En un week-end, des agressions ont visé une journaliste américaine et un maire français, en visite dans le territoire palestinien. Deux nouveaux exemples de l'explosion des violences perpétrées par les colons israéliens.

France Télévisions

Publié le 20/10/2026 05:55

Temps de lecture : 5min

Des hommes masqués lancent des pierres sur des Palestiniens venus récolter des olives, lors d'une attaques de colons israéliens à Beita, en Cisjordanie occupée, le 10 octobre 2025. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Des hommes masqués lancent des pierres sur des Palestiniens venus récolter des olives, lors d'une attaques de colons israéliens à Beita, en Cisjordanie occupée, le 10 octobre 2025. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Des attaques de plus en plus fréquentes. La police israélienne a annoncé, lundi 19 octobre, avoir arrêté dix personnes soupçonnées d'être impliquées dans les violences qui ont visé une photographe américaine et un convoi de diplomates européens en Cisjordanie occupée. Les suspects doivent être "interrogés" et, "en fonction des résultats de l'enquête", être déférés devant un tribunal, a-t-elle ajouté. La police n'a toutefois pas précisé si les individus interpellés étaient des colons israéliens, accusés d'avoir mené les deux attaques survenues en 48 heures.

Samedi, un groupe de ces ressortissants de l'Etat hébreu qui s'installent sur des terres palestiniennes – une pratique considérée comme illégale dans le droit international – ont pris pour cible un convoi diplomatique européen lors d'une visite à Taybeh, un village majoritairement chrétien de Cisjordanie occupée. Pendant l'attaque, qui visait à empêcher des agriculteurs palestiniens de ramasser les olives, ils ont proféré des menaces envers les responsables européens, avant de donner des coups de pied à Bernard Baudoux, maire communiste d'Aulnoye-Aymeries (Nord).

"Des jeunes hommes cagoulés, masqués, tout en noir, armés de bâtons, de barres de fer, sont descendus de voitures et nous sont tombés dessus", a relaté l'élu de 78 ans à France 3 Hauts-de-France. "J'ai tout de suite enfilé mon écharpe tricolore, pensant qu'elle allait me protéger, mais ça ne les a pas calmés", a poursuivi Bernard Baudoux. "Ils m'ont projeté au sol tout en continuant à me frapper avec une violence inouïe, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé si j'avais répondu à leurs agressions", a déclaré l'édile, précisant que le déferlement de violences lui a laissé "quelques bleus" et un "traumatisme".

La veille, c'est une photographe du Washington Post qui avait été rouée de coups par une cinquantaine de colons masqués, armés de barres de fer et de lance-pierres, lors d'un reportage dans le territoire occupé. "Ils m'ont frappée et frappée encore, peut-être 50 fois", a témoigné auprès du quotidien Heidi Levine, qui souffre de plusieurs fractures et a dû être opérée d'une main. "J'avais une sacoche avec mon téléphone, et tout a fini par m'être arraché, a-t-elle également raconté à l'AFP. Ensuite, ils ont essayé de me mettre debout, juste pour me refaire tomber et continuer à me donner des coups de pied."

D'après le Washington Post, la reporter a été secourue par d'autres journalistes, lorsque de jeunes Palestiniens sont parvenus à repousser les assaillants. Un témoin a affirmé au quotidien américain que l'armée israélienne était arrivée sur les lieux peu avant l'attaque, mais n'a "strictement rien fait" face aux agresseurs. S'il a "condamné" ces violences, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a affirmé sur X que les "circonstances restaient floues."

"Nous ne laisserons pas des incidents contestés être exploités pour diaboliser les centaines de milliers de résidents juifs de Judée-Samarie [nom donnée à la Cisjordanie en Israël] qui respectent la loi."

Benyamin Nétanyahou, Premier ministre israélien

sur X

Heidi Levine n'est pas la première journaliste prise pour cible ces derniers mois. Début octobre, des colons israéliens ont frappé et tiré en direction de Jaafar Ashtiyeh, un photographe de l'AFP qui effectuait un reportage sur la récolte des olives. Une autre équipe de l'agence de presse avait déjà été visée par des jets de pierre et des coups, fin août, alors qu'elle suivait des activistes israéliens venus soutenir des Palestiniens harcelés par des colons. Et en juillet, ce sont des reporters de CNN qui avaient été agressés près de Ramallah.

