, ou ce qu'il en reste, est un village bédouin du sud du Néguev. Ici, l'habitat est précaire, mais les habitants tiennent à leur mode de vie. Israël juge ce type de villages illégal. Il y a un mois, la police et les bulldozers ont tout détruit devant les yeux d'Ahmed Abu Wadi. « Dès 8h15, les bulldozers étaient là. Ils ont commencé par la mosquée du village. Puis, ils ont continué, ils ont rasé tout le village. Ils n'ont rien laissé debout », raconte-t-il.

Plus de 200 000 Bédouins vivent dans le désert du Néguev. Ce sont des Palestiniens restés en Israël au moment de l'indépendance, en 1948. Lors des dernières élections législatives israéliennes, ils se sont mobilisés en masse, jusqu'à 80% de participation. Aden, la fille d'Ahmed, votait pour la première fois. L'affluence était très forte et elle a dû patienter. « Trois ou quatre heures. C'était une révolution, c'est la première fois que nous étions si nombreux », se souvient-elle.

Aden a 18 ans. Son rêve est de devenir professeur d'anglais, et elle a voté pour le parti arabe Raam. « Personne ne pensait que les Arabes iraient voter comme ça. Mais nous sommes allés voter quand nous avons vu nos maisons démolies », explique-t-elle.

Le village bédouin de Dahyie dans le désert du Neguev, détruit le 12 octobre 2026.
Le village bédouin de Dahyie dans le désert du Neguev, détruit le 12 octobre 2026. © Frédérique Misslin / RFI

Aujourd'hui, à Dahyie, les habitants tentent de rebâtir. Ils ne veulent plus entendre parler du gouvernement sortant et de son ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir. « L'extrême droite veut nous anéantir, nous expulser de notre pays. Ben Gvir veut nous envoyer en Irak ou en Syrie. Leur idéologie raciste nous fait craindre les déplacements forcés, pas seulement la destruction de nos maisons », dénonce Ahmed.

Analyse partagée par Houda Abu Obaid, la directrice du Forum du Néguev pour la coexistence et l'égalité : « Nous espérons que le nouveau gouvernement aura une vision différente de la communauté bédouine, de ses droits et de la question des démolitions de maisons. Au moins, nous ne verrons plus Ben Gvir arpenter les rues de nos villages en proclamant : ''C'est moi le chef !'' »

Le ministre d'extrême droite fait l'unanimité contre lui, raconte Ahmed : « Toute la communauté arabe sait que Ben Gvir nous menace et veut nous détruire. Alors, après les résultats, tout le monde a crié à Ben Gvir : ''Dehors ! Dehors !'' » Mais Ahmed ne se fait pas beaucoup d'illusions sur la suite. « Quoi qu'il arrive, nous sommes considérés comme une minorité dans ce pays. On nous dit : ''Vous, les Arabes, pourquoi vous n'allez pas voter ?'' Et quand on vote, on nous dit : ''Vous êtes des ennemis de l'État !'' », soupire-t-il. Un soupçon qui pèse sur de nombreux Palestiniens d'Israël.

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Source: RFI · Frédérique Misslin

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