Ces attaques visant des journalistes et observateurs surviennent dans le contexte de violences démultipliées contre les Palestiniens de Cisjordanie occupée. Entre janvier et août 2026, l'ONU a dénombré 1 623 cas de violences perpétrées par des colons, soit presque autant que sur toute l'année précédente, lors de laquelle 1 836 attaques avaient été enregistrées. Cette campagne d'intimidation s'est encore intensifiée à l'approche des législatives en Israël, constate l'ONG Acled. L'organisation, qui documente la situation dans le territoire palestinien depuis une décennie, a recensé "39 incidents par jour durant les neuf premiers jours d'octobre", contre "environ 20 par jour en septembre". Sur les plus de 350 attaques d'octobre, 68% visaient "des agriculteurs palestiniens, des cueilleurs d'olives ou leurs propriétés", précise l'Acled.

Des terres agricoles palestiniennes sont incendiées près de Naplouse, en Cisjordanie occupée, le 27 juillet 2026. (NEDAL ESHTAYAH / ANADOLU / AFP)
Des terres agricoles palestiniennes sont incendiées près de Naplouse, en Cisjordanie occupée, le 27 juillet 2026. (NEDAL ESHTAYAH / ANADOLU / AFP)

Comme chaque année, les agressions, actes de vandalisme et vols de récoltes – qui sont rarement suivis de poursuites – se multiplient avec la récolte des olives, qui vient de démarrer en Cisjordanie occupée. Début octobre, Le Monde a publié une vidéo montrant des images des violences commises ces dernières semaines. On y voit une oliveraie incendiée à Burqa, ainsi qu'un bulldozer israélien qui déracine des arbres à Beit Rima. Elles montrent également des fermiers palestiniens harcelés par des colons, dans le but de les "décourager d'accéder à leurs parcelles", rapporte le quotidien, qui affirme que l'armée israélienne en fait de même.

Selon un autre article du Monde, l'objectif est de saper les ressources économiques des Palestiniens de Cisjordanie, alors que les revenus d'au moins 140 000 d'entre eux dépendent directement de la récolte des olives. En parallèle, "les colons s'emparent illégalement de toujours plus de collines avec l'encouragement et le soutien du gouvernement, tandis que l'armée, de son côté, ferme de vastes zones aux Palestiniens sous prétexte de défendre ces avant-postes illégaux", déclare au quotidien l'ONG Peace Now.

Lundi, sept experts de l'ONU ont appelé Israël à garantir la protection des agriculteurs palestiniens. Ils "doivent (...) pouvoir accéder à leurs terres en toute sécurité. Pourtant, année après année, la violence, les destructions et les restrictions s'intensifient", dénoncent ces responsables. Ils s'inquiètent également d'ordres donnés par l'armée israélienne de détruire toute végétation sur près de 340 000 m2 de parcelles, dans le nord et le centre de la Cisjordanie occupée. "La récolte des olives constitue une source essentielle de nourriture, de revenus et de moyens de subsistance pour des milliers de familles palestiniennes", soulignent ces experts.

"Leur destruction prive ces familles de bien plus qu'une simple récolte : elle porte atteinte aux systèmes alimentaires locaux, aux pratiques culturelles et aux modes de vie, ainsi qu'au droit à l'alimentation et à la souveraineté alimentaire des communautés palestiniennes."

Des experts de l'ONU

dans un communiqué commun

ONG et observateurs ont toutefois peu d'espoirs d'une amélioration à l'approche des législatives. L'actuel Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, est à la tête d'une coalition favorable à la colonisation en Cisjordanie occupée. Son principal rival dans la course au siège de Premier ministre, Gadi Eisenkot, a de son côté dénoncé samedi des actes de "terrorisme juif sous l'égide du gouvernement", rapporte Times of Israel. Pour l'ancien général, des "groupes de délinquants violents (...) réduisent à néant les derniers lambeaux de légitimité dont dispose encore" l'Etat hébreu.

Si un gouvernement mené par Gadi Eisenkot pourrait "adopter une stratégie différente face à la violence des colons, renverser les changements survenus sur le terrain ces quatre dernières années semble difficile", tempère l'Acled. L'organisation rappelle que la sécurité de l'Etat hébreu est devenue, trois ans après les attaques du 7-Octobre, l'enjeu central de la campagne pour les législatives. "La Cisjordanie occupée est vue comme une zone tampon qui doit rester sous strict contrôle israélien", analyse l'Acled. Et "les colons vont probablement continuer à jouer un rôle dans cette approche".

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